Intensification de la crise locative suite à la guerre et à l'effondrement des revenus
Les réductions d'effectifs de février et mars ont marqué un tournant dans la crise du logement locatif. La fermeture ou la réduction d'activité des entreprises, conséquences du contexte de crise, a privé de nombreux ménages de revenus. Cette situation a plongé les locataires dans une grave crise du coût de la vie, et nombre d'entre eux peinent désormais à payer ne serait-ce que le loyer de base.
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D'après les données de 2024, environ 30 % des ménages du pays sont locataires. Ce pourcentage atteint près de 40 % dans les grandes métropoles. Sur une population d'environ 28 millions de ménages, près de 8 millions sont locataires. Ces chiffres témoignent de l'ampleur de la crise à l'échelle nationale.
Bien que les loyers aient augmenté d'environ 30 % au cours de l'année écoulée, le principal problème réside désormais dans le montant du loyer de base. Les locataires ayant perdu leur emploi se trouvent dans l'impasse pour payer leur loyer. Parallèlement, l'incertitude qui règne sur le marché du travail engendre un stress important chez ceux qui ont conservé leur emploi.
En mars, le loyer moyen à Téhéran atteignait 90 millions de rials par mois, avec un dépôt de garantie de 12 milliards de rials (soit environ 600 et 80 000 dollars respectivement). Ces niveaux de coûts exercent une pression sans précédent sur les ménages.
Stratégies de survie face à l'effondrement des moyens de subsistance des locataires
Des études montrent que les ménages locataires ont recours à des stratégies d'urgence pour faire face à la situation. La première consiste à demander un délai supplémentaire pour payer le loyer. Certains utilisent également leur dépôt de garantie pour couvrir le loyer, ce qui réduit leurs maigres réserves financières.
De nombreux locataires ont opté pour des logements plus petits. L'exode rural vers des quartiers moins chers ou la périphérie des villes s'est également accentué. Certains ménages ont été contraints de retourner vivre chez leurs parents. Cette tendance témoigne d'une forte baisse de la capacité économique.
Payer le loyer d'Esfand (mars) avec le salaire de Bahman (février) témoigne de difficultés financières généralisées. Réduire drastiquement les dépenses essentielles et adopter des mesures d'épargne extrêmes sont également devenus courants. Vendre sa voiture pour constituer un apport immobilier est une autre réaction notable.
Certains peuvent percevoir des allocations chômage, mais leur montant est insuffisant. Le travail dans les services de VTC a également entraîné une baisse des revenus en raison de la diminution de la demande. Parallèlement, les propriétaires privilégient de plus en plus les locataires ayant un emploi stable, ce qui rend l'accès au logement plus difficile.
Dans les quartiers sud de Téhéran, l'incapacité à payer son loyer est extrêmement répandue. Dans ces zones, même les cautions servent à couvrir le loyer. Dans ces conditions, le marché locatif est devenu une crise multidimensionnelle.
La précarité du logement et la pression sans précédent sur les budgets des ménages
Près de la moitié des locataires du pays sont confrontés à la précarité du logement. Ce terme désigne les personnes qui réduisent leurs dépenses essentielles pour pouvoir payer leur loyer. Les ménages sont contraints de diminuer leurs dépenses en matière de santé, d'éducation et même d'alimentation. Cette tendance a des conséquences sociales importantes.
Les dépenses de logement représentent environ 43 % des dépenses des ménages à l'échelle nationale. À Téhéran, ce chiffre atteint près de 59,9 %. Une telle part empêche de faire face aux autres dépenses, faisant du logement locatif l'un des principaux facteurs de pauvreté.
La diminution de l'offre de logements locatifs, conjuguée à une demande croissante, a créé un déséquilibre sur le marché. Les ménages quittant les zones à risque ont accentué cette demande. Parallèlement, des signes de nouvelles hausses de prix se font jour.
Les perturbations économiques et la baisse des revenus ont modifié le comportement des deux acteurs du marché. Les propriétaires sont devenus plus sélectifs dans le choix de leurs locataires, tandis que ces derniers sont confrontés à des conditions plus contraignantes. Cette situation a exacerbé la crise du logement locatif.
Lacunes politiques et soutien inefficace face à la crise locative
Sur le plan politique, les mesures prises n'ont pas permis de remédier pleinement à la crise. Bien que des prêts pour l'apport personnel aient été proposés à un taux d'intérêt d'environ 4 %, les mensualités de remboursement sont élevées. De nombreux ménages ne peuvent se permettre de rembourser ces prêts.
Sur le plan juridique, la législation en vigueur manque de souplesse. Même en temps de guerre, les locataires sont tenus de respecter leurs obligations, ce qui leur impose des contraintes supplémentaires.
Certains ménages ont été contraints de payer simultanément le loyer de deux logements en raison des relogements forcés survenus pendant la guerre. Parallèlement, l'aide directe aux locataires est restée limitée.
Les experts insistent sur la nécessité d'une intervention immédiate. Des propositions telles que la prolongation des baux et la prévention des expulsions ont été formulées. Cependant, la mise en œuvre de ces politiques se heurte à des difficultés. De manière générale, la situation actuelle du logement locatif exige une profonde remise en question des politiques en la matière.
L'évolution récente de la situation montre que la crise du logement locatif a atteint un stade sans précédent. La conjugaison de la guerre – alimentée par la politique du guide suprême Ali Khamenei – avec le chômage, l'inflation et la faiblesse du soutien gouvernemental a considérablement aggravé la crise des locataires, la faisant passer pour une simple flambée.

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