Les manifestations ont été initialement déclenchées par de dures conditions économiques, notamment une inflation record et l’effondrement de la monnaie, avant de s’étendre à l’ensemble du pays. Les manifestants expriment leur opposition et réclament des changements politiques et de gouvernance majeurs.
« Le recours à la force létale contre des manifestants pacifiques, les arrestations arbitraires – y compris d’enfants – ainsi que les attaques contre des établissements médicaux constituent des violations manifestes du droit international des droits humains », ont déclaré les experts, rappelant que les États ont l’obligation d’empêcher toute privation arbitraire de la vie et de la liberté.
Ils ont souligné que, si les autorités iraniennes semblaient initialement adopter une réponse mesurée, la situation est devenue violente ces derniers jours. Les forces de sécurité auraient réagi par un recours excessif et létal à la force, tirant directement sur des manifestants en grande majorité pacifiques à l’aide de fusils, de fusils de chasse chargés de billes métalliques, de canons à eau, de gaz lacrymogènes, ainsi que par des coups et passages à tabac.
« Le recours à la force létale ne peut être envisagé qu’en dernier ressort, lorsqu’il est strictement inévitable pour protéger des vies, et doit respecter les principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité et de précaution », ont déclaré les experts de l’OHCHR, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.
Des informations recueillies depuis le 8 janvier font état d’une coupure d’Internet à l’échelle nationale en Iran, la connectivité ayant chuté à environ 1 % des niveaux normaux. Les perturbations concernent également les réseaux mobiles, les lignes fixes et des interférences avec le GPS. Le nombre de manifestants tués, y compris des enfants, est passé de 36 avant la coupure à plusieurs centaines au 12 janvier, bien que des chiffres précis soient difficiles à établir. Les experts ont réaffirmé que tous les décès doivent faire l’objet d’enquêtes rapides, indépendantes et impartiales, et que des responsabilités doivent être établies en cas de violations.
Des témoignages font également état de raids dans des hôpitaux, de l’utilisation de gaz lacrymogènes à l’intérieur d’établissements médicaux, ainsi que de tentatives d’arrestation de manifestants blessés.
Plus de 2 600 personnes, dont des écoliers, auraient été arrêtées à l’échelle nationale, nombre d’entre elles sans accès à un avocat ni contact avec leur famille.
Le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a appelé à une répression sévère contre les manifestants. Le président Pezeshkian a qualifié les protestataires de « émeutiers » et de « terroristes », appelant à une réponse « décisive » des forces de sécurité. Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Ejei, a déclaré qu’aucune « clémence ni tolérance » ne serait accordée, exigeant des poursuites accélérées et des verdicts rapides. Le pouvoir judiciaire a également annoncé que tous les « émeutiers » seraient jugés pour moharebeh (inimitié envers Dieu), un crime passible de la peine de mort, en contradiction avec le droit international des droits humains.
Les experts de l’OHCHR ont reçu des informations faisant état de condamnations à mort déjà prononcées. « Si elles sont mises à exécution, elles s’ajouteront aux homicides illégaux de manifestants par les forces de sécurité dans les rues, en les complétant par des exécutions approuvées par l’État », ont déclaré les experts de l’OHCHR.
Les experts ont également exprimé une vive inquiétude face à la qualification des manifestants d’« émeutiers », soulignant que l’usage d’un langage incendiaire ne doit pas servir à réprimer ou criminaliser des manifestations légitimes. Ils ont noté que les médias d’État ont diffusé des « aveux » de détenus dans plusieurs provinces, dans lesquels ces derniers reconnaissent avoir recouru à la violence contre les autorités, renforçant ainsi le discours officiel présentant les manifestants comme des criminels dangereux. Toutefois, ces aveux sont largement dénoncés comme ayant été obtenus sous la contrainte.
« Les manifestations actuelles reflètent un schéma plus large de mobilisation et de mouvement de masse en Iran », ont déclaré les experts de l’OHCHR. Malgré la ratification par le pays du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ils ont averti que le droit interne offre peu d’espace pour l’expression de la dissidence. « Cela n’a toutefois pas dissuadé le peuple iranien de continuer à revendiquer ses droits », ont-ils souligné. Si l’exemple le plus connu reste le mouvement “Femme, Vie, Liberté” de 2022, l’année 2025 a également été marquée par des manifestations de chauffeurs routiers et des protestations de prisonniers. « Même des prisonniers disposant d’une liberté extrêmement limitée ont continué à manifester contre la peine de mort et les décès en détention », ont-ils ajouté.
« Les autorités iraniennes doivent adopter une approche unifiée qui respecte le droit fondamental des personnes à être entendues et qui réponde à leurs revendications en matière de droits civils, politiques, économiques et culturels », ont déclaré les experts. « Les autorités ont le choix entre perpétuer les cycles de violence et de répression qui ont caractérisé les réponses passées à la contestation, ou instaurer un respect authentique des droits fondamentaux. »
« Un espace civique fonctionnel est essentiel à toute société », ont-ils ajouté. « Les populations doivent pouvoir exprimer leur dissidence et participer à des manifestations pacifiques sans crainte de représailles. »
Les experts sont en contact avec les autorités iraniennes et appellent à une action immédiate afin d’empêcher de nouvelles violations des droits humains.


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