Combats nocturnes à Téhéran et Mashhad
Dans la capitale, Téhéran, et dans la ville de Mashhad, au nord-est du pays, les rues se sont transformées en zones de conflit. Des images en provenance de Mashhad montrent une atmosphère explosive, digne d’une zone de guerre. Dans l’obscurité, des tirs et des explosions incessants résonnent tandis que les forces de sécurité tirent à vue sur les manifestants. Des jeunes rebelles ripostent par des attaques éclair, incendiant des obstacles dans la rue pour entraver la progression des unités de répression.
À l’ouest de Téhéran, le carrefour du boulevard Ayatollah Kashani et de la rue Abazar a été le théâtre de certains des affrontements les plus violents du mois. On pouvait entendre les manifestants scander : « Nous mourrons, mais nous reprendrons l’Iran », témoignant d’une détermination qui transcende la peur de la mort. Dans un récit glaçant de la brutalité de l’État, les forces de sécurité ont diffusé des menaces par haut-parleurs, déclarant : « Si vous faites un geste insensé, nous avons des mandats judiciaires et nous vous tirerons dessus à balles réelles. »
Simultanément, le quartier d’Elahiyeh à Téhéran a été le théâtre de rassemblements de grande ampleur où des chants organisés et des affrontements directs avec les forces de sécurité ont mis à l’épreuve le contrôle du régime sur le nord de la ville.
Le bilan humain : Plus de 780 martyrs identifiés
La résilience du soulèvement a un coût humain exorbitant. Le 27 janvier, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a publié les noms de 87 martyrs supplémentaires, portant le nombre total de victimes identifiées à 781 depuis le début du soulèvement fin 2025.
Cette nouvelle liste souligne le caractère aveugle de la répression. Parmi les victimes nouvellement identifiées figurent 16 femmes et quatre enfants et adolescents âgés de 11 à 17 ans. L’une des plus jeunes victimes, Huzaifa Oustakh, 11 ans, originaire de Mashhad, est un symbole tragique de la violence déchaînée contre les citoyens iraniens. L’OMPI note qu’à ce jour, au moins 44 mineurs et 100 femmes ont été tués par les forces de sécurité.
Des responsables du régime admettent une résistance « organisée ».
Pendant des années, le régime iranien a minimisé l’importance des manifestations, les qualifiant d’émeutes sporadiques attisées par des éléments étrangers. Cependant, à Téhéran, le ton est désormais alarmant. Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a reconnu le 26 janvier que la vague de contestation actuelle est fondamentalement différente.
« Les forces de sécurité ont identifié les meneurs… il ne s’agit pas d’individus sortis de chez eux pour scander des slogans », a déclaré Larijani. Il a admis que les manifestants sont organisés et armés. Ses propos révèlent une profonde inquiétude au sein du régime quant à la capacité des manifestants à riposter face à la brutalité des forces du régime, que Larijani a qualifiée de tentative d’inciter à la « guerre civile ».
De plus, le régime a ouvertement privilégié sa survie à la stabilité économique. Fatemeh Mohajerani, porte-parole du gouvernement de Massoud Pezeshkian, a confirmé que la coupure d’internet, qui dure depuis plusieurs semaines, était une directive du Conseil suprême de sécurité nationale. « Face à une situation où la sécurité est menacée… il était nécessaire de couper internet », a-t-elle admis, reconnaissant les dommages causés aux entreprises, mais insistant sur le fait que « la sécurité prime ». NetBlocks confirme qu’au 27 janvier, la coupure approchait de son 20e jour, la connectivité étant fortement restreinte.
Conséquences diplomatiques : L’Europe s’apprête à inscrire le Corps des gardiens de la révolution islamique sur sa liste noire.
La violence de la répression isole rapidement le régime sur la scène internationale. Dans un changement de cap significatif, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a annoncé le 26 janvier que Rome allait faire pression sur l’Union européenne pour qu’elle désigne le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste.
Évoquant les « actes odieux » commis lors de la répression des manifestations et les « pertes subies par la population civile », M. Tajani a déclaré que l’Italie se coordonnerait avec ses partenaires pour sanctionner les responsables. Cette décision marque une rupture avec la prudence affichée jusqu’ici par Rome et indique que le nombre de morts dans les rues iraniennes rend impossible le maintien du statu quo pour l’Europe.
La reconnaissance par le régime de l’existence d’une opposition organisée et intrépide, animée par la volonté de riposter, conjuguée à l’effondrement de son influence diplomatique en Europe, témoigne d’une crise qui s’aggrave. Alors que les autorités s’appuient sur les coupures de courant et les balles pour se maintenir au pouvoir, les combats nocturnes à Téhéran et à Mashhad démontrent que la demande de changement de régime n’a fait que s’amplifier.

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