samedi 14 mars 2026

Face à la guerre à l’étranger et à la colère intérieure, les dirigeants iraniens renforcent leur emprise

 Alors que la guerre entrait dans son treizième jour, le régime clérical iranien semblait poursuivre deux objectifs parallèles : intensifier ses menaces à l’étranger tout en renforçant son contrôle coercitif à l’intérieur du pays, afin d’éviter que les tensions liées à la guerre ne dégénèrent en troubles sociaux.

L’indication la plus claire est apparue dans le premier message écrit et télévisé de Mojtaba Khamenei après l’annonce de sa nomination par l’Assemblée des experts. Il a déclaré avoir appris la décision en même temps que le public, par la télévision d’État – une affirmation qui mettait à rude épreuve la crédulité dans un système caractérisé par un pouvoir clérical exercé à huis clos et une succession soigneusement orchestrée. Cette déclaration relevait moins d’un acte de transparence que d’une tentative de masquer une transition de pouvoir opaque sous un vernis d’humilité et de surprise.

Mojtaba Khamenei a averti qu’il ne fallait en aucun cas porter atteinte à « l’unité du peuple dans toutes ses classes et tous les secteurs », et a soutenu que si le pouvoir du peuple n’était pas visiblement présent, « ni les dirigeants ni aucune des institutions » ne pourraient fonctionner efficacement. Il a appelé à une « présence effective sur le terrain », non seulement dans le sacrifice en temps de guerre, mais aussi dans les domaines social, politique, culturel, éducatif et même sécuritaire. Il a exhorté à une participation maximale aux prochaines commémorations de la Journée de Qods et a insisté sur la nécessité de « briser l’ennemi ».

Le message a clairement indiqué ce dont le régime a désormais besoin de la population : non pas le consentement, mais la mobilisation ; non pas la confiance, mais l’obéissance ; non pas le calme, mais une loyauté de façade. Il a salué la « clairvoyance », la « fermeté » et la « présence » de la population durant la période où, selon lui, le pays était sans chef ni commandant en chef, et a remercié les responsables, les religieux et la base fidèle du régime qui avaient participé aux rassemblements visant à donner une image positive de la solidarité au sein d’un système au bord du gouffre.

Parallèlement, Mojtaba Khamenei a déclaré que l’Iran devait poursuivre une « défense efficace et regrettable », et continuer à utiliser… Il considérait la fermeture du détroit d’Ormuz comme un levier et avait envisagé l’ouverture de nouveaux fronts en cas de poursuite du conflit. Il qualifiait le soi-disant Axe de la Résistance d’« indissociable des valeurs de la République islamique » et louait le Yémen, le Hezbollah et les groupes armés irakiens pour leur soutien à son régime. Il affirmait que le régime ne renoncerait pas à venger ses morts et jurait d’obtenir des réparations de ses ennemis – ou de détruire leurs biens d’une valeur équivalente en cas de refus de paiement.

Son message aux États voisins suivait le même schéma de menace déguisée en retenue. Il déclarait que l’Iran n’avait attaqué que les bases ennemies, et non les pays eux-mêmes, mais prévenait que de telles attaques se poursuivraient et exhortait ces gouvernements à fermer les bases américaines sur leur territoire. Cette stratégie était révélatrice : loin de marquer une rupture avec la longue tradition d’Ali Khamenei fondée sur le terrorisme, les forces par procuration et l’escalade régionale, Mojtaba persistait dans cette voie, tandis que les menaces et les attaques du régime enfonçaient davantage les États voisins dans le conflit.

Parallèlement, Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a déclaré que si le président Trump coupait l’électricité en Iran, « toute la région » serait plongée dans le noir en une demi-heure, ajoutant que cette obscurité offrirait une occasion idéale de traquer les troupes américaines en fuite. Le président du régime, Massoud Pezeshkian, a affirmé que la seule façon de mettre fin à la guerre était la reconnaissance des droits de l’Iran, le versement d’indemnisations et l’octroi de garanties fermes contre toute nouvelle agression. L’ancien chef des Gardiens de la révolution, Mohsen Rezaei, a déclaré qu’il n’y aurait pas de cessez-le-feu avant un résultat décisif. Les Gardiens de la révolution ont annoncé avoir touché plus de 50 cibles dans des villes israéliennes et sur des bases américaines en Jordanie, en Arabie saoudite et au Koweït.

