vendredi 2 janvier 2026

De l'effondrement économique au soulèvement populaire : pourquoi l'Iran a atteint un point de non-retour

 Alors que l'implosion économique se conjugue à la paralysie politique, le système dirigeant iranien est confronté aux conséquences inévitables de décennies de coercition, de répression et de défaillance systémique.

Fin 1989, Mikhaïl Gorbatchev prononçait une phrase qui allait bientôt se révéler prophétique pour l'Union soviétique : l'économie s'était effondrée et il n'y avait plus rien à faire. En peu de temps, la désintégration économique, conjuguée à l'épuisement politique, déclencha une vague de contestation sociale massive qui précipita la chute du système. Aujourd'hui, en Iran, la même trajectoire se déroule avec une clarté saisissante.

Ce que vit l'Iran n'est plus une crise économique conjoncturelle ni un ralentissement temporaire. C'est le résultat cumulatif d'un système politique qui a épuisé ses ressources économiques, sociales et idéologiques. L'effondrement économique est désormais indissociable du destin politique du pouvoir en place, rendant la confrontation inévitable.

Un système qui récolte ce qu'il a semé

Ces derniers mois, et plus particulièrement ces dernières semaines, le pouvoir en place au Velayat-e Faqih subit les conséquences de décennies de mauvaise gestion économique et de répression politique. L'économie est tellement dégradée qu'aucune réparation significative n'est possible dans le cadre actuel. De ce fait, la crise est devenue pleinement politisée, indissociable de la survie même du système.

Ce n'est pas un hasard. Dès sa création, le régime en place n'a pas été conçu pour panser les plaies historiques de l'Iran ni pour remédier au sous-développement, mais pour consolider et préserver le pouvoir. La responsabilité, le pluralisme et la réparation sociale n'ont jamais fait partie de son ADN. Inévitablement, cela a engendré des tensions permanentes avec la société, notamment avec les dissidents, les penseurs indépendants et les forces politiques progressistes.

Malgré des changements tactiques répétés et des manœuvres politiques trompeuses, le système s'est avéré incapable de se réformer de l'intérieur. Aujourd'hui, la réforme comme l'absence de réforme ont perdu toute crédibilité en tant que voies de survie.

La coercition comme forme de gouvernance – et son issue inévitable

Dès le départ, la gouvernance s'est fondée sur la coercition, la contrainte et le contrôle plutôt que sur la liberté, la transparence et l'innovation. Les conséquences à long terme de cette approche sont aujourd'hui pleinement visibles : une économie écrasée sous le poids de la répression et de la corruption, qui s'effondre directement sur le système politique qui l'a engendrée.

L'Iran est aujourd'hui confronté à une profonde et généralisée stagnation, tant économique que politique, qui paralyse le quotidien. Pour des millions de personnes, survivre est devenu incompatible avec le silence. Dans cet étouffement, la rue devient le seul espace où subsistent la possibilité de prendre des décisions et d'affirmer sa détermination.

Ce qui se déroule sous nos yeux n'est pas simplement une protestation ; c'est la lutte de la société pour échapper à l'asphyxie et pour affronter ce que beaucoup perçoivent désormais comme une menace existentielle imposée par l'ordre établi.

L'effondrement des illusions réformistes

Dans les rues des villes iraniennes, les slogans scandés reflètent de plus en plus l'effondrement de ce que beaucoup qualifient de « cirque » politique, et notamment le démantèlement définitif des récits réformistes. La société iranienne a appris, par l'expérience – politique, sociale, économique et culturelle –, qu'on ne peut bâtir un avenir sur des structures rongées par la corruption et des idées obsolètes.

Pendant des années, chaque jour de gouvernement a semé une nouvelle bombe à retardement dans la société. Ces tensions accumulées – économiques, politiques et sociales – gangrènent désormais l'ensemble du territoire iranien. Le récent soulèvement des marchands et des commerçants n'est qu'un exemple parmi d'autres de la façon dont le pillage et la répression systémiques ont déclenché des explosions longtemps latentes.

Une société saturée de colère

Dans une telle société, chaque incident, petit ou grand, devient un élément déclencheur potentiel. Sous la surface se cache une accumulation de rage et de ressentiment envers ceux que l'on tient pour responsables de la destruction des moyens de subsistance, de la dignité et de la liberté. Les explosions qui en résultent ne sont pas des anomalies ; elles sont la conséquence naturelle et inévitable de cette évolution.

La rue comme prix de la survie

La flambée du dollar à des niveaux sans précédent, accompagnée d'une volatilité quotidienne, n'est pas qu'une simple statistique économique : c'est une atteinte directe au droit vital. Pour de nombreux Iraniens, l'existence même est devenue une lutte quotidienne contre la précarité économique.

Dans ces conditions, la survie exige de résister. L'extension des manifestations de ville en ville reflète une réalité brutale : pour des millions de personnes, protester n'est plus un choix, mais une nécessité vitale. C'est l'expression la plus claire et la plus complète du rapport qui unit aujourd'hui la société iranienne au système en place.

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