Alors que les conséquences d'une cinquantaine de jours de conflit entre l'Iran, les États-Unis et Israël ont plongé l'infrastructure du pays dans une crise grave et que la situation, prise en étau entre un cessez-le-feu fragile et la possibilité d'une reprise des hostilités, a plongé la société dans l'incertitude, des dynamiques différentes se dessinent dans certaines grandes villes iraniennes. Tandis que des négociations indirectes entre Téhéran et Washington s'ouvraient à Islamabad sous la médiation du Pakistan, le régime iranien s'efforçait de projeter une image de force et de soutien populaire en organisant des rassemblements coordonnés.
Crise du logement locatif dans le contexte de la guerre ; impasse pour les locataires iraniens
Les médias d'État, notamment l'Agence de presse étudiante, ont décrit ces rassemblements dans un reportage depuis Mashhad comme un signe de « détermination » et ont évoqué des personnes présentes plusieurs nuits de suite pour prier pour les forces de première ligne. Dans ces récits, la participation de différents segments de la société – même dans des conditions météorologiques défavorables – est présentée comme un symbole d'unité nationale.
Cependant, les rapports de terrain dressent un tableau différent. Selon diverses sources, alors que le pays traverse l'une de ses crises économiques les plus graves, des sommes considérables ont été dépensées pour organiser ces rassemblements. Dans des villes comme Téhéran et Mashhad, des incitations telles que des paiements en espèces (environ 50 millions de rials par passager dans les véhicules arborant le drapeau, soit l'équivalent de 33 dollars et d'un tiers du salaire mensuel d'un travailleur), ainsi que la distribution de carburant et de nourriture, auraient permis d'attirer les participants.
Parallèlement, alors que de nombreux citoyens sont confrontés à des restrictions ou des interruptions d'accès à Internet, dans certains points de rassemblement tels que la place Valiasr et la rue Enghelab à Téhéran, des moyens de communication temporaires, notamment un accès Internet haut débit, ont été mis à la disposition des participants afin qu'ils puissent publier du contenu pertinent sur les réseaux sociaux.
Les rapports font également état de formes de coercition administrative et éducative : pressions indirectes sur les élèves via les notes disciplinaires et contraintes exercées sur les employés pour qu’ils participent à des rassemblements sous peine de perdre leurs avantages sociaux. Dans certaines zones, comme Varamin, des images ont été publiées montrant des individus arborant des symboles de milices et brandissant des armes blanches, ce qui contraste avec le climat d’inquiétude ambiant.
Certains analystes considèrent ces actions comme une tentative de créer une « réalité parallèle », une image de soutien public déconnectée des conditions de vie d'une grande partie de la population. Parallèlement, des utilisateurs de la plateforme de médias sociaux X ont partagé des images de la distribution de produits de première nécessité tels que la viande et le riz dans des points de collecte, dénonçant les pénuries de ces produits sur le marché.
La participation à ces rassemblements, qui avait diminué ces dernières années, a cette fois-ci même inclus certains segments non idéologiques de la population. Il apparaît que le contexte de guerre, tout en engendrant une certaine solidarité, a également accentué le fossé entre le régime et la société, ainsi qu'au sein même des différentes couches sociales. Dans ce contexte, le régime, outre le conflit extérieur, a également cherché à contrôler les manifestations intérieures.
Dans ce contexte, le Conseil national de la résistance iranienne avait précédemment souligné qu'une guerre extérieure à elle seule ne suffirait pas à provoquer un changement de régime et pourrait servir de prétexte à la répression des opposants. Ces derniers jours, le régime a également exécuté plusieurs dissidents, dont des membres de l'Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI/MEK).
Sur le plan analytique, la question se pose de savoir si ces mobilisations de rue indiquent que les prédictions de certains groupes d'opposition, notamment ceux qui prônent un changement par la pression militaire extérieure, sont erronées. L'expérience montre que miser sur des attaques extérieures et espérer un soulèvement général en temps de guerre comporte de sérieuses incertitudes.
En revanche, la nature des slogans et l'atmosphère de ces rassemblements montrent que les factions radicales non seulement ne se sont pas affaiblies, mais ont au contraire trouvé davantage d'occasions de se manifester dans ce contexte. Ces groupes, par leur présence active dans la rue, cherchent à jouer un rôle plus important sur la scène politique et culturelle.
Globalement, ces rassemblements peuvent être considérés comme faisant partie des efforts du régime pour reproduire sa légitimité et maintenir une présence idéologique dans la sphère publique ; un effort qui, dans le contexte de crise et de situations d'urgence, est devenu l'un des principaux outils de gestion de la société.
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