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mercredi 4 novembre 2026

Marginalisation urbaine à Téhéran : la crise du logement et le développement inégal

 La crise du logement, les inégalités sociales, les pénuries d'eau, l'affaissement des sols et les conséquences d'un développement inégal, combinés à la concentration des richesses et des ressources et à la mauvaise gestion des ressources naturelles, ont transformé Téhéran en un foyer d'inégalités sociales et de risques environnementaux.

Téhéran et Karaj, principaux centres de population, de capitaux, d'activité économique et de services administratifs du pays, sont aujourd'hui confrontés à une série de crises interdépendantes, allant de la flambée des prix du logement et des loyers aux embouteillages, à la pollution de l'air, à la marginalisation urbaine, aux pénuries d'eau et à l'affaissement des sols.

Le directeur de l'Organisation de gestion et de planification de la province de Téhéran déclare à propos de la marginalisation urbaine dans la capitale : « 36 % de la population vit dans des zones marginalisées et des bidonvilles. Dans la province d'Alborz également, environ un tiers de la population est confrontée à cette marginalisation. » Ces chiffres dressent un tableau inquiétant de la pauvreté urbaine croissante et des inégalités d'accès au logement et aux services publics. Ils révèlent qu'une part importante de la population vivant autour de la capitale, malgré sa proximité avec le centre économique du pays, ne bénéficie pas du développement urbain.

La crise du logement abordable et la marginalisation urbaine à Téhéran

L'un des principaux facteurs aggravant la marginalisation urbaine à Téhéran est la flambée des prix du logement. Selon des estimations citées dans des rapports publiés, le prix moyen d'un logement à Téhéran a dépassé 2,3 milliards de rials (environ 852 dollars) par mètre carré.

À ces niveaux de prix, l'accession à la propriété est devenue un objectif inatteignable pour une grande partie des ménages salariés, des travailleurs et des groupes à faibles revenus.

La hausse des loyers absorbe une part de plus en plus importante des revenus des ménages, limitant leur capacité à couvrir les dépenses essentielles telles que l'alimentation, les soins de santé, l'éducation et les transports. Pour de nombreuses familles, continuer à vivre à Téhéran signifie subir une pression économique constante. Parallèlement, déménager dans les zones périphériques et s'installer en périphérie de la ville n'est pas forcément synonyme d'accès à une vie plus abordable ou de meilleure qualité.

De fait, le coût élevé du logement contraint les populations à faibles revenus à quitter les quartiers les plus chers de la ville, tandis que les opportunités d'emploi restent concentrées à Téhéran et dans les centres économiques environnants. Ce décalage a engendré le développement de bidonvilles autour de Téhéran, dont les habitants sont contraints de parcourir de longues distances chaque jour pour travailler, étudier et accéder aux services. Le coût des trajets domicile-travail, le temps perdu et le manque d'accès aux commodités urbaines aggravent leurs difficultés économiques.

De la marginalisation urbaine à une crise structurelle du développement urbain

La marginalisation urbaine ne peut être considérée comme la simple conséquence de l'exode rural ou de la croissance démographique naturelle. Bien souvent, elle résulte de la combinaison des inégalités régionales, de la répartition inégale des opportunités d'emploi, du coût élevé du logement et de politiques publiques de soutien insuffisantes.

Les statistiques historiques illustrent également l'ampleur de la concentration de la population et de la marginalisation urbaine à Téhéran. Entre 1986 et 2006, Téhéran a accueilli 1 568 000 migrants. De plus, au cours de la décennie précédant 2006, le nombre de migrants arrivant à Téhéran a augmenté de 76 % par rapport à la décennie précédente. Ces chiffres se rapportent à une période précise et ne reflètent pas, à eux seuls, les tendances migratoires actuelles, mais ils révèlent l'évolution historique de la concentration de la population dans la capitale.

D'après les informations publiées dans le rapport en question, la ville de Téhéran abrite environ 16 % de la population du pays, alors qu'elle ne représente que 0,78 % de la superficie totale de l'Iran. Cette forte concentration, conjuguée à une répartition inégale des ressources à l'échelle nationale, accentue la pression sur les infrastructures urbaines et les ressources naturelles.

21 millions d'habitants : capacité démographique maximale ou seuil dangereux ?

Selon Ramin Saed, directeur général du Bureau de la planification urbaine et du développement au ministère iranien des Routes et du Développement urbain, la population de la zone métropolitaine de Téhéran-Alborz, qui s'élevait à environ 16 millions d'habitants lors du dernier recensement, approche désormais les 17 millions. À titre de comparaison, la capacité d'accueil prévue par les plans directeurs et détaillés de développement approuvés pour la région est estimée à environ 21 millions d'habitants.

Dans cette perspective, la question fondamentale n'est pas de savoir si l'on peut construire des bâtiments pour 21 millions de personnes. La question est de savoir si l'on peut assurer une qualité de vie acceptable, des services publics durables et un environnement sûr à une population de cette taille.

La concentration du pouvoir et des richesses : les racines politiques de la crise urbaine

Lorsque la capitale concentre une part importante des emplois, des investissements, des services spécialisés et des décisions administratives, il est naturel que davantage de personnes soient attirées par la région en quête de meilleures perspectives. Toutefois, si cette concentration ne s'accompagne pas d'un développement équilibré des autres régions, de la création d'emplois durables dans les villes de taille moyenne et d'une répartition plus équitable des ressources, la pression démographique sur Téhéran persistera et la marginalisation urbaine s'accentuera.

À l'heure où le régime iranien engage les ressources et les capacités du pays dans les crises politiques et sécuritaires, les tensions régionales et les interventions étrangères, une question sérieuse se pose : quelle part des priorités budgétaires et administratives est allouée au bien-être public, au logement abordable, au développement régional et à la protection de l'environnement ?

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