vendredi 16 janvier 2026

Le silence comme arme : du massacre de 1988 aux attentats de janvier 2026 en Iran

 Comment le silence imposé a permis les massacres en Iran – et pourquoi la nécessité de rendre des comptes exige aujourd’hui la fin du pouvoir clérical

Ils ont fermé les portes de la prison.
Ils ont coupé les téléphones.
Ils ont interrompu toutes les communications.

Dans ce silence terrifiant – absolu, délibéré et total –, plus de 30 000 prisonniers politiques furent systématiquement exécutés en Iran. Ce fut le massacre de l’été 1988, l’un des crimes contre l’humanité les plus graves de la fin du XXe siècle. Nombre de victimes étaient de jeunes hommes et femmes dont le seul « crime » était leur attachement à la liberté, à la dignité et à leurs convictions politiques.

Le monde n'a pas entendu leurs cris. Ou pire, il les a entendus… et a choisi de détourner le regard.

Les familles n'ont jamais su où leurs proches étaient enterrés. Aujourd'hui encore, beaucoup ignorent dans quelle fosse commune reposent leurs enfants, leurs frères et sœurs ou leurs parents. Le silence n'était pas une simple conséquence du crime ; il en était l'instrument principal. Le silence a protégé les auteurs. Le silence a préservé les intérêts étrangers. Le silence a normalisé l'atrocité.

Seuls des fragments de ce génocide ont refait surface des décennies plus tard, lors du procès d'Hamid Nouri devant un tribunal suédois, où des survivants et des témoins ont révélé une infime partie de ce qui s'était passé derrière les murs des prisons iraniennes. Mais pour les Iraniens qui l'ont vécu, la vérité est restée vive. Ce crime n'est ni pardonné ni oublié.

Et cela ne s'est pas terminé en 1988.

Pendant plus de quatre décennies de règne, le même schéma s'est répété après chaque manifestation, soulèvement ou acte de résistance collective. À chaque fois, le régime a eu recours à la même stratégie : isolement, censure de l'information, violence extrême et massacres de masse, suivis du déni.

En janvier 2026, lors d'un soulèvement national, ce schéma s'est reproduit à une échelle inédite. Une fois encore, les réseaux de communication ont été coupés. Une fois encore, les rues ont été plongées dans un silence forcé. Et une fois encore, des massacres ont eu lieu. Des milliers de manifestants – des civils non armés réclamant la liberté – ont été massacrés dans plusieurs villes d'Iran.

Il ne s'agissait pas d'une aberration. C'était la continuité.

Les manifestants d'aujourd'hui sont les héritiers vivants des massacres perpétrés au cours des quarante dernières années. Ils sont les descendants de la génération de 1979 qui s'est soulevée contre la dictature et a refusé de se soumettre à toute forme de tyrannie. Ils ont payé de leur sang – à maintes reprises – pour la liberté politique, sociale et civile. Et cette fois, ils ont pris une décision délibérée : mettre fin une fois pour toutes au régime des mollahs et le reléguer aux oubliettes de l'histoire.

Ils refusent tout compromis avec un système fondé sur des massacres. Ils exigent non pas un remaniement du pouvoir, mais son démantèlement.

Quel résultat pourrait satisfaire un peuple qui a enduré des violences génocidaires répétées, sinon le renversement complet du régime des mollahs et la poursuite de tous les responsables, à commencer par son principal architecte, le Guide suprême Ali Khamenei ?

Ce combat n'est pas symbolique. Il est définitif. Ceux qui ont assumé cette responsabilité en comprennent les risques et le prix. Ils ne se battent pas par vengeance, mais pour un avenir fondé sur la liberté, l'égalité et l'indépendance. Ils se battent pour qu'aucune famille iranienne ne soit plus jamais contrainte de chercher la vérité dans des tombes anonymes.

Ces combattants et défenseurs de la liberté connaissent bien leur ennemi. Ils n'ont besoin d'aucune intervention militaire étrangère, ni de bombes ni de solutions imposées. Toute ingérence de ce genre ne fait que saboter la lutte du peuple et protéger les opportunistes. Ce qu'ils exigent de la communauté internationale est bien plus simple et bien plus juste : qu'elle cesse de soutenir le régime.

Supprimer toute couverture politique. Désigner l'appareil militaire et répressif du régime comme organisation terroriste. Déchoir le régime de toute légitimité aux Nations Unies. Permettre au peuple iranien d'affronter ses oppresseurs sans la complicité étrangère qui alimente la machine à tuer.

Il s'agit d'un combat pour la justice (dadkhahi), et non pour la transmission du pouvoir aux élites. Après la chute du régime iranien, l'objectif est clair : une république démocratique où chaque criminel de ce régime sera jugé équitablement et publiquement.

Le silence a jadis permis le génocide en Iran.
Aujourd'hui, le silence n'est plus neutre : il est complice.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire