Pages

mardi 31 mars 2026

Harcèlement et violences monarchistes visant les dissidents iraniens

 Le monarchiste iranien Niyak Ghorbani (au centre, longs cheveux noirs et manteau sombre) est interpellé et arrêté par des agents de la police métropolitaine lors d’une manifestation dans le centre de Londres le 16 janvier 2026.

La nation iranienne se trouve à un tournant historique. Le régime a été considérablement affaibli et au bord de l’effondrement suite au soulèvement majeur de janvier 2026 et à une guerre étrangère qui a décimé ses dirigeants et son armée. Parallèlement, une vague inquiétante de radicalisation au sein des milieux monarchistes de la diaspora suscite l’inquiétude internationale. Les informations faisant état d’agressions physiques, d’assassinats ciblés et de harcèlement systématique des détracteurs de Reza Pahlavi ont suscité un vif débat sur la légitimité démocratique de ceux qui se réclament de l’opposition au régime brutal iranien.

Harcèlement lors du Congrès pour la liberté en Iran

Le dernier incident en date s’est produit le week-end dernier, les 28 et 29 mars, lors du Congrès pour la liberté en Iran qui se tenait à Londres. Ce congrès réunissait environ 300 militants anti-régime, personnalités politiques et universitaires de divers horizons. À la sortie du congrès, après la deuxième journée de sessions, des individus se réclamant de la monarchie ont lancé une attaque surprise, proférant injures, insultes et menaces.

Pris au dépourvu par la virulence habituelle des propos et des insultes, les participants ont été la cible d’injures de la part des monarchistes et contraints de scander « Javid Shah » (Vive le roi !). Seule l’intervention rapide de la police – qui a escorté certains participants vers la sortie du parking – a permis d’éviter une escalade de la violence.

L’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a condamné ces actes dans un communiqué publié le 29 mars 2026, qualifiant les agresseurs de « harcèlement et menaces ignobles et méprisables perpétrés par des voyous fanatiques adorateurs du Shah».

Par ailleurs, une vidéo diffusée ce week-end montre des partisans de Reza Pahlavi harcelant et agressant physiquement une dissidente iranienne devant la Conférence d’action politique conservatrice (CPAC) au Texas. Les agresseurs, identifiés comme des monarchistes radicaux, ont exigé qu’elle scande « Vive le roi » (Javid Shah) et l’ont menacée de la renverser avec un camion si elle refusait.

Plus tôt en mars, la police métropolitaine a enquêté sur le passage à tabac de Dilovan Emadaldin, correspondant de Kurdistan24 UK, par une quinzaine de partisans monarchistes alors qu’il couvrait une attaque contre un restaurant kurde.

La violence a déjà fait des victimes. Au Canada, le dissident et militant irano-canadien Masoud Masjoudi, critique virulent de Reza Pahlavi et des réseaux monarchistes, a été assassiné en février 2026. Sa dépouille a été retrouvée à Mission, en Colombie-Britannique, le 6 mars. Le 13 mars, les autorités canadiennes ont inculpé Mehdi Ahmadzadeh Razavi, 48 ans, de Maple Ridge, et Arezou Soltani, 45 ans, de North Vancouver, de meurtre au premier degré. Tous deux sont identifiés dans les rapports de police comme des proches des milieux monarchistes et fondateurs d’une fondation pro-Reza Pahlavi. La victime et les suspects se connaissaient et avaient eu des différends publics par le passé.

Outre ces actes de violence directe, les groupes monarchistes mènent une campagne de coercition économique et sociale contre les restaurants et commerces appartenant à des Iraniens, des Kurdes et des Afghans dans les centres de la diaspora, notamment à Londres, Toronto et Los Angeles. Des entreprises ont subi des pressions pour afficher des portraits de Reza Pahlavi ou le drapeau pré-révolutionnaire du Lion et du Soleil. Tout refus aurait entraîné des agressions, des menaces de vandalisme ou des campagnes de diffamation en ligne. Certains magasins et restaurants proches de la monarchie ont affiché des banderoles proclamant : « Entrée interdite aux “trois corrompus” ; chiens admis.» (L’expression « trois corrompus » désigne, dans les milieux monarchistes, les mollahs, les gauchistes et les partisans de l’OMPI).

