mercredi 1 juillet 2026

L’Iran ne mérite ni théocratie ni monarchie : pourquoi les deux extrêmes ont trahi le peuple

 Des déclarations récentes de personnalités liées à la fois au pouvoir en place et au mouvement monarchiste révèlent une réalité troublante : lorsque le pouvoir politique devient l’objectif ultime, le bien-être des Iraniens ordinaires risque de passer au second plan.

Des déclarations récentes, émanant de deux courants politiques iraniens très différents, ont mis en lumière une vérité dérangeante : l’avenir de l’Iran ne peut être assuré par des forces qui perçoivent les crises nationales avant tout comme une opportunité politique. Qu’elles émanent de représentants du pouvoir en place ou de figures de proue du mouvement monarchiste, les rhétoriques qui appellent à la prolongation du conflit révèlent une dangereuse propension à subordonner les intérêts des Iraniens ordinaires à des ambitions politiques.

Le problème n'est pas simplement ce qui a été dit, mais ce que de telles déclarations révèlent des cultures politiques qui les sous-tendent.

L'ancien parlementaire du régime, Mostafa Kavakebian, a récemment relaté une conversation qu'il aurait eue avec un responsable gouvernemental qui, selon son récit, aurait balayé d'un revers de main les inquiétudes concernant le déclin de la participation citoyenne en déclarant : « Ne vous inquiétez pas. Nous savons ce qu'il faut faire. Il nous faut une autre guerre pour que le peuple se rallie au système. »

Interrogé sur la possibilité qu'un tel scénario dépende d'une décision extérieure, Kavakebian a affirmé que la réponse était que les autorités créeraient des circonstances susceptibles de provoquer une attaque.

Que cette conversation se soit déroulée exactement comme décrit importe moins que le fait qu'une telle idée ait pu être débattue ouvertement dans le discours politique iranien. Si la guerre peut être perçue comme un moyen de restaurer la légitimité intérieure, alors les citoyens cessent d'être des individus dont la vie mérite d'être protégée et deviennent des instruments d'une stratégie politique plus vaste.

L'histoire regorge d'exemples de gouvernements autoritaires instrumentalisant les crises extérieures pour réprimer la dissidence, consolider leur pouvoir et imposer l'unité nationale. De telles stratégies renforcent rarement les sociétés sur le long terme ; au contraire, elles aggravent la répression et engendrent des coûts humains et économiques considérables.

Pourtant, cette volonté de faire passer les objectifs politiques avant les intérêts immédiats des Iraniens ordinaires ne se limite pas au pouvoir en place.

Dans de récentes interviews publiques, Reza Pahlavi a plaidé pour le maintien de la pression militaire sur le régime iranien et a présenté la poursuite de cette pression extérieure comme une condition nécessaire au changement politique. Ses partisans affirment que cette pression affaiblit le pouvoir en place et ouvre la voie à une transition démocratique.

Cependant, quel que soit l'objectif affiché, préconiser des politiques qui reposent sur la poursuite ou l'escalade d'un conflit armé soulève inévitablement des questions morales et politiques complexes. Les conséquences immédiates d'une confrontation militaire ne sont pas supportées par les dirigeants politiques résidant à l'étranger ou par ceux qui détiennent le pouvoir, mais par les civils en Iran, dont les foyers, les moyens de subsistance et la sécurité sont directement touchés.

Cela met en lumière un point de convergence important entre deux mouvements qui, autrement, se présentent comme des alternatives irréconciliables.

La théocratie au pouvoir a maintes fois démontré sa volonté d'instrumentaliser la confrontation extérieure pour renforcer son contrôle intérieur, justifier la répression et marginaliser l'opposition interne. Parallèlement, certaines voix au sein du courant monarchiste ont parfois présenté l'escalade de la pression extérieure – y compris l'action militaire – comme un catalyseur acceptable, voire souhaitable, d'un changement de régime.

Les motivations diffèrent. Les discours politiques diffèrent. Mais, vues du point de vue des citoyens ordinaires pris entre ces visions concurrentes, les conséquences concrètes peuvent paraître étonnamment similaires : la souffrance de la population passe au second plan face à des objectifs politiques plus vastes.

Cela ne signifie pas pour autant que les deux mouvements soient identiques. Le régime des mollahs gouverne par le biais d'institutions autoritaires qui dirigent l'Iran depuis des décennies, tandis que le mouvement monarchiste est un courant d'opposition dépourvu de pouvoir d'État. Leurs responsabilités et leurs capacités sont donc fondamentalement différentes.

Néanmoins, on peut critiquer les deux lorsque la rhétorique politique semble insuffisamment attentive au coût humain des conflits. La politique démocratique exige que les vies civiles demeurent la considération centrale et non un facteur secondaire dans des calculs stratégiques plus vastes.

L'histoire moderne de l'Iran a maintes fois démontré les conséquences désastreuses de laisser les projets idéologiques – qu'ils soient religieux ou dynastiques – primer sur les intérêts de la société. Lors de la révolution de 1979, un modèle politique centralisé a été remplacé par un autre, tandis que Rouhollah Khomeiny s'est emparé du pouvoir, mais aucun de ces modèles n'a abouti à un système fondé sur une véritable souveraineté populaire, un pluralisme politique ou une responsabilité institutionnelle.

Pour de nombreux Iraniens, cela a renforcé la conviction que l'avenir du pays ne devrait pas impliquer de choisir entre des formes concurrentes d'autoritarisme.

La véritable alternative se trouve ailleurs : une république démocratique fondée sur des élections libres, l’État de droit, la séparation de l’Église et de l’État, la protection des droits fondamentaux et des institutions responsables. Un tel système rejette à la fois le privilège politique héréditaire et le pouvoir clérical absolu, car la légitimité doit provenir du consentement des citoyens et non de la lignée ou d’une doctrine religieuse.

L'avenir de l'Iran ne doit pas être déterminé par ceux qui instrumentalisent la guerre à des fins politiques, que ce soit pour conserver le pouvoir ou pour l'acquérir. L'avenir du pays appartient aux millions d'Iraniens qui ne souhaitent ni théocratie ni monarchie, mais une république démocratique où les gouvernements sont responsables devant le peuple, où l'autorité politique s'exerce par les urnes et non par la violence, et où aucun projet politique ne peut placer ses ambitions au-dessus du sort des citoyens qu'il prétend représenter.

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