Le message est clair : la dictature cléricale fait preuve de bravade pour prétendre être sortie indemne et plus audacieuse que jamais. Le sous-texte, destiné aux capitales désireuses de retrouver leurs habitudes, est qu’il est temps de reprendre les affaires comme si de rien n’était : nouvelles négociations, relâchement des pressions, nouveaux accords. Mais c’est la même stratégie que le régime applique depuis des décennies, et la même illusion qu’il colporte à chaque fois qu’il survit à une crise. La réalité est celle d’une structure pourrie maintenue par le mensonge, une structure qui a été maintes fois maintenue à flot précisément parce que le monde a choisi de détourner le regard de sa déliquescence.
Un leadership mis à nu
Tant lors des douze jours d’échanges intenses avec Israël que dans le conflit plus large qui a débuté le 28 février, des frappes de précision ont atteint les plus hauts rangs du régime. Les commandants des Gardiens de la révolution, les responsables des forces aérospatiales, les figures de la Force Qods et les membres du cercle restreint du Guide suprême Ali Khamenei ont été touchés dès les premières phases des opérations. Il ne s’agit pas d’un simple hasard. L’ampleur de l’infiltration, de la corruption et de la pourriture institutionnelle qui ont rendu ces attaques possibles ne peut être occultée, quelles que soient les célébrations tapageuses de la « victoire » par la télévision d’État. À huis clos à Téhéran et au sein de l’élite religieuse, le murmure se répand déjà : le système est rongé de l’intérieur.
Ce sont les propres responsables du régime, et non ses opposants, qui ont passé la guerre à appeler désespérément leurs partisans à maintenir la mobilisation dans les rues. Le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, le juge en chef, Gholam-Hossein Mohseni Ejei, le chef de la police, Ahmad-Reza Radan, et d’autres hauts responsables sont apparus à la télévision d’État et lors de rassemblements organisés, exhortant leurs partisans à ne pas quitter la rue. « Tous nos hommes sont prêts à faire feu », a déclaré Radan, présentant la mobilisation comme un acte de loyauté tout en avertissant que toute présence non autorisée de citoyens ordinaires serait considérée comme un acte d’hostilité. Ces appels frénétiques à une démonstration de contrôle révèlent un système qui lutte pour sa survie.
Armes pour l’étranger, terreur à l’intérieur
Les missiles et les bases souterraines peuvent certes projeter la puissance à l’extérieur, mais ils n’offrent aucune défense contre le peuple iranien. L’arsenal des Gardiens de la révolution – missiles balistiques, drones, technologie nucléaire – est conçu pour le chantage régional et l’embrasement du Moyen-Orient, et non pour contenir le ressentiment explosif qui caractérise la société iranienne depuis des années.
L’économie reste en chute libre : inflation galopante, monnaie effondrée et produits de première nécessité inabordables pour des millions de personnes. Des milliards de dollars d’allègements de sanctions ont été versés à l’Iran suite à l’accord de Vienne de 2015. Deux ans plus tard, en 2017-2018, le premier soulèvement populaire d’envergure nationale a éclaté, non pas parce que l’argent était parvenu aux citoyens ordinaires, mais précisément parce qu’il ne l’était pas. Au contraire, il a alimenté l’empire économique des Gardiens de la révolution et leurs alliés étrangers. Des foules ont envahi les rues en scandant « Mort à Khamenei » et « Mort au dictateur », révélant une société en colère dont les revendications n’ont fait que s’intensifier face à l’échec des promesses du régime.
Même au cœur de la guerre récente et dans la période fragile qui a suivi le cessez-le-feu, cette même crainte persiste. Les appels des autorités à la mobilisation des loyalistes s’accompagnent d’une crainte secrète d’une « Forough 2 », en référence à l’opération Forough Javidan, la grande offensive de 1988 menée par l’Armée de libération nationale et l’OMPI, dont les forces avaient progressé jusqu’aux abords de Kermanshah et durant laquelle le régime a entrevu la possibilité de sa propre chute. Dans ce contexte, « Forough 2 » traduit la crainte du régime face à une seconde offensive, plus organisée : un soulèvement national orchestré par les Unités de résistance des Moudjahidine du peuple (MEK ou OMPI), susceptible de faire s’effondrer les fondements déjà délabrés du système. Le régime, qui a péniblement traversé ce premier cycle de conflit, sait que son véritable combat ne se déroule pas dans les airs, mais sur le terrain, à l’intérieur du pays.
Un schéma récurrent
Ce n’est pas une histoire nouvelle. C’est le cycle bien connu que le régime clérical maîtrise à la perfection : afficher une façade de défi, survivre aux pressions par la tromperie et la répression, puis exploiter cette apparente résilience pour ramener l’Occident à la table des négociations. À chaque fois, la corruption profonde est dissimulée. À chaque fois, le coût est d’abord supporté par le peuple iranien – pris au piège entre une théocratie qui vole son avenir et un monde qui confond endurance et force –, puis par la région embrasée par les groupes armés et les missiles, et enfin par le reste du monde dont l’économie et la sécurité deviennent les otages des tactiques de survie du régime.
La machine de propagande tourne à plein régime car le régime sait qu’il est au bord du précipice. Ses villes de missiles, ses dirigeants ciblés, ses mobilisations de rue orchestrées – tout cela n’est qu’un prétexte dans une mise en scène désespérée. Conçue pour convaincre les observateurs extérieurs que rien de fondamental n’a changé, cette stratégie révèle une réalité bien différente : la déliquescence est bien réelle, l’infiltration est profonde, la colère populaire n’a jamais faibli et, surtout, une résistance organisée à l’échelle nationale est capable de transformer les manifestations en soulèvements, et les soulèvements en une révolution organisée pour renverser le régime.
Le régime a toujours été autorisé à traverser toutes les crises. La question est maintenant de savoir si le monde va une fois de plus cautionner un système défaillant, ou s’il va enfin reconnaître que sa faiblesse n’est pas un atout dans les négociations, mais un avertissement que le peuple iranien et la Résistance lancent depuis des années.

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