Les tactiques d’intimidation employées aujourd’hui par les partisans de Pahlavi dans les rues des villes européennes s’inscrivent dans une longue tradition historique. Sous la dictature de Mohammad Reza Shah, la SAVAK ne se contentait pas d’arrêter, de torturer et de réduire au silence les opposants en Iran ; elle surveillait et ciblait également les dissidents à l’étranger, notamment les étudiants activistes iraniens en Europe et aux États-Unis. Dès les années 1970, la SAVAK menait des opérations en Europe visant à recueillir des renseignements sur les étudiants iraniens et même sur les citoyens étrangers.

L’un des exemples historiques les plus flagrants remonte à la visite du Shah à Berlin-Ouest le 2 juin 1967, lorsque les manifestations d’étudiants iraniens et de leurs alliés allemands furent violemment réprimées ; les sources historiques officielles allemandes rapportent que des agents de la SAVAK frappaient les manifestants à coups de matraque. Autrement dit, le recours à l’intimidation et à la violence politique contre les opposants dans les pays démocratiques n’était pas une aberration, mais s’inscrivait dans une longue tradition.

Le Guardian a documenté la recrudescence des intimidations au Royaume-Uni et cité des Iraniens britanniques de longue date alertant sur un climat de peur soudain, engendré par l’agression pro-monarchiste. Ils ont noté que des communautés autrefois épargnées par de telles tensions sont désormais confrontées quotidiennement à des incidents et à des demandes de protection officielle.

Le Washington Examiner remet en question le comportement des partisans de Reza Pahlavi, les décrivant comme des « fans inconditionnels » intolérants et clivants, dont la loyauté aveugle envers Pahlavi fracture la diaspora iranienne. Plutôt que de se rassembler autour d’une opposition commune à la République islamique, ces partisans font preuve, selon le média, d’une indifférence inquiétante face à la dissidence interne – notamment en restant de marbre face à la disparition inexpliquée du critique du régime, Masood Masjoody, depuis le 2 février – tandis que certains membres du cercle rapproché de Pahlavi semblent encourager les divisions parmi les exilés.

Politico remet en question le comportement des partisans de Reza Pahlavi, les décrivant comme des individus agressifs qui utilisent des tactiques de destruction massive, en ligne comme hors ligne, pour dominer et intimider l’opposition. Au lieu de former des coalitions contre le régime, ils s’en prennent aux critiques par des menaces misogynes, le doxxing et le harcèlement familial, au point que même des responsables américains chevronnés admettent : « Ils me font peur. »

Le Monde s’interroge sur le comportement des partisans de Reza Pahlavi, les dépeignant comme des royalistes zélés soutenus par une « armée de cybersoldats royalistes » qui harcèlent tout internaute osant le critiquer, semant la méfiance parmi les Iraniens. Le quotidien met en doute leurs affirmations selon lesquelles il ne briguerait pas la couronne et n’occuperait qu’un rôle de transition – demandant rhétoriquement : « Peut-on les croire ? » – tout en soulignant comment cette défense quasi-sectaire marginalise les non-monarchistes et fracture l’unité de l’opposition.

Un cadeau au régime

Alors que le régime au pouvoir à Téhéran continue de détourner les ressources du pays et de permettre à des forces étrangères de détruire davantage les infrastructures iraniennes et de mettre en danger la vie de millions de citoyens, les agissements brutaux de ces monarchistes radicaux se révèlent être un handicap stratégique.

En privilégiant les purges internes, le harcèlement des dissidents et l’intimidation de type fasciste au détriment d’un front démocratique uni, ces milieux ne font qu’exacerber les divisions à l’étranger. Un tel comportement sert involontairement les intérêts du pouvoir en place en Iran, lui fournissant le discours du « chaos » dont il a besoin pour justifier la répression continue. En fin de compte, ces divisions au sein de la diaspora ne font qu’aggraver indirectement la douleur et la souffrance des plus vulnérables restés au pays.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire