vendredi 23 janvier 2026

Iran : les autorités déclenchent une répression lourdement militarisée pour dissimuler les massacres de manifestants

AMNESTY INTERNATIONAL – Des arrestations arbitraires massives, des disparitions forcées, des interdictions de rassemblement et des attaques visant à réduire au silence les familles des victimes marquent la militarisation étouffante imposée en Iran par les autorités de la République islamique à la suite des massacres de manifestants, a déclaré Amnesty International aujourd’hui.

Depuis les 8 et 9 janvier 2026, dates auxquelles les autorités iraniennes ont commis des homicides illégaux de masse à une échelle sans précédent afin d’écraser le soulèvement populaire appelant à la fin de leur régime répressif, elles ont mené une répression coordonnée et militarisée visant à empêcher toute nouvelle contestation et à dissimuler leurs crimes.
La répression à l’échelle nationale a consisté à maintenir un blackout total de l’internet, à déployer des patrouilles de sécurité lourdement armées, à imposer des couvre-feux nocturnes et à interdire tout rassemblement. Les forces de sécurité ont également arrêté des milliers de manifestants et d’autres dissidents, et ont soumis des personnes détenues à des disparitions forcées, à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements, y compris des violences sexuelles. Les autorités ont en outre harcelé et intimidé de manière incessante et cruelle les familles endeuillées des manifestants tués.

« Alors que la population iranienne est encore sous le choc et le deuil des massacres sans précédent commis lors de la dispersion des manifestations, les autorités iraniennes mènent une attaque coordonnée contre le droit à la vie, à la dignité et aux libertés fondamentales des habitants de l’Iran, dans une tentative criminelle de terroriser la population pour la réduire au silence. Par le maintien de la coupure de l’internet, les autorités isolent délibérément plus de 90 millions de personnes du reste du monde afin de dissimuler leurs crimes et d’échapper à toute obligation de rendre des comptes », a déclaré Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« La communauté internationale ne doit pas permettre qu’un nouveau chapitre d’atrocités de masse en Iran soit enseveli sans conséquence. Une action internationale urgente, y compris des démarches en faveur de l’obligation de rendre des comptes par le biais de mécanismes indépendants de justice internationale, est attendue de longue date afin de briser le cycle des effusions de sang et de l’impunité. »

Le 21 janvier 2026, le Conseil suprême de sécurité nationale de l’Iran a publié un communiqué affirmant que 3 117 personnes avaient été tuées lors du massacre des manifestants. Toutefois, le 16 janvier 2026, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, Mai Sato, a déclaré lors d’une interview médiatique qu’au moins 5 000 personnes avaient été tuées.
Compte tenu de la gravité de la situation, une session extraordinaire sur la situation des droits humains en Iran se tient aujourd’hui au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Dans une note d’information diffusée auprès des diplomates à Genève le 19 janvier 2026, le représentant permanent de l’Iran a cherché à présenter les manifestations comme une « menace sécuritaire » orchestrée par des puissances étrangères, dans une tentative d’échapper à l’examen international. Cette note affirmait également, à tort, que les autorités s’étaient « abstenues d’adopter une approche sécuritaire dure, large ou indiscriminée » à la suite du soulèvement, justifiant la coupure massive de l’internet comme une mesure de « sécurité publique ».

Amnesty International appelle les autorités iraniennes à rétablir immédiatement l’accès à l’internet ; à libérer toutes les personnes détenues arbitrairement ; à révéler le sort et le lieu de détention de toutes les personnes soumises à des disparitions forcées ; à protéger toutes les personnes détenues contre la torture et d’autres mauvais traitements ; et à garantir aux détenus l’accès à leurs avocats, à leurs familles et aux soins médicaux dont ils ont besoin. Les autorités doivent également mettre fin à l’intimidation et au harcèlement des familles des victimes.

Le blackout informationnel imposé par les autorités iraniennes depuis le 8 janvier 2026 a gravement entravé la documentation approfondie des violations des droits humains. De plus, des preuves cruciales — notamment des vidéos et des photographies enregistrées sur des téléphones portables — ont été perdues lorsque les forces de sécurité ont confisqué les appareils de personnes tuées illégalement ou détenues arbitrairement.