Sur le terrain, la riposte intérieure la plus visible du régime a été… L’expansion et la réorganisation des points de contrôle urbains ont été au cœur des préoccupations.

Ces points de contrôle se sont multipliés dans les villes, notamment à Téhéran et dans ses environs. L’agence de presse Fars, proche des Gardiens de la révolution, a affirmé qu’après des frappes de drones israéliens sur certains points de contrôle, de nombreux volontaires s’étaient portés volontaires pour les surveiller. Un responsable du Bassidj a déclaré que le déploiement des forces dans les rues avait été modifié et qu’un nouveau système de points de contrôle avait été mis en place pour répondre aux attentes.

Les scénarios d’attaques ennemies ayant été revus, les postes d’observation opéraient désormais « plus activement qu’auparavant », sous un commandement renforcé et une planification plus rigoureuse.

Des témoignages locaux décrivaient une situation plus inquiétante : une présence policière coercitive et intimidante dans les rues, visant non seulement à repérer les menaces, mais aussi à instiller la peur. Dans le 18e arrondissement de Téhéran, dans le quartier de Vali-e Asr et le long de la rue Yaran, un important dispositif policier aurait été déployé. Près du pont de la route de Saveh, sur l’axe Azadegan, des témoins ont décrit des hommes armés, vêtus de noir et portant des armes lourdes, procédant à des fouilles agressives. D’autres rapports indiquaient que les automobilistes étaient contrôlés plus fréquemment, que les coffres et les capots étaient ouverts et que les véhicules étaient fouillés de manière inhabituellement minutieuse.

Selon un témoignage, même les bonbonnes d’eau dans les voitures dégageaient une odeur désagréable. Un autre rapport indiquait que les voies de circulation aux points de contrôle étaient délibérément rétrécies pour ne laisser passer qu’un seul véhicule à la fois, créant ainsi de longues files d’attente et des regroupements forcés de civils.

Ces témoignages allaient plus loin, décrivant le système de points de contrôle comme non seulement répressif, mais aussi irresponsable. Plusieurs décrivaient un dispositif canalisant les civils vers des goulots d’étranglement susceptibles de devenir des points de passage critiques en cas d’attaque, exposant ainsi la population au danger et augmentant le coût politique de toute frappe.

L’inquiétude du régime face aux troubles est également manifeste dans sa réaction aux slogans antigouvernementaux entendus à Téhéran la nuit. Des vidéos et des reportages ont montré que mercredi soir, alors que des drones survolaient la ville et que la défense antiaérienne tirait, des habitants du nord-est de Téhéran scandaient des slogans contre le pouvoir en place. L’importance de ces scènes réside non seulement dans les slogans eux-mêmes, mais aussi dans leur timing : elles ont eu lieu au moment même où l’État admettait que des militaires étaient pris pour cible dans les rues de la capitale. La conjonction de la guerre, de la peur et de la contestation publique révèle ce que les dirigeants semblent parfaitement comprendre : un conflit extérieur peut exposer, plutôt que dissimuler, la colère intérieure.

La riposte sécuritaire a également inclus des arrestations. Reuters, citant le ministère iranien du Renseignement, a rapporté que des dizaines de personnes, dont au moins un ressortissant étranger, avaient été interpellées.

Dans l’ensemble, le schéma est clair. Le régime clérical semble percevoir l’instabilité intérieure comme une menace immédiate et, pour y répondre, il a durci le ton plutôt que de l’assouplir : aucun signe de cessez-le-feu, appels à la vengeance plus nombreux, pression accrue pour des démonstrations de loyauté, multiplication des points de contrôle, intégration de davantage de volontaires dans l’appareil sécuritaire, augmentation des arrestations et intensification de la propagande axée sur la discipline et l’unité. En ce sens, la stratégie de guerre du régime ne se limite pas à la confrontation avec les ennemis étrangers. Elle vise également à instrumentaliser la peur, la force et une mise en scène politique transparente pour prévenir tout risque de révolte intérieure.

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