vendredi 16 janvier 2026

Soulèvement en Iran/ 19e jour : Le régime iranien impose le black-out numérique pour dissimuler la répression

 Au coucher du soleil, le 15 janvier 2026, le silence qui régnait sur la sphère numérique iranienne marquait un sombre anniversaire : une semaine de coupure totale d’Internet. Selon les données du réseau, les autorités iraniennes ont imposé un black-out national il y a 168 heures, plongeant le pays dans le « black-out numérique ». Pourtant, malgré la tentative du régime de couper le pays du monde extérieur, des informations ont filtré, révélant un paysage de résistance et de répression draconienne. Alors que le soulèvement national entre dans son 19e jour, les manifestations se sont étendues à plus de 200 villes réparties dans les 31 provinces du pays, et se heurtent à un appareil sécuritaire d’État agissant sans retenue.

Une campagne d’arrestations massives

Afin de réprimer la contestation, le régime a lancé une vague d’arrestations d’une ampleur sans précédent. L’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a annoncé aujourd’hui que le nombre de personnes arrêtées entre le 28 décembre 2025 et le 14 janvier 2026 a dépassé les 50 000. Ces chiffres, établis grâce à des enquêtes approfondies menées dans 144 villes et des investigations dans 76 autres, révèlent une campagne de terreur systématique. Des témoignages sur le terrain indiquent que les forces de sécurité mènent des raids surprises dans les domiciles, les quartiers et les lieux de travail afin d’enlever des dissidents présumés.

L’ampleur de la répression actuelle semble égaler, voire surpasser, les répressions précédentes. Pour remettre les choses dans leur contexte, le 6 mai 2025, le chef du pouvoir judiciaire du régime, Gholam-Hossein Eje’i, a admis – deux ans et demi après les faits – qu’environ 90 000 plaintes avaient été déposées lors du soulèvement de 2022. L’accumulation actuelle de 50 000 arrestations en moins de trois semaines laisse présager une accélération de la répression.

Par ailleurs, les informations obtenues par l’OMPI indiquent que plus de 3 000 manifestants ont été tués. La violence a pénétré dans des espaces habituellement sacrés ; des images montrent des forces de sécurité entrant dans des hôpitaux pour arrêter des blessés et leur refusant des soins médicaux.

Guerre technologique contre les citoyens

La répression ne se limite pas aux arrestations physiques ; elle inclut également l’utilisation de technologies de pointe contre les civils. Le compte X du département d’État américain, en persan, a rapporté que le régime déploie des drones militaires pour identifier, suivre et traquer les manifestants pacifiques. En traitant ses propres citoyens comme des « combattants ennemis », le régime mène une guerre asymétrique dans les rues de ses villes.

Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a décrit les tactiques du régime – les massacres et la vague d’arrestations arbitraires – comme la preuve du désespoir du Guide suprême Ali Khamenei. « Il ne reculera devant aucun crime pour préserver le régime », a déclaré Mme Rajavi, avertissant que les dirigeants ne connaissent aucune limite à leur brutalité dans leur tentative de maintenir le Velayat-e Faqih (suprématie cléricale). Elle a lancé un appel urgent à une mission internationale d’enquête pour inspecter immédiatement les prisons iraniennes.

Condamnation internationale et clarification politique

La communauté internationale a réagi avec une inquiétude croissante. Les ministres des Affaires étrangères du G7, dont ceux du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis, ont publié une déclaration commune exprimant leur « vive préoccupation » face à l’intensification de la répression. Ils ont condamné « le recours délibéré à la violence » et mis en garde contre d’éventuelles « mesures restrictives supplémentaires ». De même, le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères, Winston Peters, a condamné le meurtre de manifestants et exhorté les Néo-Zélandais à quitter l’Iran.

Aux États-Unis, le soutien bipartisan au soulèvement se renforce. Le sénateur Ted Cruz a déclaré que la chute du régime tyrannique rendrait l’Amérique plus sûre. D’autres parlementaires, notamment les représentants Nancy Mace et Raja Krishnamoorthi, ainsi que le sénateur Dave McCormick, ont dénoncé les « massacres » et les « menaces irresponsables », appelant à une diplomatie ferme.

Fait significatif, une coalition de douze anciens dirigeants européens – dont d’anciens Premiers ministres de Belgique, d’Irlande, de Roumanie et de Pologne – a adressé une lettre aux dirigeants de l’UE afin de clarifier la nature politique du soulèvement. Ils ont fustigé la propagande du régime qui tente de discréditer les manifestants en les qualifiant de monarchistes. La lettre soulignait que les autorités avaient diffusé des vidéos truquées pour faire croire, à tort, à un désir de retour à la dictature des Pahlavi. Or, la réalité sur le terrain est marquée par le slogan populaire : « À bas l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou du Guide suprême !»

Ces dirigeants ont exhorté l’UE à reconnaître l’aspiration du peuple iranien à une république démocratique, rejetant à la fois la théocratie actuelle et la monarchie passée. Ils ont également demandé l’inscription du régime sur la liste noire. Les Gardiens de la révolution iraniens (CGRI) sont qualifiés d’organisation terroriste.

Alors que le soulèvement entre dans sa troisième semaine, le fossé entre le régime iranien et le peuple est devenu infranchissable. Le régime a eu recours aux armes ultimes d’isolement – la coupure d’Internet – et de terreur – l’arrestation de 50 000 citoyens – dans une tentative désespérée de survie. Cependant, la persistance des manifestations malgré ces lourdes conséquences témoigne d’un changement dans le rapport de force. La revendication de la rue est claire : une transition totale de la dictature à la démocratie, sans retour en arrière.

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