Malgré cela, pour ce communiqué de presse, Amnesty International a pu s’entretenir avec un défenseur des droits humains et un professionnel de santé en Iran, ainsi qu’avec 13 sources informées à l’extérieur du pays, notamment des proches de victimes tuées illégalement ou détenues, des défenseurs des droits humains et des journalistes disposant d’informations sur des violations commises dans les provinces d’Alborz, Chaharmahal-et-Bakhtiari, Ispahan, Guilan, Ilam, Kermanshah, Kurdistan, Khorassan-e Razavi , Téhéran et Azerbaïdjan occidental. Amnesty International a également analysé des vidéos publiées en ligne montrant la répression militarisée en Iran et examiné des déclarations officielles ainsi que des rapports d’organisations iraniennes indépendantes de défense des droits humains.

Arrestations arbitraires massives et disparitions forcées
Selon des informations publiées le 16 janvier 2026 par des médias affiliés à l’État, les autorités ont arrêté des milliers de personnes en lien avec les manifestations. Des rapports indépendants et d’autres informations reçues par Amnesty International indiquent que des dizaines de milliers de personnes, y compris des enfants, ont été détenues arbitrairement.

Les autorités iraniennes ont mené ces derniers jours des arrestations massives dans tout le pays, procédant à des rafles nocturnes à domicile, à des arrestations aux points de contrôle, sur les lieux de travail et dans les hôpitaux. Outre les manifestants, figurent parmi les personnes arrêtées des étudiants universitaires et des élèves, des défenseurs des droits humains, des avocats, des journalistes, ainsi que des membres de minorités ethniques et religieuses.
Amnesty International a reçu des informations alarmantes indiquant que les forces de sécurité ont arrêté des manifestants recevant des soins dans des hôpitaux. Un défenseur des droits humains en Iran a déclaré à Amnesty International que les forces de sécurité de la province d’Ispahan avaient ordonné au personnel médical de signaler les patients blessés par des tirs ou des plombs métalliques. Deux sources informées ont indiqué que les forces de sécurité, dans les provinces d’Ispahan et de Chaharmahal-et-Bakhtiari, ont arrêté des manifestants blessés dans les hôpitaux, y compris des personnes nécessitant des soins vitaux. Étant donné les pratiques bien documentées de torture et de mauvais traitements lors de précédentes répressions de manifestations, il existe de graves inquiétudes quant au refus de soins médicaux adéquats aux manifestants blessés retirés des hôpitaux, ce qui accroît le risque de décès en détention.

Selon des informations reçues par Amnesty International, les forces de sécurité ont menacé le personnel médical de la province d’Ispahan de poursuites judiciaires et d’autres représailles s’il soignait des manifestants blessés sans en informer les autorités.
Les familles de détenus, des militants et des journalistes ont indiqué à Amnesty International que les autorités refusent systématiquement de fournir toute information sur le sort et le lieu de détention de nombreuses personnes arrêtées, les soumettant ainsi à des disparitions forcées, un crime au regard du droit international. Certaines personnes détenues ont été transférées dans des prisons ou d’autres lieux officiels de détention, tandis que d’autres sont maintenues dans des casernes militaires, des entrepôts ou d’autres lieux de détention improvisés sans enregistrement officiel, ce qui les expose à un risque accru de torture et de mauvais traitements.

Des sources informées rapportent que les forces de sécurité ont soumis des détenus à la torture et à d’autres mauvais traitements lors de leur arrestation et en détention, notamment par des coups, des violences sexuelles, des menaces d’exécutions sommaires et le refus délibéré de nourriture, d’eau et de soins médicaux adéquats.

Dans un cas documenté par l’organisation, les forces de sécurité ont perquisitionné le domicile familial d’un manifestant, Amirhossein Ghaderzadeh, à Rasht, dans la province de Guilan, le 9 janvier 2026, et l’ont arrêté. Les agents l’ont dénudé, ainsi que ses deux sœurs — dont l’une est une enfant de 14 ans — afin d’inspecter leurs corps à la recherche de plombs métalliques pour « prouver » leur participation aux manifestations. Depuis lors, les autorités refusent de révéler à sa famille son sort et le lieu où il se trouve, le soumettant ainsi à une disparition forcée.

Amnesty International a reçu des informations de sources informées indiquant que, dans un contexte de refus systémique d’accès à un avocat, les autorités contraignent les détenus à signer des déclarations qu’ils n’ont pas été autorisés à lire et à fournir des « aveux » forcés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis, ainsi que pour des actes pacifiques de dissidence.

Ces derniers jours, les médias officiels ont diffusé des dizaines de vidéos de propagande montrant des détenus « avouant » des actes pacifiques tels que l’envoi d’images de manifestations à des médias situés hors d’Iran, ainsi que des actes violents, notamment le vandalisme et l’incendie volontaire. Les autorités iraniennes ont une longue tradition de diffusion d’« aveux » extorqués sous la torture afin de façonner l’opinion publique et de préparer le terrain à des peines sévères, y compris la peine de mort.

Dans un climat d’impunité systémique accordée aux forces de sécurité, Amnesty International est profondément préoccupée par la récurrence de schémas déjà documentés de torture et de mauvais traitements infligés aux manifestants détenus, notamment des coups, des flagellations, des décharges électriques, des simulacres d’exécution, des suspensions par les poignets ou le cou, des viols et d’autres formes de violences sexuelles.

Les déclarations p
ubliques de hauts responsables qualifiant les manifestants de « terroristes » et de « criminels » ont accru les craintes de nouvelles arrestations et de procès expéditifs profondément inéquitables, susceptibles de déboucher sur des exécutions arbitraires.
Depuis le 10 janvier 2026, le procureur général de l’Iran et des procureurs provinciaux ont publiquement qualifié les manifestants de mohareb (« personne accusée de mener la guerre contre Dieu »), une accusation passible de la peine de mort en Iran.

Le 19 janvier 2026, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Eje’i, a ordonné des poursuites rapides et des peines « dissuasives ». Deux jours plus tard, il s’est publiquement vanté d’avoir ordonné l’aggravation des charges retenues contre des manifestants arrêtés par rapport à celles formulées par les procureurs. En violation flagrante du droit à un procès équitable, il a également interrogé des manifestants sans la présence d’avocats, dans le cadre d’« aveux » coercitifs diffusés par les médias officiels.
Intimidation des familles des victimes
Les familles des personnes tuées ou détenues ont été soumises à une campagne systématique d’intimidation et de coercition.

Les autorités ont fait pression sur des proches pour qu’ils organisent des enterrements au milieu de la nuit, en présence des forces de sécurité. Amnesty International a reçu des informations d’un professionnel de santé indiquant qu’à Mashhad, dans la province de Razavi Khorasan, les forces de sécurité ont procédé à des enterrements de masse sans en informer les familles des personnes tuées.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, à la suite des massacres des 8 et 9 janvier 2026, de nombreux proches se sont vu dire que les corps de leurs êtres chers seraient retenus s’ils ne payaient pas des sommes exorbitantes, ne signaient pas des engagements écrits ou ne faisaient pas de déclarations publiques affirmant à tort que les défunts étaient membres des bataillons Bassidj du Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans), et non des manifestants, et imputant leur mort à des « terroristes ».

Un proche d’une femme tuée dans la province de Téhéran a envoyé à Amnesty International des captures d’écran d’une conversation avec un membre de sa famille en Iran, qui écrivait :

« Ils [les autorités] ont commis des atrocités ici. Les forces de sécurité ont tiré […] et elle est morte en se vidant de son sang parce qu’elle n’a reçu aucun soin médical… Quand quelqu’un est tué, ils ne remettent pas facilement le corps à la famille. Si la famille veut récupérer le corps, elle doit écrire que la personne faisait partie du Bassidj et qu’elle a été tuée par des manifestants. »

Une source informée a déclaré à l’organisation connaître au moins une victime tuée dans la province de Téhéran le 8 janvier 2026 dont la famille n’a toujours pas pu récupérer le corps plus de deux semaines après son décès, faute de pouvoir payer la somme exigée par les autorités.
Iran : les autorités déclenchent une répression lourdement militarisée pour dissimuler les massacres de manifestants
massacres de manifestants amnesty-iran-csdhi
AMNESTY INTERNATIONAL – Des arrestations arbitraires massives, des disparitions forcées, des interdictions de rassemblement et des attaques visant à réduire au silence les familles des victimes marquent la militarisation étouffante imposée en Iran par les autorités de la République islamique à la suite des massacres de manifestants, a déclaré Amnesty International aujourd’hui.

Depuis les 8 et 9 janvier 2026, dates auxquelles les autorités iraniennes ont commis des homicides illégaux de masse à une échelle sans précédent afin d’écraser le soulèvement populaire appelant à la fin de leur régime répressif, elles ont mené une répression coordonnée et militarisée visant à empêcher toute nouvelle contestation et à dissimuler leurs crimes.
La répression à l’échelle nationale a consisté à maintenir un blackout total de l’internet, à déployer des patrouilles de sécurité lourdement armées, à imposer des couvre-feux nocturnes et à interdire tout rassemblement. Les forces de sécurité ont également arrêté des milliers de manifestants et d’autres dissidents, et ont soumis des personnes détenues à des disparitions forcées, à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements, y compris des violences sexuelles. Les autorités ont en outre harcelé et intimidé de manière incessante et cruelle les familles endeuillées des manifestants tués.

« Alors que la population iranienne est encore sous le choc et le deuil des massacres sans précédent commis lors de la dispersion des manifestations, les autorités iraniennes mènent une attaque coordonnée contre le droit à la vie, à la dignité et aux libertés fondamentales des habitants de l’Iran, dans une tentative criminelle de terroriser la population pour la réduire au silence. Par le maintien de la coupure de l’internet, les autorités isolent délibérément plus de 90 millions de personnes du reste du monde afin de dissimuler leurs crimes et d’échapper à toute obligation de rendre des comptes », a déclaré Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« La communauté internationale ne doit pas permettre qu’un nouveau chapitre d’atrocités de masse en Iran soit enseveli sans conséquence. Une action internationale urgente, y compris des démarches en faveur de l’obligation de rendre des comptes par le biais de mécanismes indépendants de justice internationale, est attendue de longue date afin de briser le cycle des effusions de sang et de l’impunité. »

Le 21 janvier 2026, le Conseil suprême de sécurité nationale de l’Iran a publié un communiqué affirmant que 3 117 personnes avaient été tuées lors du massacre des manifestants. Toutefois, le 16 janvier 2026, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, Mai Sato, a déclaré lors d’une interview médiatique qu’au moins 5 000 personnes avaient été tuées.

Compte tenu de la gravité de la situation, une session extraordinaire sur la situation des droits humains en Iran se tient aujourd’hui au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Dans une note d’information diffusée auprès des diplomates à Genève le 19 janvier 2026, le représentant permanent de l’Iran a cherché à présenter les manifestations comme une « menace sécuritaire » orchestrée par des puissances étrangères, dans une tentative d’échapper à l’examen international. Cette note affirmait également, à tort, que les autorités s’étaient « abstenues d’adopter une approche sécuritaire dure, large ou indiscriminée » à la suite du soulèvement, justifiant la coupure massive de l’internet comme une mesure de « sécurité publique ».

Amnesty International appelle les autorités iraniennes à rétablir immédiatement l’accès à l’internet ; à libérer toutes les personnes détenues arbitrairement ; à révéler le sort et le lieu de détention de toutes les personnes soumises à des disparitions forcées ; à protéger toutes les personnes détenues con
tre la torture et d’autres mauvais traitements ; et à garantir aux détenus l’accès à leurs avocats, à leurs familles et aux soins médicaux dont ils ont besoin. Les autorités doivent également mettre fin à l’intimidation et au harcèlement des familles des victimes.

