vendredi 12 juin 2026

Criminalité croissante et effondrement social après 47 ans de régime clérical en Iran

 Alors que le régime iranien a consacré une grande partie de ses ressources et de ses moyens, pendant plus de quatre décennies, à réprimer ses opposants, à faire taire les défenseurs de la liberté, à exécuter ses détracteurs et à diaboliser l'opposition, les conséquences de ces politiques sont aujourd'hui visibles non seulement dans la sphère politique, mais aussi à travers des indicateurs sociaux et criminologiques. La hausse des vols, l'aggravation des violences sociales, l'augmentation du taux de divorce, l'affaiblissement du tissu social et l'aggravation des crises économiques ne sont pas des phénomènes qui peuvent être imputés uniquement au comportement individuel des citoyens.

Depuis des années, les sciences sociales et la criminologie soulignent que la criminalité et les préjudices sociaux sont moins le fruit de la moralité individuelle que le reflet direct des structures de gouvernement et des relations sociales qu'elles engendrent. Dans ce contexte, l'expert juridique Kambiz Norouzi, dans un article paru le 10 juin dans le journal d'État Shargh, a mis en garde contre les conséquences sociales des crises économiques et politiques accumulées et a écrit : « Les données issues de la criminologie et de la sociologie criminelle montrent que cette situation constitue un terreau extrêmement fertile pour la prolifération de fléaux tels que la criminalité et les préjudices sociaux. »

Cette évaluation confirme de fait l'un des principes fondamentaux de la criminologie moderne : le crime n'apparaît pas ex nihilo, mais se développe dans des environnements façonnés par la pauvreté, les inégalités, l'instabilité économique, la corruption et la mauvaise gestion des institutions gouvernementales.

Dans son article, Norouzi met en lumière une statistique frappante : malgré des sanctions plus sévères et un renforcement des contrôles policiers, les vols ont augmenté de 600 % dans le pays entre 2006 et 2023. Il souligne que, durant la même période, la population n’a progressé que de 21 %. Autrement dit, la hausse des vols a été près de 30 fois supérieure à la croissance démographique, et cette tendance présente une corrélation significative avec les taux d’inflation et de chômage.

Ces statistiques révèlent une réalité importante : les politiques fondées uniquement sur la répression et la punition sont incapables de résoudre les crises sociales. Si le renforcement des forces de sécurité et l’alourdissement des peines étaient des solutions efficaces, une telle hausse spectaculaire de la criminalité ne se serait pas produite après quatre décennies de développement des institutions de contrôle et de surveillance.

Qu’est-ce qui rend une société vulnérable à la criminalité ?

Émile Durkheim, éminent sociologue français, considérait la criminalité comme un phénomène social et estimait que sa prévalence dépendait de la santé et de la cohésion des structures sociales. Dans sa théorie de l'anomie, il expliquait que chaque fois qu'une société subit des perturbations économiques et un effondrement des normes partagées, les conditions deviennent propices à l'augmentation des comportements déviants et criminels.

Parallèlement, Jürgen Habermas, philosophe et théoricien politique allemand, a maintes fois souligné que la légitimité des gouvernements repose sur leur capacité à résoudre les problèmes publics et à instaurer la confiance sociale. Plus le fossé entre l'État et la société est grand, plus le capital social et la cohésion publique s'érodent.

Norouzi évoque également la tendance croissante du divorce et écrit : « En 2018, le taux de divorce par rapport au nombre de mariages était de 26,7 %… Ce chiffre a atteint 39 % en 2025, et à Téhéran, le taux de divorce par rapport au nombre de mariages est passé à 52,5 %. »

Ces chiffres indiquent que la crise économique a non seulement réduit le pouvoir d'achat des ménages, mais a aussi eu des répercussions directes sur l'institution familiale. La hausse du coût de la vie, la précarité de l'emploi, la perte d'espoir en l'avenir et les pressions psychologiques engendrées par les crises économiques et sociales chroniques figurent parmi les facteurs identifiés par la recherche sociale comme étant des causes majeures de l'éclatement des familles.

Norouzi avertit en outre : « La persistance de ces crises entraîne le développement de comportements criminels ou nuisibles au sein de différents groupes sociaux, et leur continuation aboutira à l'institutionnalisation de ces comportements comme faisant partie intégrante de la survie quotidienne. »

Cette affirmation décrit une étape que de nombreux théoriciens sociaux considèrent comme le point le plus dangereux d'une crise : celle où les préjudices sociaux cessent d'être exceptionnels et deviennent partie intégrante de la vie quotidienne.

La réalité est qu'après 47 ans de règne caractérisés par la suppression des libertés, l'emprisonnement, la torture, les exécutions, la corruption structurelle, une économie de rente et le pillage des ressources publiques, les statistiques sur le vol, le divorce et autres préjudices sociaux en disent plus long sur les performances et le bilan du système en place que sur la société elle-même.

L'augmentation de la criminalité ne peut être imputée uniquement aux individus, car la criminalité et les préjudices sociaux sont avant tout le produit des conditions imposées à la société par les structures politiques, économiques et sociales. Lorsque l'inflation, le chômage, la corruption, la discrimination et le désespoir deviennent des fléaux, la société en subit les conséquences à long terme : hausse de la criminalité, désintégration des familles et affaiblissement du tissu social.

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