lundi 13 avril 2026

Un média français affirme que Reza Pahlavi n’est pas une figure d’opposition indépendante, mais un projet politique soutenu par l’étranger

 Dans une enquête accablante publiée par l’édition persane du Monde diplomatique, l’image soigneusement construite de Reza Pahlavi en tant que figure d’opposition modérée s’effondre, révélant un homme politique de plus en plus guidé par des réseaux étrangers, des soutiens extérieurs et les intérêts stratégiques d’autres États. Ce qui est présenté comme une alternative démocratique pour l’Iran apparaît comme un projet politique façonné non pas par un leadership national autonome, mais par une dépendance à l’égard d’un soutien extérieur – notamment à travers des alliances internationales controversées, des opérations d’influence menées par l’étranger et un milieu radical marqué par l’extrémisme identitaire, la convergence avec l’extrême droite et des tactiques d’intimidation.

Le dernier épisode de cette crise a eu lieu lors de la participation de Pahlavi à un rassemblement à Munich en février. Alors que les médias traditionnels se focalisaient sur la taille de la foule, Le Monde diplomatique s’intéresse à ce que ses partisans ont réellement révélé : des slogans tels que « Une patrie, un drapeau, un chef – le prince Reza Pahlavi », rappelant étrangement le slogan nazi « Ein Volk, ein Reich, ein Führer », ainsi que des chants tels que « Mort aux trois corrompus : mollahs, gauchistes, moudjahidines !» – une formule popularisée par l’épouse de Pahlavi, Yasmine, et reprise lors de manifestations pro-monarchistes à Paris, Genève et Bruxelles. Il ne s’agit pas de manifestations isolées, affirme Le Monde diplomatique. Elles témoignent d’un rapprochement croissant avec les courants d’extrême droite internationaux.

En France, l’écosystème monarchiste a tissé des liens concrets avec l’extrême droite. Le Monde diplomatique détaille comment l’association pro-Pahlavi Femme Azadi – cofondée par l’influenceuse Mona Jafarian – a convergé avec des groupes comme Némésis, dont la dirigeante, Alice Cordier, a été photographiée aux côtés de ses militants et de la députée belge d’extrême droite Darya Safaie. Un autre groupe, Homa, a vu son vice-président, Samuel Davoud, lancer des événements tout en apparaissant sur des plateformes d’extrême droite. Jafarian elle-même a publié à plusieurs reprises le slogan « Nous sommes Aryens, nous n’idolâtrons aucun Arabe » et a fièrement utilisé le hashtag #jesuisislamophobe. Sur CNews, elle a présenté cela comme une défense des racines zoroastriennes préislamiques, mais la sociologue kurde Somayeh Rostampour, auteure de Femmes en armes, dénonce cet euphémisme : il s’agit d’une tradition nationaliste qui perçoit l’islam comme une importation étrangère et les Arabes comme des « autres » irréconciliables, construisant un Iran où seule une élite perse détient la légitimité.

Selon Le Monde diplomatique, le « plan d’urgence » de 178 pages élaboré par Reza Pahlavi pour les 180 premiers jours suivant la chute de la République islamique ressemble moins à un projet de transition démocratique qu’à un dispositif visant à concentrer le pouvoir entre ses mains. L’article précise que, selon ce plan, le corps législatif, le gouvernement et le pouvoir judiciaire de transition seraient tous nommés par Pahlavi lui-même, en sa qualité de « chef du soulèvement national », tandis que la durée de la transition demeure indéfinie. Le Monde diplomatique cite Azadeh Kian, professeure émérite de sociologie à l’Université Paris Cité, qui affirme qu’à la lecture de ce document, « il n’a rien à envier à la dictature de Khamenei », ajoutant que « M. Pahlavi s’octroie le pouvoir de nommer tout le monde » et qu’en l’absence de calendrier précis pour la transition, « il s’agit bel et bien d’une dictature ». L’article cite également Somayeh Rostampour, qui affirme que le document est « manifestement raciste », qu’il ne laisse aucune place aux minorités non persanes et non chiites et qu’il vise à restaurer le même système de suprématie persane qui existait sous le père de Pahlavi avant la révolution de 1979.

Les propres déclarations de Pahlavi confirment cette tendance. Lorsque les principaux partis kurdes ont annoncé une plateforme démocratique commune en février, il a publié un message les qualifiant de « séparatistes » et déclarant que l’intégrité territoriale de l’Iran était une « ligne rouge » qui déclencherait « la réponse résolue du peuple iranien ». Sous ce langage démocratique soigné, conclut Le Monde diplomatique, se cache un suprématisme persanocentrique qui traite les populations non persanes et non chiites comme des citoyens de seconde zone.

Le reportage va encore plus loin en évoquant les sources de financement présumées. Le Monde diplomatique cite Parham, qui affirme que le soutien et les avantages matériels dont bénéficie Pahlavi ne proviennent pas de sa fortune personnelle et sont « très probablement d’origine saoudienne, sous influence israélienne ». L’article cite également la sociologue Azadeh Kian, qui soutient que l’argent à l’origine de cette opération ne peut vraisemblablement pas provenir de Pahlavi lui-même et doit donc provenir d’ailleurs, citant Israël ou des groupes comme Elnet. La portée politique est indéniable : le réseau Pahlavi n’est pas présenté comme autonome, mais comme financé et dirigé de l’extérieur.

Le Monde diplomatique suggère en définitive que l’illusion fondamentale qui entoure Reza Pahlavi est celle de l’autonomie. Derrière l’image royale, la rhétorique démocratique et la mise en scène médiatique internationale, il y a autre chose : un mouvement aligné sur les courants d’extrême droite, imprégné d’un discours suprématiste, dépendant de réseaux étrangers et de plus en plus façonné par les priorités d’acteurs étrangers. Dans ce portrait, Reza Pahlavi n’est pas une réponse indépendante à la crise iranienne. Il est une opération politique soutenue par l’étranger, présentée comme le salut de la nation.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire