Une journée qui a révélé une réalité exceptionnelle
Le 11 janvier 2026, le pays était confronté non pas à une crise politique ordinaire, mais à une réalité brutale et exceptionnelle. L'annonce faite par l'Organisation des Moudjahidines du peuple d'Iran (OMPI/MEK) faisant état de plus de 3 000 manifestants tués dans 195 villes n'était pas un simple constat statistique. Elle révélait l'ampleur terrifiante de la rupture entre une société et un pouvoir qui, désormais, se nourrit de morts de masse pour se maintenir au pouvoir.
Ce qui s'est déroulé dans les couloirs froids et humides de Kahrizak, en périphérie de Téhéran, sous les yeux de familles endeuillées à la recherche de leurs proches, dépassait largement le cadre du deuil privé. Cela a marqué un tournant où le droit à la vie lui-même est devenu un sacrifice pour la survie d'un régime en déclin.
Des corps enveloppés de linceuls noirs
Malgré les nombreuses coupures d'internet et les fermetures répétées des services publics à l'échelle nationale, les images qui ont fuité de Kahrizak ont révélé des scènes insoutenables. Des rangées de corps enveloppés dans des linceuls de plastique noir jonchaient les couloirs et les espaces ouverts : des êtres humains privés non seulement de leurs droits civiques, mais aussi de la dignité d'une sépulture digne.
Le philosophe politique Giorgio Agamben a décrit cette condition comme la « vie nue » : un état où les individus sont réduits à une existence biologique sans protection juridique ni morale. Kahrizak est devenu une manifestation concrète de ce concept. Les parents qui cherchaient désespérément parmi les linceuls ne cherchaient pas seulement leurs enfants ; ils tentaient de se réapproprier des identités que le système en place cherche à effacer par le silence et l'anonymat.
Kahrizak n'est plus aujourd'hui un simple centre de détention ou une morgue. C'est devenu un lieu de criminalité, où la frontière entre la vie et la mort est arbitrairement redessinée par les forces de sécurité agissant au nom de la préservation du régime.
Les coupures d'Internet comme outil de répression
La coupure totale d'Internet révèle une autre dimension cruciale de ce crime. En interrompant les communications, les autorités tentent de créer un vide informationnel, une obscurité contrôlée permettant de dissimuler l'ampleur réelle des meurtres.
Ce silence imposé n'est pas un effet secondaire de la répression ; il en est une composante essentielle. L'objectif est clair : empêcher que les cris de Kahrizak et la douleur des familles dans 195 villes n'atteignent la conscience mondiale.
Dans cet isolement, le régime a tenté de substituer à la réalité des faits des récits fabriqués de toutes pièces, notamment par le biais de reportages diffusés par les médias d'État qui exhibent cyniquement les corps des victimes tout en attribuant leur mort aux forces d'opposition. Cette distorsion de la vérité constitue non seulement une manipulation politique, mais aussi une profonde dégradation morale.
Responsabilité et horizon de la justice
Maryam Rajavi a qualifié ces événements de « crime majeur contre l’humanité », une qualification qui entraîne des implications juridiques précises. En droit international, le massacre systématique de civils constitue un crime qui ne s’éteint pas avec le temps et n’est pas susceptible de négociation politique.
L’engagement de la Résistance iranienne à traduire en justice les planificateurs et les auteurs de ces actes n’est pas un simple geste rhétorique. Il s’agit d’un effort pour restaurer ce qui a été violemment bafoué : la conscience morale collective d’une nation.
La souffrance concentrée aujourd'hui à Kahrizak s'est déjà muée en une force de changement irréversible. Une société qui reconnaît les corps de ses enfants dans de telles conditions ne peut plus partager aucun terrain moral ou politique avec un système fondé sur des crimes contre l'humanité. Le deuil national se transforme rapidement en une détermination à construire un ordre nouveau, un ordre où la vie humaine est le fondement de la dignité, et non une ressource jetable.
Le deuil comme acte de résistance
La présence des familles à Kahrizak n'est pas un signe d'impuissance. Elle témoigne de l'effondrement éthique d'un système qui se dissimule derrière un discours religieux tout en pratiquant une brutalité organisée.
L’Iran a déjà connu ce genre de situation : lors du massacre de novembre 2019, des exécutions massives de prisonniers politiques en 1988 et d’autres épisodes de violence d’État. L’histoire montre que de tels crimes ne tombent pas dans l’oubli.
Celui-ci non plus.
Malgré les coupures d'internet et les murs de béton, la vérité poursuit son cours. Le sang de plus de 3 000 victimes n'a pas été enterré : il a pris racine dans la conscience collective d'un peuple qui a décidé de ne pas reculer.
De cette immense douleur nationale naît une détermination : bâtir un Iran démocratique et responsable, fondé sur la justice, la dignité humaine et l'État de droit. Les dictatures se nourrissent de l'oubli. Les sociétés en résistance s'appuient sur la mémoire – et l'Iran a choisi de se souvenir.

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