Un membre du régime admet un fossé grandissant entre la société et l'État.
Depuis des années, les autorités iraniennes tentent de présenter les manifestations et les troubles sociaux qui secouent le pays comme le fruit d'influences étrangères ou d'activités de l'opposition. Cependant, les récentes déclarations d'Hossein Marashi, figure historique du régime, ont de nouveau mis en lumière les racines internes des crises politiques et sociales qui affectent l'Iran.
Dans une interview accordée au journal d'État Etemad , et relayée par la suite par les médias du régime, Marashi a livré une analyse rare des défis auxquels le régime est confronté. Ses propos portaient sur l'inefficacité du gouvernement, la corruption, l'érosion de la confiance du public et le fossé grandissant entre le pouvoir en place et la société iranienne.
L'interview a suscité un débat considérable car elle s'écarte du discours officiel qui attribue fréquemment les troubles à des acteurs extérieurs plutôt qu'à des défaillances systémiques internes.
Reconnaître l'échec du gouvernement et la méfiance du public
L'un des aspects les plus frappants des propos de Marashi a été sa reconnaissance du fait que le régime n'est pas parvenu à établir un système considéré par la plupart des citoyens comme efficace et exempt de corruption.
Selon Marashi, la corruption administrative, les difficultés économiques et le manque de confiance envers les institutions officielles ont éloigné une part importante de la population du gouvernement. Son analyse reconnaît ainsi que le mécontentement public est ancré dans des problèmes structurels de longue date plutôt que dans des incidents isolés ou sous l'influence de facteurs étrangers.
Ces remarques sont remarquables car elles émanent d'une personnalité étroitement liée au pouvoir politique plutôt que de groupes d'opposition ou d'observateurs indépendants.
Mise en garde contre une profonde fracture sociale
Marashi a consacré une part importante de son entretien à évoquer ce qu'il a décrit comme un fossé grandissant entre l'État et la société.
Il a soutenu qu'aucun gouvernement ne peut rester stable s'il est fondamentalement en désaccord avec la majorité de sa population. Soulignant les différences culturelles et sociales entre les politiques officielles et les préférences du public, il a suggéré que de nombreux aspects de la vie quotidienne en Iran s'éloignent de plus en plus de la vision promue par le pouvoir en place.
Dans l'une de ses observations les plus révélatrices, Marashi a indiqué que le gouvernement devait finir par s'adapter aux demandes et aux attentes d'une large majorité de la population. Il a averti que continuer à ignorer ces réalités pourrait avoir de graves conséquences.
Pour de nombreux observateurs, de telles déclarations constituent une rare reconnaissance, de la part du régime lui-même, de l'existence d'un profond fossé social entre les autorités et une grande partie de la société iranienne – un fossé qui s'est reflété à maintes reprises au cours d'années de manifestations et de mécontentement populaire.
Reconnaissance rare des conséquences de la répression de janvier
Parmi les aspects les plus controversés de l'interview figuraient les commentaires de Marashi concernant les événements de janvier 2026.
Faisant référence aux événements des 18 et 19 janvier, il a laissé entendre que si la situation avait été gérée différemment, la situation actuelle du pays serait sans doute différente. Sans formuler de critique directe, ses propos ont été largement interprétés comme une reconnaissance implicite du rôle important joué par les décisions gouvernementales dans le déroulement de la crise et ses conséquences.
L'importance de ces commentaires réside dans le fait que, plutôt que de nier catégoriquement les événements, un initié de premier plan a pointé du doigt la mauvaise gestion et ses conséquences durables.
La répression de janvier, qui a entraîné la mort de milliers de jeunes Iraniens selon les informations de l'opposition, reste l'un des épisodes les plus controversés et politiquement sensibles de l'histoire récente de l'Iran.
Des griefs non résolus à l'origine des manifestations répétées
Marashi a également établi un lien entre les troubles récents et des années de frustration accumulée au sein de la société iranienne.
Il a fait référence aux grands mouvements de protestation de 1999, 2009, 2017, 2019 et 2026, arguant que de nombreux griefs n'avaient jamais été pris en compte de manière satisfaisante. Selon lui, la colère populaire continuait de s'accumuler, créant ainsi les conditions propices à des cycles répétés de troubles.
Ses propos témoignent d'une prise de conscience croissante du fait que les mouvements de protestation en Iran ne sont pas des événements isolés, mais des manifestations de problèmes sociaux, économiques et politiques plus profonds et non résolus.
La persistance de ces griefs a contribué à créer un climat de mécontentement généralisé malgré les efforts répétés des autorités pour réprimer la dissidence.
Inquiétudes concernant de futurs troubles
Pour l'avenir, Marashi a averti que les causes profondes de la colère publique demeurent non résolues.
Il a soutenu que la frustration sociale persiste dans tout le pays et pourrait ressurgir dans de nouvelles circonstances. Il a suggéré que les accords politiques ou les développements régionaux ne suffiront probablement pas, à eux seuls, à éliminer le profond mécontentement accumulé au fil des ans.
Parmi les facteurs qu'il a identifiés figuraient les difficultés économiques, le chômage des jeunes, la corruption et l'inefficacité du gouvernement – des problèmes qui continuent d'affecter des millions d'Iraniens et d'alimenter le ressentiment populaire.
Son avertissement reflète l'inquiétude croissante au sein de certains segments de l'establishment au pouvoir, selon laquelle ignorer ces problèmes pourrait entraîner une nouvelle instabilité et de futures vagues de protestation.
Signes d'une crise de légitimité plus large
L'importance des propos de Marashi réside dans leur rupture avec le discours traditionnel du régime. Plutôt que d'attribuer les troubles uniquement à des facteurs externes, il a pointé du doigt les défaillances de la gouvernance interne, le mécontentement social et les conséquences des réponses sécuritaires aux manifestations publiques.
Sa reconnaissance du mécontentement généralisé, du déclin de la confiance du public et de l'impact des événements de janvier offre un aperçu révélateur des préoccupations qui circulent au sein même du pouvoir.
Prises ensemble, les déclarations de Marashi constituent l'un des aveux les plus clairs, de la part d'un membre du régime, que la République islamique est confrontée à une crise de légitimité croissante. Ses références au mécontentement majoritaire de la population, à l'inefficacité de la gouvernance et au fossé grandissant entre le peuple et le pouvoir en place suggèrent que les craintes de troubles futurs ne sont plus l'apanage des seuls détracteurs du régime.
Au contraire, ces inquiétudes s'expriment de plus en plus au sein même du système, signe que les craintes concernant l'avenir politique de l'Iran se répandent même parmi ceux qui font partie depuis longtemps de la structure dirigeante.

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