Selon NetBlocks, l’Iran reste plongé dans un black-out internet sévère qui entre dans sa troisième semaine, soit plus de 348 heures. Tandis que le régime tente de falsifier les données de trafic pour simuler une situation normale, la réalité sur le terrain est celle d’une répression militarisée. Le vendredi 23 janvier, des images vidéo de Zahedan ont montré un déploiement massif des forces de sécurité encerclant la mosquée Makki et sa salle de prière. Des agents de sécurité étaient postés à intervalles réguliers, surveillant les déplacements des citoyens afin d’empêcher les manifestations hebdomadaires suivant la prière, devenues un symbole de la résistance de la ville.
Rasht : Une ville en révolte
De nouveaux reportages détaillés en provenance de Rasht, couvrant les événements des 8 et 9 janvier, révèlent l’intensité des affrontements, masquée par le blocus d’Internet. Des sources locales décrivent une ville où les manifestants ont réussi à reprendre le contrôle de quartiers clés aux forces de l’État lors de ces deux journées de protestation intenses.
Durant ces deux jours, les symboles de la répression gouvernementale ont été systématiquement pris pour cible. La base des Basij « Shahid Khojasteh », près de la place Gaz, a été incendiée par des jeunes rebelles, et la clinique « Imam Sajjad », rue Namjoo – identifiée par les habitants non pas comme un établissement médical, mais comme un centre de détention et de torture des Gardiens de la révolution (CGRI) – a été réduite en cendres. Des manifestants ont rapporté que lors de soulèvements précédents, des ambulances avaient été utilisées pour transporter des détenus jusqu’à ce lieu pour y être interrogés.
Le conflit à Rasht a impliqué l’usage d’armes lourdes. Des témoins oculaires ont rapporté que les forces de sécurité, notamment des agents en civil et des officiers supérieurs, ont ouvert le feu avec des fusils d’assaut G3, des Kalachnikovs et des mitrailleuses. La violence était aveugle ; selon un témoignage poignant, les corps des victimes ont été transportés par camions-bennes jusqu’au cimetière de Bagh-e Razvan. Les familles cherchant à récupérer leurs proches auraient été sommées de payer 800 millions de tomans. Malgré cette brutalité, des habitants de Rasht distribuaient des bonbons et des fleurs vendredi après-midi, galvanisés par les rumeurs selon lesquelles d’autres villes étaient tombées aux mains du peuple.
Le « Nouveau Kahrizak » et le coût humain
La répression a engendré de nouveaux lieux d’horreur comparables au tristement célèbre centre médico-légal de Kahrizak. Des informations en provenance de Kermanshah, datées du 9 janvier, décrivent un massacre au stade Khomeini, sur le boulevard Taq-e Bostan. Des sources locales indiquent que les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), appuyées par Fatemiyoun et les milices irakiennes du Hachd al-Chaabi, ont rassemblé les manifestants dans le stade.
Un médecin local et des témoins présents sur les lieux ont affirmé que des organes vitaux avaient été prélevés sur des manifestants blessés avant leur exécution. Le nombre de victimes aurait été si élevé que le stade ne pouvait contenir tous les corps.
Ces atrocités n’ont guère apaisé la douleur des familles endeuillées. Lors des funérailles de Daniel Dayani, étudiant en droit de l’université Razi de Kermanshah, tué le 8 janvier, sa mère a été filmée, serrant sa photo contre elle et scandant : « Khamenei, le bourreau, règne désormais sur le sang de nos enfants ! » Son défi reflète le sentiment d’une population qui n’a plus peur.
Le régime admet sa faiblesse
Révélation significative de la fragilité du régime, l’organisation de renseignement du CGRI a publié la « Déclaration n° 3 », qualifiant explicitement le soulèvement de « menace existentielle » pour l’État. Le communiqué admet la détention et la convocation de 735 personnes qualifiées d’« éléments clés » et la saisie de plus de 700 armes.
La rhétorique des Gardiens de la révolution iraniens révèle une profonde inquiétude quant au caractère organisé des manifestations, qu’ils qualifient d’« opération hybride » visant à créer un « chaos interne » et des « mouvements de groupe ». En reconnaissant la nécessité de « guider » 11 000 personnes et en affirmant avoir neutralisé une « opération éclair », l’appareil sécuritaire a involontairement confirmé l’ampleur et la coordination du soulèvement qu’il s’efforce de réprimer.
Indignation internationale et demandes de justice
La communauté internationale réagit avec une urgence croissante à l’escalade de la violence. Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), s’est félicitée de la convocation d’une session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour traiter de cette crise. Elle a dénoncé l’utilisation par le régime de mitrailleuses DShK de calibre 50 contre des civils et le meurtre d’enfants, notamment un garçon de cinq ans abattu dans les bras de sa mère.
« Les condamnations verbales ne suffisent plus », a déclaré Radjavi, appelant le Conseil de sécurité de l’ONU à demander des comptes à Ali Khamenei et aux autres dirigeants pour crimes contre l’humanité.
Parallèlement, le Parlement européen a adopté une résolution ferme condamnant la répression. Le Dr Alejo Vidal-Quadras a souligné que le Parlement avait massivement rejeté une proposition visant à inviter Reza Pahlavi à prendre la parole, un rejet qu’il a qualifié de mise en demeure envers les « opportunistes » instrumentalisés par les médias occidentaux, confirmant ainsi le rôle du CNRI comme principale voix de l’opposition.
Des experts de l’ONU et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) ont également publié des déclarations confirmant des informations crédibles faisant état d’un usage illégal de la force létale, précisant que de nombreuses victimes avaient été touchées par des balles en caoutchouc alors qu’elles fuyaient ou leur tournaient le dos.

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