Tout en admettant le lourd bilan des victimes – un chiffre que le régime s’efforce généralement de dissimuler –, Ghalibaf a tenté de rejeter la responsabilité sur des tiers. Évitant toute mention de l’effondrement économique ou de la répression politique à l’origine des troubles, il a imputé le soulèvement à une intervention étrangère, accusant notamment le président des États-Unis d’avoir « fomenté cette sédition ». Ghalibaf a affirmé que les États-Unis avaient donné des ordres de « fabrication de meurtres » et incité les « émeutiers » à rester dans les rues.
Dans un effort pour remobiliser la base démoralisée du régime, le président du Majlis a couvert d’éloges le Guide suprême des mollahs, Ali Khamenei, le qualifiant d’« âme de la nation iranienne » et de « voix des opprimés », alors même que les slogans « Mort à Khamenei » et « Khamenei sera renversé » figuraient parmi les plus populaires lors du soulèvement national. Toutefois, sa confirmation de milliers de morts et de blessés parmi les forces Bassidj et de police souligne la gravité du défi auquel le pouvoir est actuellement confronté.
Violents affrontements à Téhéran, Khoy et Kermanshah
Malgré la reconnaissance par le régime de pertes humaines massives, la répression n’a pas réussi à matter les manifestations. Des rapports des samedi 17 et dimanche 18 janvier font état de violents affrontements dans la capitale et les provinces périphériques.
À Téhéran, dans des quartiers tels que la rue Valiasr, Saadat Abad, Tehranpars et la ville d’Ekbatan, des manifestants scandaient « Mort au dictateur » et « Mort à Khamenei ». À Khoy, dans le nord-ouest de l’Iran, une escalade significative s’est produite : des jeunes rebelles ont réagi aux tirs indiscriminés des forces de sécurité en incendiant le bâtiment du gouverneur de district et un centre appartenant à la force paramilitaire Bassidj. Sur place, on pouvait entendre les manifestants scander : « Je tuerai celui qui a tué mon frère. »
Dans certaines régions, la résistance a pris une dimension défensive et armée. À Eslamshahr, des jeunes ont pris d’assaut le commissariat de police de Ghaemiyeh, désarmant des mercenaires qui tiraient sur des civils. De même, dans le village d’Aineh-vand, à Sarpol-e Zahab (province de Kermanshah), des habitants de la tribu Qalkhani ont brisé un siège imposé par le régime, repoussant les agents envoyés pour arrêter des manifestants blessés. Lors d’affrontements dans la ville de Kermanshah, un agent du Bassidj a été tué.
Un héritage de résistance : la mort d’Abbasali Ramezani
Le coût humain du soulèvement a été mis en lumière par l’assassinat d’Abbasali Ramezani, 74 ans, à Mashhad. Membre vétéran de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK), Ramezani a été abattu par les forces du régime sur le boulevard Vakilabad.
Ramezani avait passé des décennies en prison, à plusieurs reprises, pour ses activités politiques, remontant aux années 1980. Il a subi 222 jours d’isolement en 2011 et a été condamné en 2023 à plus de trois ans de prison pour avoir documenté des boycotts électoraux. Libéré sous conditions en juillet 2024 pour raisons cardiaques, il a immédiatement repris son activisme de rue. Une vidéo enregistrée avant sa mort témoigne de sa détermination : « Prêt, prêt, prêt ! Pour le soulèvement et le renversement !»
Parallèlement, des informations en provenance de Karaj indiquent que le régime cible ceux qui tentent de sauver des vies ; les forces de sécurité ont arrêté du personnel médical qui soignait des manifestants blessés, militarisant davantage les rues de la ville.
Coupure numérique et isolement diplomatique
La répression sur le terrain s’accompagne d’un blocus numérique. NetBlocks a confirmé lundi que la coupure d’Internet en Iran durait depuis douze jours, la connectivité nationale restant minimale. Des indicateurs suggèrent que le régime teste un « intranet fortement filtré » afin de couper définitivement les Iraniens du web mondial.
Malgré ce blocus de l’information, la communauté internationale réagit. Un revers diplomatique majeur pour Téhéran : le Forum économique mondial (FEM) de Davos a retiré son invitation au ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Les organisateurs du FEM ont déclaré que « les pertes tragiques en vies civiles » rendaient « inappropriée » la présence du gouvernement iranien.
Par ailleurs, le groupe du Parti populaire européen (PPE), au Parlement européen, a fermement condamné les violences, exprimant sa « pleine solidarité » avec le peuple iranien. Parallèlement, plus de 300 parlementaires de 26 pays ont publié une déclaration soutenant une république démocratique et le droit des Unités de résistance à se défendre contre la répression.
En Iran, le sentiment reste empreint de défiance. Un message envoyé de Shahrekord résume l’état d’esprit national : « On ne peut ni étudier ni penser à l’avenir… la situation est irrémédiablement compromise. »
Source : CNRI
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