dimanche 25 janvier 2026

Le régime iranien ne gouverne plus — il attend.

 Le soulèvement de janvier 2026 n'a pas seulement secoué les rues ; il a fracturé le noyau dur du régime et mis à nu un système paralysé par la peur de l'effondrement.

Il y a des moments dans l'histoire où le pouvoir ne s'effondre pas dans le bruit, mais dans le silence. L'Iran vit actuellement un tel moment.

Le soulèvement de janvier 2026 n'a pas seulement défié le régime iranien dans la rue. Il a pénétré ses rouages ​​internes, engendrant des tensions si profondes et structurelles qu'elles menacent désormais la survie même du système. Ce à quoi nous assistons n'est pas la résilience du pouvoir autoritaire, mais sa paralysie.

Au sommet du régime, l'autorité a cédé la place à l'indécision. À la base, la peur a remplacé la discipline. Dans tout le système, le silence est plus éloquent que la propagande.

Quand la loyauté devient dangereuse

Plus d'une semaine après que le guide suprême Ali Khamenei a publiquement exigé que les élites du régime et les personnalités influentes prennent position contre le soulèvement, la réponse a été frappante : non pas l'unité, non pas la mobilisation, mais l'absence.

Aucune déclaration collective. Aucune démonstration de loyauté orchestrée. Même plus les gestes creux et convenus qui, jadis, servaient à simuler la cohésion. Ce vide n'est pas fortuit. Il reflète un calcul politique : dans le climat actuel, prendre position publiquement comporte des risques.

Même les porte-voix les plus fiables du régime – les chaires de la prière du vendredi – ont faibli. Les religieux qui, jadis, tonnaient des menaces contre la société, se font désormais discrets ou ressasse des clichés éculés. Les tribunes qui, d'un côté, symbolisaient la domination, sont aujourd'hui abandonnées par crainte de la population même qu'elles étaient censées intimider.

Ce n'est pas de la force. C'est un recul institutionnel.

Une société qui a dépassé la peur

La colère du peuple iranien a plongé le régime dans une stupéfaction teintée d'appréhension. Mais il ne s'agit pas d'attendre des négociations ou des réformes ; il s'agit de se préparer à la confrontation.

Cette rage n'est plus épisodique ni émotionnelle. Elle est le fruit de décennies de répression, de pauvreté, d'humiliation et d'exclusion systématique. Ce qui a émergé n'est pas une simple protestation, mais une mentalité de rupture : celle qui ne cherche plus à s'adapter au système, mais à le renverser.

Les régimes autoritaires peuvent survivre à la dissidence. Ils survivent rarement au moment où la société cesse de croire en leur pérennité.

Pourquoi cette fois est différente

Le soulèvement de janvier 2026 différait fondamentalement des vagues de contestation précédentes. Il ne se limitait pas à des griefs économiques ou à des revendications symboliques. Il portait en lui un enjeu politique national : le changement de régime.

Plus important encore, son impact ne s'est pas limité au déblaiement des rues. Les violences de masse ordonnées par Khamenei – censées rétablir l'ordre – ont produit l'effet inverse. Elles ont brisé les dernières illusions de réforme et accéléré la radicalisation politique.

Il en résulte une société qui n'oscille plus entre espoir et peur. Elle vit désormais dans un compte à rebours permanent. Chaque jour, le régime prend conscience que le temps n'est plus neutre, mais qu'il joue contre lui.

L'effondrement de la dissidence contrôlée

Le régime comprend désormais que l'ère des « manifestations contrôlées » est révolue. L'expérience historique de l'Iran a clos ce chapitre.

Les récentes tentatives de promouvoir les prétendues « manifestations légales » ont suscité l'indifférence et le ridicule. Ces mesures sont dénuées de légitimité car la légitimité elle-même a disparu. On ne peut réglementer la dissidence une fois l'autorité morale disparue.

Il ne reste plus qu'un État qui tente de rétablir la stabilité après avoir perdu toute crédibilité – une tâche impossible.

Un régime en suspension

L'Iran est aujourd'hui gouverné par un régime qui n'exerce plus véritablement le pouvoir. Il est en attente.

On attend la prochaine explosion. On attend que les fractures internes s'aggravent. On attend une confrontation qu'on sait ne pouvoir indéfiniment reporter. Cette attente n'est pas passive ; elle est corrosive. Elle mine la cohérence, accélère les conflits internes et creuse le fossé entre les dirigeants et la société.

Le soulèvement de janvier 2026 ne s'est pas terminé en un instant. Il a marqué le début d'une phase où chaque lever et coucher de soleil est désormais évalué à l'aune de la possibilité d'une rupture.

Telle est la réalité déterminante de l'Iran sous le régime actuel : un système toujours en place, mais plus stable ; toujours armé, mais plus sûr de lui ; toujours au pouvoir, mais de plus en plus conscient que le pouvoir, une fois remis en question par toute une société, revient rarement intact.

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