Le rideau de fer numérique et l’hémorragie économique
Depuis le 8 janvier, le régime impose une coupure quasi totale d’Internet, isolant plus de 90 millions de personnes. Les données de Netblocks confirment que la coupure d’Internet dure depuis plus de 280 heures. Si les autorités invoquent une nécessité sécuritaire, les répercussions économiques sont catastrophiques. Le 19 janvier, les médias d’État ont rapporté que les petites et moyennes entreprises avaient subi des pertes dépassant 5 milliards de tomans en seulement dix jours. Le vice-ministre des Communications lui-même a admis une perte quotidienne de 500 milliards de tomans, bien que des estimations indépendantes suggèrent un chiffre six fois supérieur.
La volonté de contrôler le discours public a entraîné des purges au sein de l’infrastructure technique. L’AFP a annoncé le limogeage d’Alireza Rafiei, PDG d’Irancell, le deuxième opérateur mobile iranien. M. Rafiei a été démis de ses fonctions pour avoir tardé à appliquer les ordres de coupure d’Internet du gouvernement, ou pour ne pas avoir appliqué avec suffisamment de fermeté. Parallèlement, des responsables de la commission « Transformation numérique » ont déclaré sans ambages qu’il n’était « pas prévu » de rouvrir les plateformes internationales en raison des « nouvelles conditions » – un euphémisme pour désigner les troubles sociaux incontrôlables.
« Conditions de guerre » : Regards de la rue
Malgré le blocus de l’information, des détails précis sur la résistance ont émergé, dressant le portrait d’une population qui a dépassé le stade de la protestation passive. Dans le quartier de Saadat Abad à Téhéran, des images vidéo du 8 janvier, récemment diffusées, montrent une scène chaotique où des manifestants affrontent les forces de sécurité. Une femme filmant la scène décrit l’incendie de véhicules de répression. Ces images témoignent de l’ampleur des forces de sécurité déployées et de l’intensité des mesures de défense mises en place par la population.
Des informations plus récentes, datant du 18 janvier, indiquent que la rue Valiasr à Téhéran est devenue un foyer d’affrontements sporadiques, tandis que des slogans « Mort à Khamenei » résonnent dans la capitale.
Dans les provinces, la répression est devenue meurtrière et aveugle. Des informations en provenance de Kerman indiquent que le régime déploie la division « Fatemiyoun » – une milice supplétive afghane – pour réprimer les manifestations, ce qui laisse présager un manque de confiance envers les forces de sécurité locales. À Kermanshah, des tirs continus ont été signalés près de Taq-e Bostan le soir du 18 janvier.
Les informations en provenance de Shiraz sont peut-être les plus alarmantes : les hôpitaux y sont de facto soumis à la loi martiale. Les forces de sécurité contrôlent les centres médicaux et les familles souhaitant récupérer les corps de leurs proches ou faire admettre leurs blessés sont contraintes de remplir des formulaires de renseignements détaillés, transformant les hôpitaux en salles d’interrogatoire. Des sources sur place décrivent l’atmosphère comme « digne d’une guerre ».
Faille au sommet : « Vous n’êtes pas un homme de ce terrain »
La pression de la rue provoque des fissures visibles au sein de la hiérarchie du régime. Des factions extrémistes au Parlement (Majlis) ont lancé des attaques virulentes contre le président du régime, Massoud Pezeshkian. Malgré le soutien apporté à Pezeshkian par le Guide suprême Ali Khamenei, le député Abolfazl Aboutorabi l’a publiquement critiqué, déclarant : « Monsieur le Président, vous n’êtes pas un homme de ce calibre ; nous sommes en situation de guerre et vous êtes incapable de diriger le pays. Assumez la responsabilité des événements récents et démissionnez. »
Cette rhétorique a dégénéré en menaces de violence contre leurs propres responsables. Reza Asheri, conseiller municipal de Rasht, est allé jusqu’à publier une story sur Instagram appelant à l’assassinat de Pezeshkian, illustrant ainsi la lutte intestine qui déchire l’élite dirigeante, laquelle s’efforce de désigner un responsable du soulèvement.
Le monde se réveille : « Violences alarmantes »
La communauté internationale se mobilise enfin face aux atrocités. Un document consulté par Reuters confirme que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU tiendra une session d’urgence sur l’Iran ce vendredi 23 janvier. Cette session, à l’initiative de l’Allemagne et du Royaume-Uni, vise à examiner les « informations crédibles faisant état de violences alarmantes ».
Mai Sato, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits de l’homme en Iran, a déclaré que la répression s’apparente vraisemblablement à des crimes contre l’humanité, citant des meurtres, des actes de torture et des détentions arbitraires généralisés.
Parallèlement, Meta (société mère d’Instagram et de WhatsApp) a confirmé avoir mis en place des mesures de sécurité spéciales. Des mesures ont été prises pour protéger les utilisateurs iraniens, notamment le blocage des listes d’abonnés à l’intérieur du pays afin d’empêcher les forces de sécurité de cartographier les réseaux dissidents.
À la fin du 24e jour, la stratégie du silence et de la terreur du régime iranien semble échouer. La reconnaissance de « conditions de guerre » par les responsables du régime constitue un aveu tacite qu’il s’agit d’un défi fondamental à l’existence même de la théocratie. Alors que le voile qui se déchire sur Internet s’effrite, que l’économie s’effondre et que la communauté internationale commence lentement à exiger des comptes, la détermination du peuple iranien demeure le facteur le plus déterminant dans cette histoire en cours.
Source : CNRI

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