Au cours des 26 dernières années, l'Iran a connu six soulèvements majeurs, chacun présentant des caractéristiques distinctes mais profondément liés par leur impact politique et historique. Loin d'être des manifestations isolées de contestation, ces mouvements ont constitué des phases complémentaires de l'évolution sociale et politique du pays, transformant progressivement la dissidence populaire en une revendication nationale unifiée pour le renversement du régime en place.
Chaque soulèvement a contribué indépendamment à remodeler la conscience politique, à éroder la légitimité du régime et à redéfinir la relation entre l'État et la société.
Le soulèvement étudiant de juillet 1999 a marqué la première rupture majeure. Il a brisé près de vingt ans de silence imposé sur les campus universitaires, où un contrôle idéologique absolu régnait depuis les premières années du régime. Ce soulèvement constituait un défi direct à la mainmise du régime sur le discours politique et a ouvert un espace, certes limité mais sans précédent, aux voix dissidentes. Cependant, le régime a conservé la totalité de son contrôle institutionnel et la répression a rapidement rétabli une stabilité apparente.
Dix ans plus tard, le soulèvement de juin 2009-février 2010, initialement articulé autour du slogan « Où est mon vote ? », révélait des griefs bien plus profonds. Derrière la contestation électorale se cachait une colère accumulée, née des exécutions de masse et de la répression des années 1980 sous les régimes de Rouhollah Khomeiny et d'Ali Khamenei. Face à la persistance des manifestations, les revendications ont évolué, dépassant la simple réforme électorale pour s'orienter vers le rejet de l'autorité du régime elle-même. Cette période a instauré un nouveau discours politique au sein de l'appareil dirigeant et engendré une profonde rupture interne qui ne s'est jamais pleinement résorbée.
Le soulèvement de janvier 2018 a marqué une rupture décisive avec le discours officiel du régime. Pour la première fois, de larges pans de la société se sont détachés de la rivalité factionnelle qui opposait depuis longtemps les prétendus « réformistes » aux « radicaux ». L'effondrement de la confiance dans les réformes internes a libéré une énergie sociale auparavant prisonnière du système politique et a marqué une transition vers un discours entièrement extérieur à celui-ci.
Le soulèvement de novembre 2019 a accentué cette évolution. Alimentées par la colère des classes sociales et des décennies de répression politique, les manifestations ont dénoncé de manière systémique l'architecture économique et politique du régime. Le soulèvement a clairement désigné le bureau du Guide suprême et ses institutions affiliées comme l'épicentre de la corruption et de la répression. Bien que brutalement réprimé, il a simultanément radicalisé les revendications sociales et accentué les fractures au sein du pouvoir.
Le soulèvement de septembre 2022-janvier 2023, déclenché par l'assassinat de Mahsa Amini par l'État, a donné une nouvelle dimension à la lutte. Enraciné dans l'opposition à la misogynie institutionnalisée du régime, le mouvement a placé le principe d'opposition absolue à la dictature – passée, présente et future – au cœur de son identité politique. La confrontation ne se limitait plus aux questions de politique ou de leadership ; elle est devenue une démarcation historique entre le front de la liberté et le front de l'autoritarisme. Ce discours a connu des phases de renouvellement et demeure d'actualité.
Le soulèvement de janvier 2026 représente l'aboutissement des cinq mouvements précédents. Il a consolidé les griefs de classe, le rejet de la corruption systémique, la frustration persistante face à des revendications restées sans réponse et l'indignation collective face à des décennies de répression et d'humiliation. Pour la première fois, le renversement du régime n'est plus apparu comme une aspiration marginale, mais comme un large consensus national.
À ce stade, le discours politique dominant auquel est confronté le régime est devenu unique et sans équivoque : la fin de l’occupation de l’Iran par les mollahs passe par le démantèlement complet du régime.
À l'approche des derniers mois de l'année 1404 (calendrier persan), ce discours a mobilisé une énergie sociale sans précédent, donnant naissance à une lutte nationale marquée par des avancées et des reculs. Au sommet de l'histoire contemporaine de l'Iran, ce mouvement représente une tentative de rompre définitivement l'avenir du pays avec toute forme de dictature et de réaliser une aspiration nationale longtemps réprimée : un Iran libre et démocratique.

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