Des responsables du régime reconnaissent l’ampleur des manifestations
Malgré les efforts des médias d’État pour projeter une image de stabilité, de hauts responsables reconnaissent l’ampleur du soulèvement. Mercredi 21 janvier, Ali Akbar Pourjamshidian, secrétaire du Conseil de sécurité du régime, a admis que le soulèvement avait touché plus de 400 villes et villages à travers le pays. Dans un aveu stupéfiant de perte de contrôle, il a indiqué qu’à Téhéran seulement, les forces de sécurité étaient confrontées à des affrontements simultanés dans une centaine d’endroits différents.
Pourjamshidian a qualifié la situation de « coup d’État ou de quasi-coup d’État », confirmant que les troubles ne se limitent pas à des manifestations sporadiques, mais constituent un mouvement coordonné. Il a fourni des statistiques détaillées concernant les dégâts infligés à l’appareil répressif du régime : 4 014 bâtiments du régime, dont des gouvernorats et des bureaux d’État, ont été endommagés ou détruits. De plus, les manifestants ont ciblé 120 bases des Bassidj et 89 séminaires, symboles du pouvoir idéologique de la théocratie. Le responsable a également déclaré que 749 véhicules de police et 305 bus servant au transport des forces de l’ordre avaient été incendiés, ainsi que 750 banques, signe d’un rejet total de l’infrastructure financière et sécuritaire de l’État.
Zones de guerre dans les rues : Armes lourdes et charniers
Des informations circulant sur Internet décrivent des scènes dignes d’une zone de guerre. À Karaj et dans la ville de Mohammadshahr, il semblerait que les autorités aient intensifié leur répression, passant des gaz lacrymogènes à l’utilisation d’armes lourdes. Des témoins décrivent des mitrailleuses lourdes DShK montées sur des pick-ups tirant sur la foule, et des tireurs embusqués prenant pour cible des civils depuis les toits des banques et des bâtiments médicaux.
Le bilan humain est catastrophique. Rien qu’à Mohammadshahr, des sources locales font état d’environ 150 morts en deux jours (les 8 et 9 janvier). À Mashhad, les violences ont conduit à la création hâtive de charniers. Une source fiable a rapporté que des tranchées ont été creusées dans le cimetière de Behesht Rezvan pour y enterrer environ 200 corps. Un tailleur de pierre de la ville a révélé avoir reçu une commande de 148 pierres tombales en une seule journée, toutes destinées à des jeunes nés entre 2000 et 2007.
Le régime a également tiré profit de ce massacre. Les familles qui cherchent à récupérer les corps de leurs proches sont victimes d’extorsion. Dans le cas d’Amirhossein Sohrabi, un jeune homme tué par balle le 8 janvier, les autorités ont exigé de sa famille qu’elle signe une décharge ou qu’elle paie une somme exorbitante – entre 800 millions et plus d’un milliard de tomans – pour récupérer sa dépouille. Même alors, les enterrements ont été contraints d’avoir lieu avant l’aube, en présence de la seule famille proche, afin d’éviter les rassemblements publics.
Résistance face à la répression
Malgré l’ordre de « tirer à vue » donné aux bataillons « Fatehian » et « Imam Ali » des Gardiens de la révolution, la résistance demeure active. Le CNRI a reçu des informations faisant état de jeunes rebelles attaquant des centres de répression à travers le pays. Dans la nuit du 20 janvier, la base des Basij « Malek Ashtar », située dans le quartier d’Atabak à Téhéran, a été incendiée par des jeunes en colère. Des affrontements similaires ont été signalés à Rasht, Kermanshah et Zahedan, où des manifestants ont bloqué des voies logistiques utilisées par les forces du régime.
Des citoyens soulignent que le calme actuel dans certaines régions est trompeur. Un rapport de Karaj cite un manifestant déclarant : « Le calme peut sembler régner, mais ce n’est pas le silence ; c’est la colère refoulée. Nous nous relèverons. » Un autre rapport de Téhéran souligne que la coupure d’Internet n’a pas réussi à faire taire la population, notant que les gens trouvent de nouveaux moyens de communiquer et que « le chemin du calme passe par la compréhension, et non par la censure ».
Condamnation internationale et désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste
Face à l’intensification de la répression par le régime, la patience internationale a atteint ses limites. Le 20 janvier, le Parlement luxembourgeois a voté à l’unanimité une résolution demandant la désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste, en raison de son rôle central dans les exécutions arbitraires et la répression violente des manifestations.
Le 22 janvier, le Parlement européen a adopté une résolution ferme, par 562 voix pour, condamnant la « répression brutale » du régime et exigeant la désignation immédiate du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste. La résolution soulignait que le meurtre de manifestants marquait un tournant dans la stratégie du régime, passant de la dissuasion à l’« élimination stratégique ».
Mme Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a salué la décision du Parlement européen. Elle a qualifié la résolution d’« acte courageux et opportun de solidarité avec le soulèvement du peuple iranien », remerciant les eurodéputés de se ranger du côté des Iraniens dans leur revendication légitime de liberté et de démocratie.

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