Depuis le déclenchement de la guerre, le régime iranien s’efforce sans relâche de projeter une image de fermeté — mobilisant ses partisans dans les rues d’Iran, organisant des rassemblements et orchestrant des démonstrations de loyauté. Pourtant, derrière cette façade soigneusement construite de force se cache une réalité beaucoup plus fragile, de plus en plus en contradiction avec le récit officiel du régime.
Au cœur de cette contradiction se trouve Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement du régime, qui a présenté la rue comme un symbole de la « puissance sociale » du régime. Dans un message diffusé sur Telegram le 30 mars 2026 — le 31e jour du conflit — Ghalibaf a qualifié les rues de « miroir de la force sociale », affirmant que « l’ennemi est irrité et troublé par la présence dans les rues » et exhortant les partisans à ne pas se retirer.
Mais les rapports de terrain et les témoignages oculaires racontent une autre histoire. Dans plusieurs villes, les rues d’Iran sont devenues des espaces de tension et de confrontation entre les forces de sécurité et une jeunesse désillusionnée. Plutôt qu’une démonstration stable de l’autorité de l’État, le paysage urbain s’est transformé en une arène contestée où le contrôle change d’heure en heure.
Dans certains quartiers, la présence autrefois visible des forces de sécurité s’est réduite. À certaines heures de la nuit, des sources locales signalent des rues d’Iran désertes, où les manifestants reprennent l’espace tandis que les forces du régime hésitent à intervenir directement. Des vidéos circulant sur Telegram et X montrent des unités des Gardiens de la révolution et du Basij s’abritant sous des ponts, dans des parkings ou derrière des barrières plutôt que d’assurer des patrouilles visibles — un contraste marqué avec leur posture traditionnelle de domination.
Parallèlement, les réseaux de résistance organisés continuent d’étendre leurs activités nocturnes. Des actes de défi tels que des campagnes coordonnées de graffitis et des manifestations éclairs ont érodé la revendication du régime à un contrôle total. Au sein des cercles de sécurité, cette perte progressive et insidieuse de domination est devenue une source d’inquiétude croissante.
La rhétorique même de Ghalibaf révèle l’état d’esprit derrière le resserrement du contrôle de l’État. Il présente désormais la « rue » non pas comme un espace d’expression civique, mais comme une extension du champ de bataille — l’assimilant aux missiles et aux voies maritimes stratégiques comme instruments de puissance nationale. Les analystes interprètent ce langage comme la preuve que le régime perçoit l’espace public avant tout sous un angle sécuritaire, plutôt que comme un espace partagé par les citoyens.
Les médias officiels, tels que Tasnim News Agency, reprennent ce cadrage, défendant la mobilisation de rue comme une nécessité défensive pour « prévenir les troubles » et renforcer la légitimité des forces armées. En requalifiant la présence civique en enjeu de sécurité nationale, le régime cherche à normaliser la militarisation de la vie publique.
Pourtant, cette insistance sur le contrôle trahit une faiblesse, et non une confiance. Les analystes notent un basculement vers des patrouilles fragmentées et une police réactive dans les rues d’Iran— reflet d’une incertitude plus que d’une discipline. La réticence du gouvernement à maintenir des déploiements massifs et visibles suggère une crainte de la confrontation et de l’énergie imprévisible de foules qui ne croient plus au discours officiel.
La réaction du public aux propos de Ghalibaf est révélatrice. Son usage répété du terme « ennemi » pour désigner ses propres concitoyens a suscité une vague de critiques en ligne, où les internautes y voient la preuve d’un fossé grandissant entre l’État et la société. Dans cette dynamique, la rue devient elle-même la mesure de la légitimité — un espace où le récit du régime se heurte à la réalité vécue.
Derrière la rhétorique de Ghalibaf se cache une inquiétude plus profonde : l’érosion de la cohésion au sein même du régime. Des rapports faisant état d’un moral en baisse parmi les forces de sécurité de rang inférieur suggèrent un système qui peine à maintenir la loyauté interne au moment même où son image d’unité commence à se fissurer.
Pris ensemble, ces éléments indiquent une transformation fondamentale. Dans l’Iran d’aujourd’hui, la rue n’est plus un espace neutre — elle est devenue un champ de bataille à la fois symbolique et réel entre le contrôle de l’État et la défiance sociale. Loin de démontrer sa force, les actions du régime révèlent une insécurité croissante.
La bataille pour les rues d’Iran ne concerne pas seulement le territoire physique — elle porte sur le récit, la légitimité et les frontières de la peur. Et de plus en plus, ces frontières sont mises à l’épreuve en temps réel.

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