Le blackout informationnel imposé par les autorités iraniennes depuis le 8 janvier 2026 a gravement entravé la documentation approfondie des violations des droits humains. De plus, des preuves cruciales — notamment des vidéos et des photographies enregistrées sur des téléphones portables — ont été perdues lorsque les forces de sécurité ont confisqué les appareils de personnes tuées illégalement ou détenues arbitrairement.

Malgré cela, pour ce communiqué de presse, Amnesty International a pu s’entretenir avec un défenseur des droits humains et un professionnel de santé en Iran, ainsi qu’avec 13 sources informées à l’extérieur du pays, notamment des proches de victimes tuées illégalement ou détenues, des défenseurs des droits humains et des journalistes disposant d’informations sur des violations commises dans les provinces d’Alborz, Chaharmahal-et-Bakhtiari, Ispahan, Guilan, Ilam, Kermanshah, Kurdistan, Khorassan-e Razavi , Téhéran et Azerbaïdjan occidental. Amnesty International a également analysé des vidéos publiées en ligne montrant la répression militarisée en Iran et examiné des déclarations officielles ainsi que des rapports d’organisations iraniennes indépendantes de défense des droits humains.
Arrestations arbitraires massives et disparitions forcées
Selon des informations publiées le 16 janvier 2026 par des médias affiliés à l’État, les autorités ont arrêté des milliers de personnes en lien avec les manifestations. Des rapports indépendants et d’autres informations reçues par Amnesty International indiquent que des dizaines de milliers de personnes, y compris des enfants, ont été détenues arbitrairement.

Les autorités iraniennes ont mené ces derniers jours des arrestations massives dans tout le pays, procédant à des rafles nocturnes à domicile, à des arrestations aux points de contrôle, sur les lieux de travail et dans les hôpitaux. Outre les manifestants, figurent parmi les personnes arrêtées des étudiants universitaires et des élèves, des défenseurs des droits humains, des avocats, des journalistes, ainsi que des membres de minorités ethniques et religieuses.

Amnesty International a reçu des informations alarmantes indiquant que les forces de sécurité ont arrêté des manifestants recevant des soins dans des hôpitaux. Un défenseur des droits humains en Iran a déclaré à Amnesty International que les forces de sécurité de la province d’Ispahan avaient ordonné au personnel médical de signaler les patients blessés par des tirs ou des plombs métalliques. Deux sources informées ont indiqué que les forces de sécurité, dans les provinces d’Ispahan et de Chaharmahal-et-Bakhtiari, ont arrêté des manifestants blessés dans les hôpitaux, y compris des personnes nécessitant des soins vitaux. Étant donné les pratiques bien documentées de torture et de mauvais traitements lors de précédentes répressions de manifestations, il existe de graves inquiétudes quant au refus de soins médicaux adéquats aux manifestants blessés retirés des hôpitaux, ce qui accroît le risque de décès en détention.

Selon des informations reçues par Amnesty International, les forces de sécurité ont menacé le personnel médical de la province d’Ispahan de poursuites judiciaires et d’autres représailles s’il soignait des manifestants blessés sans en informer les autorités.

Les familles de détenus, des militants et des journalistes ont indiqué à Amnesty International que les autorités refusent systématiquement de fournir toute information sur le sort et le lieu de détention de nombreuses personnes arrêtées, les soumettant ainsi à des disparitions forcées, un crime au regard du droit international. Certaines personnes détenues ont été transférées dans des prisons ou d’autres lieux officiels de détention, tandis que d’autres sont maintenues dans des casernes militaires, des entrepôts ou d’autres
lieux de détention improvisés sans enregistrement officiel, ce qui les expose à un risque accru de torture et de mauvais traitements.

Des sources informées rapportent que les forces de sécurité ont soumis des détenus à la torture et à d’autres mauvais traitements lors de leur arrestation et en détention, notamment par des coups, des violences sexuelles, des menaces d’exécutions sommaires et le refus délibéré de nourriture, d’eau et de soins médicaux adéquats.

