Alors que les rues iraniennes s'embrasaient début janvier, une lutte parallèle se déroulait dans le silence. Dans un contexte de coupures d'internet et de censure généralisée, les témoignages de manifestants et de familles de victimes parvenaient à quitter le pays au péril de leur vie. Publiés aujourd'hui par des médias internationaux tels qu'Euronews, Voice of America et le Sunday Times , ces récits offrent un aperçu rare et profondément troublant de la manière dont les autorités iraniennes ont réprimé la dissidence.
Ces rapports vont au-delà des statistiques. À travers des témoignages directs, ils documentent un schéma de violence délibérée, de punition collective et de terreur psychologique, révélant un effort coordonné pour anéantir une génération qui réclame le changement.
Le recours à la force létale comme stratégie, et non comme réaction.
Dans les grandes comme dans les petites villes, les manifestants racontent la même chose : les forces de sécurité tirent sans sommation et semblent vouloir tuer. Un jeune manifestant, blessé lors des manifestations, a déclaré aux médias étrangers que les tirs visaient la tête et la poitrine, et non les jambes ou le sol.
D'après son témoignage, l'objectif n'était pas la dispersion de la foule, mais son élimination. Cette affirmation est corroborée par des médecins ayant soigné secrètement des manifestants blessés. Ces derniers ont confirmé que les blessures avaient été infligées par des armes de calibre militaire, incompatibles avec les tactiques de maintien de l'ordre. La gravité et la précision des blessures indiquent un usage intentionnel de la force létale.
Des familles privées du droit au deuil
La répression ne s'est pas arrêtée à la mort. Les familles des victimes décrivent des pressions intenses exercées par les services de sécurité après les massacres. Dans plusieurs cas, les corps ont été restitués de nuit, sous de strictes conditions. Les funérailles n'étaient autorisées que dans le calme et sans public.
Certaines familles ont été contraintes de signer des engagements écrits leur interdisant de parler aux médias ou de reconnaître publiquement les circonstances du décès de leur proche. D'autres se sont même vu interdire de révéler la cause du décès. Le deuil lui-même est devenu un acte punissable.
Disparitions forcées et incertitude totale
Parmi les témoignages les plus alarmants figurent des récits de disparitions forcées. Des familles ont rapporté qu'après les arrestations, elles n'avaient reçu aucune nouvelle pendant des semaines, voire des mois. Leurs visites dans les prisons, les tribunaux et les commissariats n'ont rien donné. Dans certains cas, les autorités ont même nié l'existence des personnes détenues.
Cette ambiguïté délibérée a plongé les familles dans un climat d'espoir et de peur, une arme psychologique qui a exacerbé la violence urbaine. L'absence d'information est devenue un prolongement de la répression.
Les coupures d'Internet comme outil de dissimulation
La coupure généralisée d'Internet a joué un rôle crucial dans la suppression de ces témoignages. La communication avec le monde extérieur a été quasiment interrompue, contraignant les témoins à se contenter de brefs appels ou d'outils numériques limités pour transmettre leurs récits.
D'après des rapports internationaux, le black-out a retardé la révélation de l'ampleur des meurtres et des arrestations. Lorsque de nombreux témoignages ont finalement atteint le public international, beaucoup de victimes étaient déjà mortes, disparues ou emprisonnées.
Une génération dans le collimateur
Un constat frappant se dégage des témoignages : l’immense majorité des victimes avaient moins de trente ans. Étudiants, jeunes travailleurs, femmes et même adolescents sont les plus nombreux parmi les personnes relatées. Les familles insistent sur le fait que leurs enfants étaient désarmés et se contentaient de chanter ou de manifester pacifiquement.
Cette constance, observée dans différentes régions et milieux sociaux, indique que la violence n'était ni accidentelle ni isolée. Elle obéissait à une logique implacable : anéantir l'avenir en ciblant la jeunesse.
Un crime systématique, et non une répression isolée.
Pris ensemble, ces témoignages déconstruisent le discours officiel du régime sur les « mesures de sécurité » et le « contrôle des émeutes ». Ce qui apparaît en revanche, c'est la preuve d'une campagne organisée visant à faire taire la dissidence par la peur, la mort et l'effacement.
Les autorités du régime iranien tentent depuis longtemps de dissimuler ces crimes par la censure et l'intimidation. Pourtant, ces témoignages – exfiltrés sous la menace d'emprisonnement, voire pire – constituent la preuve tangible d'une vérité plus profonde : la répression en Iran n'est pas simplement une réponse à la contestation, mais un projet délibéré visant à étouffer toute une génération dans l'espoir de changement.
Ces témoignages silencieux ne disparaîtront pas. Ils font désormais partie de l'histoire, remettant en question un système qui s'est appuyé sur le silence, mais qui sera finalement confronté à la mémoire et à la responsabilité.

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