La coupure d’Internet en Iran dans un contexte de guerre, suscite des inquiétudes sur l’effondrement économique et la survie quotidienne des citoyens
La vaste coupure d’Internet en Iran est entrée dans son trente-troisième jour consécutif, marquant la plus longue interruption d’accès en ligne jamais enregistrée dans le pays et intensifiant les inquiétudes quant à ses conséquences économiques et sociales de grande ampleur.
Selon le groupe de surveillance NetBlocks, l’accès public à Internet en Iran est restreint depuis plus de 744 heures. Cette durée sans précédent dépasse les interruptions précédentes, y compris le blackout imposé lors des manifestations nationales fin 2023, qui avait pris fin juste avant d’atteindre la vingtième journée.
À l’époque, le ministre des Communications du régime iranien, Sattar Hashemi, avait reconnu qu’environ 20 jours représentaient la limite de résilience des entreprises numériques. Il avait averti que des interruptions prolongées pourraient gravement endommager l’économie digitale, mettant en péril les moyens de subsistance de près de 10 millions de personnes employées directement ou indirectement dans ce secteur.
La coupure actuelle survient dans un contexte de ralentissement économique plus large, lié à la guerre en cours impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis. La combinaison du conflit et des restrictions de connectivité perturbe considérablement l’activité commerciale, aggravant les craintes concernant la viabilité des entreprises et la survie quotidienne des citoyens ordinaires.
Hashemi avait précédemment estimé les pertes économiques quotidiennes dues aux coupures d’Internet à environ 500 milliards de tomans pour l’économie numérique et près de 5 000 milliards de tomans pour l’économie nationale au sens large, des chiffres qui illustrent l’ampleur des dommages en cours.
Malgré la gravité de la situation, les autorités du régime ont fourni peu d’explications publiques sur la continuité du blackout, invoquant seulement des « considérations de sécurité » non précisées. Pendant ce temps, les médias nationaux indiquent que de nombreux citoyens ont recours à des réseaux privés virtuels (VPN) coûteux pour accéder de manière limitée et instable aux services Internet mondiaux.
Les acteurs économiques ont exprimé des inquiétudes croissantes. Ali Masoudi, responsable de la commission technologie à la Chambre de commerce iranienne, a averti le 14 mars 2026 que si les conditions de guerre présentent des défis indéniables, la poursuite des coupures d’Internet exerce une pression supplémentaire et inutile sur l’activité économique. Il a souligné que la dépendance à l’infrastructure Internet dépasse largement le secteur numérique, affectant les chaînes d’approvisionnement, les services et la vie quotidienne.
Les conséquences économiques ne se limitent pas au secteur technologique. Mikaeil Sedighi, membre du conseil d’administration de l’Association des travailleurs du bâtiment, a rapporté le 18 mars 2026 que la suspension des projets de construction a laissé entre 80 % et 90 % des travailleurs du secteur sans emploi. De nombreux ateliers ont fermé totalement, privant les travailleurs de revenus et de soutien institutionnel.
Sedighi a critiqué le manque d’aide gouvernementale, affirmant que les travailleurs ont été en pratique abandonnés en période de guerre. Il a également souligné une forte hausse des coûts d’assurance (entre 60 % et 70 %), accompagnée d’une inflation galopante. Selon son analyse, les travailleurs du bâtiment font désormais face à une crise sévère de subsistance, les prix des biens essentiels tels que le riz et l’huile de cuisson ayant augmenté de 200 % à 300 %. Dans de nombreux cas, même les salaires minimaux sont en grande partie absorbés par le loyer, laissant peu pour les dépenses indispensables.
Les critiques se sont également élargies à la préparation du gouvernement face au conflit. Les observateurs ont pointé l’absence de mesures efficaces de défense civile, comme des systèmes d’alerte aérienne et des abris, ainsi que le manque de planification économique d’urgence cohérente.
Face à la pression croissante, le ministre des Coopératives, du Travail et du Bien-être social du régime iranien, Ahmad Meydari, a annoncé lors de la dernière semaine de l’année du calendrier iranien (mars 2026) une augmentation de 60 % du salaire minimum pour l’année à venir. Le salaire de base passera de 10,3 millions de tomans à 16,6 millions de tomans, avec des allocations supplémentaires de 3 millions de tomans pour le logement et 2,2 millions de tomans pour les subventions alimentaires.
Cependant, ces montants restent bien en dessous du coût estimé de la vie. Mohsen Bagheri, représentant des travailleurs au sein du comité des salaires du Conseil suprême du travail, a indiqué que le panier de subsistance minimum pour une famille de la classe ouvrière est calculé à environ 42,9 millions de tomans, mettant en évidence un écart important entre les revenus et les dépenses de base.
L’incertitude demeure quant à savoir si ces ajustements de salaire tiennent compte des conséquences économiques de la guerre en cours. Meydari lui-même a reconnu que l’augmentation salariale était provisoire, précisant qu’elle resterait en vigueur seulement jusqu’en septembre 2026, date à laquelle une réévaluation pourrait être effectuée.
Bien que les responsables iraniens aient à plusieurs reprises assuré que les biens essentiels restaient disponibles et que les systèmes de distribution fonctionnaient normalement, des rapports internes indiquent une augmentation continue et significative des prix dans de nombreux secteurs. Cette tendance persiste dans un contexte de stagnation économique et de fermeture partielle des activités commerciales.
À mesure que le blackout Internet se prolonge et que les pressions liées à la guerre s’intensifient, l’Iran fait face à une crise cumulée, menaçant de plus en plus la stabilité économique, la cohésion sociale et les moyens de subsistance de millions de personnes.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire