jeudi 8 janvier 2026

Les manifestations en Iran entrent dans leur douzième jour, marquées par une répression meurtrière, une coupure d'Internet et des grèves nationales qui s'intensifient

 Le mouvement de protestation national iranien est entré jeudi dans son douzième jour, marqué par une répression croissante des forces de sécurité, des grèves généralisées dans les principales villes et une coupure quasi totale d'Internet, alors que les autorités peinent à contenir les troubles les plus importants depuis des années.

Les manifestations, qui ont débuté le 28 décembre 2025 suite à l'effondrement brutal de la monnaie nationale et à l'inflation galopante, se sont transformées en un soulèvement politique plus large réclamant le renversement du pouvoir en place. Jeudi, les affrontements se sont intensifiés dans plusieurs régions, notamment dans l'ouest de l'Iran, où des informations ont fait état de confrontations meurtrières et de nombreuses victimes civiles.

À Lordegan, dans l'ouest du pays, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants lors d'affrontements survenus dans la nuit et tôt le matin, faisant au moins huit morts, selon des sources locales. Les manifestants auraient bloqué des axes routiers importants pour empêcher l'arrivée de renforts, tandis que les affrontements se sont poursuivis tout au long de la journée. Les autorités n'ont pas encore communiqué de bilan officiel des victimes.

Face à l'extension des troubles, l'organisation de surveillance d'Internet NetBlocks a confirmé une coupure d'Internet à l'échelle nationale, avec des perturbations particulièrement graves signalées dans la province de Kermanshah. Cette coupure semblait viser à limiter la communication et à restreindre la circulation de l'information alors que les manifestations prenaient de l'ampleur et que le nombre de victimes augmentait.

Malgré la coupure d'électricité, les manifestations se sont poursuivies dans tout le pays. À Téhéran, des foules se sont rassemblées dans plusieurs quartiers, scandant des slogans antigouvernementaux et affrontant les forces de sécurité. Des manifestants auraient incendié des bases et des véhicules des Bassidj, corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), dans plusieurs quartiers, notamment Mehrabad, Sattarkhan Bridge et Naziabad.

Kermanshah est restée l'un des principaux foyers de tensions, des tirs à balles réelles ayant été signalés contre les manifestants dans des quartiers comme Dareh Deraz. Malgré les blessés, les manifestations se sont poursuivies, les manifestants défilant dans la ville en scandant des slogans réclamant la démission du gouvernement. Des sources locales ont également fait état de la présence de forces arabophones aux côtés des unités de sécurité iraniennes.

Dans d'autres régions du pays, les manifestations ont dégénéré en attaques contre des bâtiments gouvernementaux. Des manifestants ont incendié le siège de la télévision d'État à Ispahan, ainsi que le bâtiment du gouvernorat à Gorgan. Des incidents similaires ont été signalés dans des villes comme Bijar, Qorveh, Lumar et Rasht.

Parallèlement, des grèves de grande ampleur continuaient de paralyser l'activité économique. Marchés et commerces restaient fermés dans toute la province du Kurdistan, notamment à Sanandaj, Mahabad, Marivan et Baneh. Des grèves ont également été signalées à Tabriz, Bandar Abbas, Ilam, Neyshabur, Sabzevar et dans plusieurs autres villes, témoignant d'une participation croissante des commerçants et boutiquiers à l'échelle nationale.

Des manifestations ont été signalées dans toutes les grandes régions d'Iran, de Mashhad au nord-est à Shiraz et Ahvaz au sud, et d'Ardabil et Urmia au nord-ouest jusqu'à Karaj, près de Téhéran. Les manifestants ont continué de scander des slogans rejetant à la fois le système actuel et toute autre forme de régime autoritaire.

À l'étranger, des figures de l'opposition ont condamné le recours à la force létale et salué la persévérance des manifestants, tandis que les autorités iraniennes n'ont toujours pas publié de réponse publique exhaustive abordant l'ampleur des troubles, la coupure d'Internet ou les décès signalés.

À la tombée de la nuit du 8 janvier, des manifestations se poursuivaient dans des dizaines de villes malgré un important déploiement de forces de sécurité, signe que la crise reste non résolue et que l'Iran est confronté à une période d'instabilité prolongée.

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