Lundi 26 janvier, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a publié les noms de 69 nouveaux martyrs identifiés lors du soulèvement. Ce dernier rapport porte à 700 le nombre total d’identités vérifiées publiées par l’OMPI. Le profil des victimes souligne le caractère aveugle de la violence d’État : la nouvelle liste comprend six femmes et dix enfants et adolescents âgés de 12 à 17 ans. Parmi les jeunes victimes figurent Amir Abbas Amini, 12 ans, originaire de Saveh, et Mohammad Hossein Parnoon, 15 ans, originaire de Khorramabad. La répartition géographique des martyrs – originaires de Téhéran, Ispahan, Karaj, Rasht, Saveh et d’autres régions – confirme l’ampleur nationale de la résistance.
Des responsables du régime confirment des conditions de « guerre »
Alors que le régime tente publiquement de minimiser les manifestations en les qualifiant de troubles isolés, des rapports internes de hauts responsables décrivent un système confronté à une menace existentielle. Lors d’une session du Parlement, le président Mohammad-Bagher Ghalibaf a admis que le soulèvement avait débuté « simultanément dans la quasi-totalité de nos villes », qualifiant les événements de « guerre terroriste » ayant infligé au régime une défaite plus humiliante que n’importe quelle attaque militaire étrangère.
Plus révélateurs encore sont les chiffres des victimes cités par des sources internes au régime, qui dépassent largement les premiers bilans. Ebrahim Azizi, chef de la Commission de sécurité du Parlement, a déclaré que les manifestations avaient atteint un « quatrième niveau » impliquant des actions armées de manifestants, faisant « plus de 3 000 morts ». De même, Ahmad Khatami, imam de la prière du vendredi à Téhéran, nommé par le Guide suprême Ali Khamenei, a avancé un bilan de 2 427 morts. Dans une rhétorique caractéristique de la brutalité judiciaire du régime, Khatami a qualifié les manifestants de « Mohareb » (ceux qui font la guerre à Dieu) et a exigé que la justice inflige la « peine la plus sévère » – l’exécution – aux dirigeants détenus.
La bataille de Rasht : une étude de cas de résistance
Des témoignages parvenus clandestinement de la ville de Rasht, dans le nord du pays, offrent un aperçu de l’intensité des affrontements qualifiés de « guerre » par les autorités du régime. Ce qui avait débuté par une grève des commerçants le 28 décembre a rapidement dégénéré en affrontements directs avec les forces de sécurité.
Le 7 janvier, la dynamique dans les rues a basculé de la protestation à la résistance active. Des jeunes rebelles ont été signalés en train d’affronter les forces de sécurité. Lors d’un incident notable, des manifestants sont parvenus à désarmer un membre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), lui confisquant son arme et son pistolet à impulsion électrique.
La situation s’est encore aggravée le 8 janvier. Alors que les manifestants scandaient « Liberté ! Liberté ! », ils ont pris le contrôle de certains quartiers de la ville en brûlant des pneus pour bloquer les routes. Les symboles du gouvernement sont devenus des cibles privilégiées ; des témoignages font état de l’incendie de la base des Bassidj « Khojasteh », d’une caravane de police et de plusieurs banques.
La riposte du régime a été meurtrière. Des tirs de balles réelles ont été observés sur des civils près du bureau du gouverneur, et des tirs de snipers visant des manifestants depuis les toits. Malgré cela, l’agence de presse officielle Tasnim, affiliée à la Force Qods, a été contrainte de reconnaître l’ampleur des dégâts dans la seule ville de Rasht : 17 camions de pompiers, 11 bâtiments du régime et 16 agences bancaires ont été incendiés ou gravement endommagés.
Paralysie économique et blocage politique
Le soulèvement a également infligé de lourdes pertes économiques aux infrastructures du régime. À Kermanshah, le bureau du gouverneur a fait état de dégâts préliminaires aux biens publics et gouvernementaux s’élevant à 1 200 milliards de tomans. Un responsable a indiqué que sept agences bancaires avaient été « complètement détruites » dans la province.
Alors que la coupure d’internet se poursuit, le régime se trouve dans une situation précaire. Ahmad-Reza Radan, chef notoire des Forces de sécurité de l’État (FSE), a qualifié les derniers jours de « période très dangereuse et complexe ». Alors que le régime tente d’affirmer son contrôle par la censure et les menaces d’exécutions de masse, la simultanéité du soulèvement dans des dizaines de villes et la résistance affichée par les jeunes dans des endroits comme Rasht suggèrent une population qui a dépassé la peur, poussant la théocratie au pouvoir vers un point de rupture irréversible.

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