lundi 6 avril 2026

L'exécution de trois jeunes manifestants révèle la crise grandissante du régime et sa crainte d'une résistance armée

 La pendaison de trois jeunes hommes accusés d'avoir tenté de se procurer des armes militaires souligne le recours croissant du régime iranien aux exécutions pour réprimer un soulèvement mouvant et de plus en plus violent.

Le régime iranien a une fois de plus eu recours aux exécutions comme instrument de survie. Après l'assassinat de six membres de l'Organisation des Moudjahidines du peuple d'Iran (OMPI/MEK), le régime a exécuté trois jeunes hommes – Mohammadamin Biglari, Shahin Vahedparast et Ali Fahim – poursuivant ainsi sa campagne de répression systématique.

Ces trois individus, ainsi qu'Amirhossein Hatami et Abolfazl Salehi, avaient été placés à l'isolement le mardi 31 mars – une procédure courante au sein de l'appareil judiciaire du régime avant l'application des peines les plus sévères. Dans ces cellules d'isolement, les détenus sont soumis à une privation physique et psychologique totale, destinée à briser leur résistance. Peu après, la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par le tristement célèbre juge Abolqasem Salavati, les a condamnés à mort.

Ce prétendu « procès » n'a respecté aucune des règles de procédure régulière. Il n'y avait ni avocats indépendants, ni preuves crédibles, ni témoins impartiaux ; seulement des aveux extorqués sous la torture. Salavati, surnommé le « juge de la mort », a une fois de plus agi comme un bourreau en robe de magistrat, validant l'élimination de nouvelles vies pour préserver un système défaillant.

Selon le communiqué officiel du pouvoir judiciaire du régime, les trois jeunes hommes étaient accusés d'avoir attaqué une installation militaire classifiée à Téhéran lors du soulèvement de janvier 2026. Ils auraient endommagé et incendié le site et tenté d'accéder à son arsenal afin de se procurer des armes pour affronter les forces de sécurité de l'État. Cette action n'était pas un cas isolé ; au cours de ce même soulèvement, des groupes de manifestants auraient tenté d'infiltrer des commissariats, des bases des Bassidj et d'autres sites militaires à accès restreint afin de désarmer les forces du régime et de modifier le rapport de force sur le terrain.

Ces exécutions ne sauraient être perçues comme de simples châtiments infligés à des individus. Elles s'inscrivent dans une stratégie de réponse plus large du régime à un mouvement de protestation qui a dépassé le stade de la contestation symbolique. Les tentatives d'accès aux armes marquent un tournant décisif, remettant fondamentalement en cause le monopole de la force détenu par le régime. Pour un gouvernement qui revendique depuis longtemps une légitimité populaire, la perspective de citoyens cherchant activement à le désarmer représente une menace profonde et existentielle.

Le message véhiculé par ces exécutions est clair et complexe. Elles reflètent d'abord la peur profonde du régime face à une société de plus en plus instable. Lorsqu'un gouvernement exécute de jeunes manifestants qui tentent de se procurer des armes, il reconnaît implicitement que les outils de répression conventionnels – gaz lacrymogènes, matraques et munitions réelles – ne suffisent plus à contenir les troubles sociaux. La rapidité et la visibilité de ces exécutions visent à dissuader toute tentative de résistance organisée ou armée : toute tentative de résistance organisée sera immédiatement punie de mort.

Deuxièmement, ces actions s'inscrivent dans une politique de terreur d'État de longue date. Depuis des décennies, le régime au pouvoir instrumentalise les exécutions à des fins politiques, des massacres des années 1980 aux exécutions ciblées suite aux soulèvements récents. Cependant, l'exécution de Biglari, Vahedparast et Fahim introduit une nouvelle dimension : le ciblage délibéré d'individus accusés de tenter de désarmer les forces de l'État. Ceci marque un tournant dans la nature de la confrontation, indiquant que les protestations ne se limitent plus à des griefs économiques ou culturels, mais constituent désormais une contestation directe de l'appareil sécuritaire du régime.

Troisièmement, d'un point de vue sociologique, ces exécutions précipitées – perpétrées dans un contexte de conflit extérieur – risquent d'attiser la colère publique au lieu de l'apaiser. Les familles, les amis et les communautés de ces jeunes hommes sont peu susceptibles de les considérer comme des criminels. Au contraire, ils sont de plus en plus perçus comme des symboles de courage face à un régime autoritaire. Dans une société marquée par la pauvreté, les discriminations sexistes, la censure et la corruption systémique, de telles exécutions inspirent souvent plutôt qu'elles n'intimident.

L'histoire iranienne regorge d'exemples où l'exécution de dissidents a semé les germes de soulèvements futurs. En perpétrant ces meurtres, le régime a certes éliminé des individus, mais il a aussi amplifié les sentiments mêmes qu'il cherche à étouffer. Chaque exécution alimente la mémoire collective grandissante de la résistance.

Ces trois jeunes hommes représentent une génération qui refuse désormais l'humiliation et la répression. Leur volonté de risquer leur vie, et finalement de la perdre, témoigne d'un profond changement des mentalités. Loin de faire preuve de force, les agissements du régime révèlent sa faiblesse et sa peur sous-jacentes.

Le soulèvement en Iran n'est pas étouffé. Il évolue. Et tant que les racines structurelles du mécontentement resteront ancrées au sein même du système, les exécutions ne rétabliront pas l'ordre ; elles ne feront qu'attiser la résistance.

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