La pauvreté des travailleurs dans le sud de Téhéran est telle que les ménages se privent de viande, achètent des restes de poulet, achètent du pain à crédit et voient leurs ventes s’effondrer. Dans ces quartiers, la pauvreté n’est plus seulement un indicateur économique. Elle se manifeste par des files d’attente interminables devant les boulangeries, des magasins vides et des étals de plus en plus clairsemés. Les demandes d’achat à crédit ont également augmenté. Cependant, les petits commerçants ne peuvent plus supporter ce fardeau. Les témoignages des vendeurs et des clients illustrent clairement la pression économique qui pèse sur leur quotidien.
Pauvreté des travailleurs face à l’inflation
Les données publiées par les médias d’État indiquent que la pression inflationniste sur les ménages s’intensifie. Selon ces chiffres, l’inflation annuelle des ménages a atteint 89 % en août. L’indice des prix à la consommation a également augmenté de 3,4 % au cours du même mois.
L’inflation annuelle a ainsi atteint 69,9 %. La pression économique pèserait davantage sur les ménages les plus modestes. L’inflation annuelle pour le deuxième décile s’élève à 78,3 %, contre 76,6 % pour le dixième. Dans le secteur de l’alimentation et des boissons, l’inflation annuelle a atteint 127,5 %. Ces chiffres prennent tout leur sens lorsqu’on les replace dans le contexte du quotidien.
Dans une rue du sud de Téhéran, on voit des clients demander à acheter leurs courses à crédit. Certains n’ont même pas les moyens de payer comptant la viande, le poulet et les plats préparés. De l’autre côté, un vendeur aux ressources limitées doit réinvestir cet argent pour racheter de la marchandise. Dans ces conditions, la vie des travailleurs se complique et l’ampleur de leur pauvreté devient de plus en plus visible.
Quand les commerces de proximité ne peuvent plus se permettre de vendre à crédit
Le propriétaire d’un restaurant traditionnel témoigne d’une forte baisse de sa clientèle. Il explique que la hausse des prix a réduit son chiffre d’affaires. Finalement, il a affiché un avis sur sa vitrine indiquant qu’il ne vendrait plus à crédit. L’épicerie du quartier est confrontée au même problème. Les prix augmentent rapidement et le commerçant ne peut plus acheter la même quantité de marchandises avec le capital dont il disposait auparavant. Il arrive que des clients repartent les mains vides après s’être renseignés sur les prix.
La situation est différente dans les boulangeries. Le pain reste le dernier aliment de base accessible à de nombreux ménages. Pourtant, même l’achat de pain se fait désormais, dans certains cas, à crédit. Le boulanger du quartier raconte que beaucoup de gens prennent du pain sans pouvoir le payer. Ces témoignages montrent que la pauvreté des travailleurs n’a pas seulement limité la consommation de produits coûteux. Cette pression a également modifié les relations économiques au sein d’un même quartier.
Pauvreté des travailleurs et disparition progressive de la viande des tables des ménages
Les boucheries de ces quartiers offrent l’un des signes les plus clairs de la baisse du pouvoir d’achat. Un boucher constate une baisse notable des achats de ses clients. Une famille qui achetait auparavant plusieurs poulets en achète désormais beaucoup moins. Certains clients demandent également à acheter du poulet et de la viande à crédit. Les bouchers établis de longue date acceptent parfois ces demandes, mais l’endettement croissant les empêche de continuer à le faire.
Dans une autre boucherie, les ventes ont chuté de moitié par rapport à leur niveau antérieur. Le vendeur indique que même les ventes hebdomadaires de bétail ont fortement diminué. Dans certains quartiers, les restes de poulet attirent également davantage de clients. Les gens se rendent dans des commerces spécialisés pour acheter des carcasses de poulet et des morceaux moins chers. Ce changement témoigne de la diminution de la part des protéines dans l’alimentation des ménages à faibles revenus.
À ce sujet, le militant syndical Alireza Khorram, évoquant le seuil de pauvreté supérieur à 700 millions de rials (environ 297 dollars), s’exprime sur la pauvreté des travailleurs : « Le revenu minimum des travailleurs, avantages compris, n’atteint même pas 250 millions de rials (environ 107 dollars). Comment un travailleur peut-il s’en sortir avec un si faible revenu face au coût de la vie élevé ?»
L’érosion progressive des fondements économiques
La pauvreté des travailleurs s’aggrave lorsque les revenus stagnent tandis que les prix des biens essentiels augmentent plus rapidement. Dans un premier temps, les biens non essentiels sont éliminés du budget des ménages. Ensuite, la consommation de viande et de produits laitiers diminue. Par la suite, l’achat de poulet et d’autres produits alimentaires est également restreint. Finalement, même le pain devient un produit acheté à crédit.
Parallèlement, les petits commerçants sont eux aussi victimes de ce cercle vicieux. Les clients n’ont pas d’argent et les vendeurs manquent de capital pour renouveler leurs stocks. Le crédit, d’abord solution temporaire, devient le signe d’une crise structurelle. Cependant, les causes de cette situation ne se résument pas au prix élevé d’un seul produit ou à une seule décision économique. Lorsque l’inflation chronique, la baisse du pouvoir d’achat, l’instabilité économique et le creusement des inégalités sociales persistent pendant des années, il en résulte l’érosion de la classe moyenne et l’expansion de la pauvreté.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire