De nouvelles images, diffusées depuis l’enceinte de l’Institut médico-légal Kahrizak à Téhéran, montrent un massacre de manifestants, des corps de personnes tuées les jeudi 8 et vendredi 9 janvier. On y voit les corps d’hommes abattus – à la tête, à l’abdomen ou à la poitrine – ainsi que des centaines de familles attendant de récupérer les dépouilles de leurs proches.
Sur ces images, les corps des femmes tuées ne sont pas visibles. Dans la vidéo en question, un membre du personnel médico-légal explique qu’avant de remettre les corps des femmes, l’utérus doit être ouvert, une procédure décrite comme une formalité courante pour l’établissement des certificats de décès. Si ces images insoutenables n’ont été diffusées que depuis Téhéran, des informations provenant d’autres régions d’Iran – du nord au sud – indiquent que de nombreux manifestants ont été tués, un processus que Human Rights Watch, organisation internationale de défense des droits humains, qualifie de « massacre de manifestants », généralisé.
Jusqu’au mardi 13 janvier, les communications depuis l’Iran étaient très limitées grâce à la technologie internet par satellite Starlink. Désormais, avec l’accès téléphonique accru à l’étranger, de nombreux Iraniens appellent pour signaler qu’ils sont sains et saufs ou pour informer leurs proches du meurtre, des blessures ou de l’arrestation de membres de leur famille, voisins ou collègues.
Bien que le nombre de victimes des manifestations en Iran reste incertain, les organisations de défense des droits humains ont confirmé la mort de centaines de manifestants et estiment que le bilan réel est bien plus lourd que les chiffres officiels. L’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran avance le chiffre de plus de 3 000 morts, tandis que des sources ont indiqué à CBS, la chaîne de télévision américaine, le chiffre de 20 000.
Selon certaines informations, le régime iranien exige jusqu’à un milliard de tomans – soit l’équivalent de 10 milliards de rials (environ 7 000 dollars) – des familles pour leur remettre les corps des défunts. Selon certains témoignages, les forces de sécurité du régime iranien ont poursuivi les blessés jusque dans les hôpitaux et les ont abattus.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent les Forces de mobilisation populaire irakiennes (Hachd al-Chaabi), une milice soutenue par l’État, de retour en Irak après avoir participé à la répression des manifestants en Iran. Le Hachd al-Chaabi a également organisé un rassemblement à Bassora pour soutenir le régime iranien et a appelé à une intervention dans les manifestations en Iran.
La question des demandes d’argent en échange de la remise des corps a été soulevée dans divers médias depuis plusieurs jours et s’est déjà posée lors de précédentes manifestations en Iran.
Selon la chaîne Telegram ir_protest, Gelaleh Mahmoudi Azar a été tué lors des manifestations du jeudi 8 janvier au soir à Téhéran, abattu par les forces de répression du régime iranien.
En échange de la restitution du corps de Gelaleh, les institutions gouvernementales ont perçu un milliard de tomans, soit l’équivalent de 10 milliards de rials (environ 7 000 dollars), de la part de sa famille.
Selon le site web Hengaw, suite au meurtre d’Arshia Hozouri, un homme de 25 ans, rue Shaghayegh, sur le boulevard Ferdows à Téhéran, les institutions gouvernementales ont exigé 700 millions de tomans, soit l’équivalent de 7 milliards de rials (environ 5 000 dollars), de sa famille en échange de la restitution de son corps. Hengaw a rapporté qu’Arshia avait reçu une balle dans le front à une distance de 40 mètres et était mort sur le coup.
Un chauffeur de taxi, témoin oculaire, rapporte les propos d’un médecin qui était son passager. Ce dernier lui aurait confié, en larmes, que lorsque les blessés arrivaient à l’hôpital, des agents intervenaient rapidement pour séparer ceux qui étaient affiliés aux forces de sécurité.
L’ampleur de cette répression meurtrière ne se fait sentir que progressivement au-delà des frontières iraniennes. Selon un responsable gouvernemental interrogé par Reuters, le bilan s’élève à plus de deux mille morts.
Le régime iranien a coupé l’accès à Internet depuis le 8 janvier, et l’accès à Starlink est également devenu impossible.


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