Dans un cas documenté par l’organisation, les forces de sécurité ont perquisitionné le domicile familial d’un manifestant, Amirhossein Ghaderzadeh, à Rasht, dans la province de Guilan, le 9 janvier 2026, et l’ont arrêté. Les agents l’ont dénudé, ainsi que ses deux sœurs — dont l’une est une enfant de 14 ans — afin d’inspecter leurs corps à la recherche de plombs métalliques pour « prouver » leur participation aux manifestations. Depuis lors, les autorités refusent de révéler à sa famille son sort et le lieu où il se trouve, le soumettant ainsi à une disparition forcée.

Amnesty International a reçu des informations de sources informées indiquant que, dans un contexte de refus systémique d’accès à un avocat, les autorités contraignent les détenus à signer des déclarations qu’ils n’ont pas été autorisés à lire et à fournir des « aveux » forcés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis, ainsi que pour des actes pacifiques de dissidence.

Ces derniers jours, les médias officiels ont diffusé des dizaines de vidéos de propagande montrant des détenus « avouant » des actes pacifiques tels que l’envoi d’images de manifestations à des médias situés hors d’Iran, ainsi que des actes violents, notamment le vandalisme et l’incendie volontaire. Les autorités iraniennes ont une longue tradition de diffusion d’« aveux » extorqués sous la torture afin de façonner l’opinion publique et de préparer le terrain à des peines sévères, y compris la peine de mort.
Dans un climat d’impunité systémique accordée aux forces de sécurité, Amnesty International est profondément préoccupée par la récurrence de schémas déjà documentés de torture et de mauvais traitements infligés aux manifestants détenus, notamment des coups, des flagellations, des décharges électriques, des simulacres d’exécution, des suspensions par les poignets ou le cou, des viols et d’autres formes de violences sexuelles.

Les déclarations publiques de hauts responsables qualifiant les manifestants de « terroristes » et de « criminels » ont accru les craintes de nouvelles arrestations et de procès expéditifs profondément inéquitables, susceptibles de déboucher sur des exécutions arbitraires.

Depuis le 10 janvier 2026, le procureur général de l’Iran et des procureurs provinciaux ont publiquement qualifié les manifestants de mohareb (« personne accusée de mener la guerre contre Dieu »), une accusation passible de la peine de mort en Iran.

Le 19 janvier 2026, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni-Eje’i, a ordonné des poursuites rapides et des peines « dissuasives ». Deux jours plus tard, il s’est publiquement vanté d’avoir ordonné l’aggravation des charges retenues contre des manifestants arrêtés par rapport à celles formulées par les procureurs. En violation flagrante du droit à un procès équitable, il a également interrogé des manifestants sans la présence d’avocats, dans le cadre d’« aveux » coercitifs diffusés par les médias officiels.

Intimidation des familles des victimes
Les familles des personnes tuées ou détenues ont été soumises à une campagne systématique d’intimidation et de coercition.

Les autorités ont fait pression sur des proches pour qu’ils organisent des enterrements au milieu de la nuit, en présence des forces de sécurité. Amnesty International a reçu des informations d’un professionnel de santé indiquant qu’à Mashhad, dans la province de Razavi Khorasan, les forces de sécurité ont procédé à des enterrements de masse sans en informer les familles des personnes tuées.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, à la suite des massacres des 8 et 9 janvier 2026, de nombreux pr
oches se sont vu dire que les corps de leurs êtres chers seraient retenus s’ils ne payaient pas des sommes exorbitantes, ne signaient pas des engagements écrits ou ne faisaient pas de déclarations publiques affirmant à tort que les défunts étaient membres des bataillons Bassidj du Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans), et non des manifestants, et imputant leur mort à des « terroristes ».

Un proche d’une femme tuée dans la province de Téhéran a envoyé à Amnesty International des captures d’écran d’une conversation avec un membre de sa famille en Iran, qui écrivait :

« Ils [les autorités] ont commis des atrocités ici. Les forces de sécurité ont tiré […] et elle est morte en se vidant de son sang parce qu’elle n’a reçu aucun soin médical… Quand quelqu’un est tué, ils ne remettent pas facilement le corps à la famille. Si la famille veut récupérer le corps, elle doit écrire que la personne faisait partie du Bassidj et qu’elle a été tuée par des manifestants. »

Une source informée a déclaré à l’organisation connaître au moins une victime tuée dans la province de Téhéran le 8 janvier 2026 dont la famille n’a toujours pas pu récupérer le corps plus de deux semaines après son décès, faute de pouvoir payer la somme exigée par les autorités.

Les autorités ont diffusé des déclarations de plusieurs familles endeuillées, contraintes de soutenir de faux récits officiels concernant les homicides illégaux de leurs proches. Dans un cas concernant le meurtre illégal d’une enfant de deux ans, touchée par une balle à la tête à Neyshabur, dans la province de Khorassan-e Razavi , le 9 janvier 2026, les médias d’État ont diffusé plusieurs vidéos de propagande visant à disculper les forces de sécurité et à imputer la mort de l’enfant à des « terroristes ». L’une des vidéos montre une déclaration de son père, dans laquelle on entend une voix hors champ lui indiquer ce qu’il doit dire, le père répétant mot pour mot. Les autorités n’ont pas divulgué le nom complet de l’enfant, indiquant seulement son prénom : « Bahar ».

Amnesty International a appris que de nombreuses familles recherchent encore des proches portés disparus, les autorités continuant de refuser toute information sur le fait de savoir si leurs proches ont été tués ou sont détenus.
Un environnement militarisé générant une répression étouffante
Depuis le 9 janvier 2026, les autorités ont imposé des mesures de contrôle de type militaire à grande échelle dans tout le pays. Des unités lourdement armées des forces de sécurité ont été déployées à l’échelle nationale, érigeant des réseaux denses de points de contrôle et de patrouilles armées dans les villes et sur les routes interurbaines.

Les forces de sécurité arrêtent arbitrairement les véhicules, procèdent à des fouilles de voitures et à des inspections de téléphones portables. Des sources informées ont indiqué à l’organisation que les autorités ont restreint la liberté de circulation et imposé des couvre-feux nocturnes. À partir du crépuscule, les forces de sécurité ordonnent aux habitants, par haut-parleurs, de rentrer chez eux et d’y rester. Ces patrouilles avertissent que tout rassemblement de deux personnes ou plus dans la rue est interdit et entraînera des arrestations.

Amnesty International a analysé des vidéos publiées en ligne qui corroborent les témoignages sur la militarisation. Une vidéo de Mashhad, dans la province de Razavi Khorasan, publiée le 15 janvier 2026, montre des forces de sécurité patrouillant à pied et en véhicules sur les boulevards Hashemiyeh et Vakil Abad.

Une autre vidéo, publiée en ligne le 17 janvier 2026, provenant de Borujerd, dans la province du Lorestan, montre des forces de sécurité armées portant des uniformes de camouflage beige, équipées d’armes à feu létales, ainsi que des véhicules déployés le long du boulevard Takhti. La vidéo montre des camions-citernes et ce qui semble être des camions civils reconvertis, équipés de larges buses, vraisemblablement destinées à être utilisées comme canons à eau.

Une troisième vidéo, publiée le 15 janvier 2026 et provenant de Tonek
abon (Shahsavar), dans la province de Mazandaran, montre des dizaines de véhicules des forces de sécurité — y compris des motos et un véhicule blindé de transport de troupes — transportant des agents le long du boulevard Shiroudi.

D’autres vidéos montrent des forces de sécurité provoquant les habitants afin de créer un climat d’intimidation. Une vidéo publiée en ligne le 20 janvier 2026 montre des forces de sécurité armées, le visage couvert, patrouillant dans des quartiers résidentiels à bord de pick-up équipés de mitrailleuses lourdes, ordonnant à plusieurs reprises aux habitants de « rentrer chez eux » tout en scandant des slogans glorifiant le Guide suprême. Amnesty International n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante le lieu où ces images ont été enregistrées.

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