samedi 24 janvier 2026

Le Parlement luxembourgeois soutient à l'unanimité le soulèvement iranien et demande la désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste.

 Des parlementaires de tous bords politiques exhortent l'UE à prendre des mesures décisives contre l'appareil répressif iranien, tout en réaffirmant le droit du peuple iranien à déterminer son propre avenir.

Lors d'une session parlementaire historique, en présence du ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, les 60 députés du Parlement luxembourgeois ont adopté à l'unanimité une résolution demandant la désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien comme organisation terroriste. Les débats ont porté sur la solidarité avec le soulèvement populaire iranien et sur la nécessité d'une action ferme et coordonnée de l'Union européenne contre les institutions répressives de Téhéran.

La résolution a été présentée par Laurent Zeimet, du Parti populaire social-chrétien, qui a fait valoir qu'un système politique fondé sur la répression, le recours à la force meurtrière contre les civils et le déni systématique des libertés fondamentales n'a aucune légitimité sur la scène internationale.

Il a souligné que le Luxembourg soutient l'aspiration à un Iran libre et démocratique et considère cette position comme conforme aux intérêts à long terme de l'Europe. Selon M. Zeimet, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) représente l'un des principaux instruments de répression violente du régime, ce qui rend son inscription sur la liste des organisations terroristes de l'UE à la fois nécessaire et attendue depuis longtemps.

Gusty Graas, président de la commission parlementaire des affaires étrangères et membre du Parti démocrate, a souligné que l'avenir de l'Iran devait en définitive être décidé par ses citoyens. Parallèlement, il a insisté sur la responsabilité de l'Europe d'appliquer des sanctions ciblées visant à affaiblir la capacité de répression du régime, plutôt que de se contenter de déclarations sans mesures concrètes.

Yves Cruchten, du Groupe socialiste, a décrit le soulèvement actuel comme le résultat de décennies d'oppression politique, d'inégalités sociales et de pressions constantes sur la société iranienne. Il a présenté les manifestations comme des expressions légitimes de revendications démocratiques et de droits fondamentaux universels qui transcendent les frontières nationales et culturelles.

Crushten a fait valoir que le Luxembourg et l'UE ont une responsabilité particulière : celle de dépasser la rhétorique et de mettre en œuvre des mesures coordonnées et ciblées contre les responsables de la répression, y compris explicitement le Corps des gardiens de la révolution islamique.

Il a également exprimé sa solidarité avec les familles et les communautés iraniennes qui subissent les conséquences de la violence d'État, affirmant le soutien de son parti à un Iran futur fondé sur la démocratie, l'État de droit et le plein respect des droits de l'homme.

Le député écologiste Sam Tanson a souligné le rôle central des jeunes, des femmes, des travailleurs, des minorités et des acteurs de la société civile qui continuent de résister malgré les graves risques. Il a noté que cette résistance est profondément ancrée dans la société iranienne et bénéficie d'un large soutien social.

Tanson a appelé à une position européenne plus résolue contre le régime, en particulier contre le Corps des gardiens de la révolution islamique et les structures économiques et militaires qui organisent et profitent de la répression.

Il a également mis en garde contre les scénarios dans lesquels la crise actuelle pourrait entraîner le remplacement d'une dictature par une autre, soulignant que la démocratie ne peut être imposée de l'extérieur et que les changements de régime orchestrés de l'extérieur ont historiquement conduit à l'instabilité et à une répression renouvelée.

Sven Clement, chef du Parti pirate, a affirmé que le régime en place à Téhéran se maintenait au pouvoir principalement par la force, la censure et l'intimidation. Il a rejeté toute forme de dictature et a souligné que les Iraniens méritent de vivre dans un pays où les droits sont respectés, la liberté d'expression garantie et la vie privée protégée de toute ingérence de l'État.

Clément a mis en garde contre les récits fatalistes présentant l'Iran comme intrinsèquement voué à l'autoritarisme, soulignant plutôt la longue histoire du pays en matière d'ingérence géopolitique extérieure, dans laquelle les Iraniens ordinaires ont toujours payé le prix fort.

David Wagner, du parti de gauche (déi Lénk), a replacé les événements actuels dans un contexte historique plus large en rappelant le coup d'État de 1953 contre le gouvernement démocratiquement élu du Premier ministre Mohammad Mossadegh. Il a souligné que l'Iran avait jadis entrepris des réformes sociales progressistes et cherché à nationaliser son industrie pétrolière au profit de sa population, une voie qui a été compromise par l'interventionnisme étranger et suivie de décennies de dictature.

Wagner a retracé comment le mécontentement populaire avait fini par aboutir à un soulèvement populaire, avant que la révolution antimonarchique ne soit détournée par les forces cléricales, inaugurant un nouveau cycle de répression et de violence. Il rejetait toute intervention militaire étrangère ainsi que toute tentative d'imposer de l'extérieur un autre système autoritaire, qu'il soit clérical ou monarchique.

Selon Wagner, l'une des principales revendications des forces démocratiques iraniennes est la mise en place d'une assemblée constituante, permettant aux Iraniens eux-mêmes de décider de leur avenir politique sans imposition extérieure.

La séance s'est conclue par une intervention du ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, qui a décrit le système de gouvernement iranien comme fondamentalement incompatible avec les valeurs démocratiques, citant les restrictions systémiques aux libertés, les codes vestimentaires imposés aux femmes, les sanctions arbitraires et le déni de la liberté d'expression.

Il a soutenu que l'extrémisme religieux ne conduit ni à la tolérance ni à la démocratie, mais engendre au contraire la répression et l'érosion des droits fondamentaux. Bettel s'est félicité du soutien parlementaire apporté à la désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste et a souligné que des sanctions ciblées contre certains individus étaient déjà en vigueur.

Il a confirmé que le Luxembourg avait convoqué l'ambassadeur d'Iran pour lui faire part officiellement de son opposition aux méthodes du régime. Bettel a réaffirmé que décider de l'avenir de l'Iran n'est pas du ressort des gouvernements étrangers, mais un droit qui appartient exclusivement au peuple iranien.

Le vote unanime a souligné un rare consensus transpartisan au Luxembourg, témoignant d'une dynamique croissante en Europe en faveur d'une action plus décisive et coordonnée face à la répression en cours en Iran et aux revendications de sa population manifestante.

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