samedi 3 janvier 2026

Soulèvement en Iran au 6e jour : Les manifestations s’étendent aux quartiers de Téhéran, des funérailles dégénèrent en affrontements dans les provinces

 Le 2 janvier 2026, au sixième jour consécutif de manifestations à travers l’Iran, la dynamique du mouvement a connu un changement significatif. Ce qui avait commencé en début de semaine comme un cri de ralliement économique dans le Grand Bazar de Téhéran, déclenché par l’effondrement de la monnaie nationale et l’inflation galopante, s’est transformé en une confrontation explosive dans les quartiers résidentiels et les capitales provinciales du pays.

Des informations recueillies sur le terrain le 2 janvier indiquent que l’appareil sécuritaire du régime peine à contenir un mouvement qui, après des grèves dans les centres commerciaux, a dégénéré en ce que des témoins décrivent comme une véritable guerre urbaine. Les troubles ont été particulièrement intenses dans les provinces du Lorestan et du Fars, où les funérailles des manifestants tués les jours précédents ont été le point de ralliement de nouvelles manifestations antirégime.

Les manifestations s’étendent aux quartiers de Téhéran

Signe d’une possible perte de contrôle des forces de sécurité dans la capitale, les manifestations de vendredi se sont étendues au-delà des quartiers commerçants du centre-ville pour gagner les principaux quartiers résidentiels. Malgré les importantes mesures prises par le régime pour empêcher les rassemblements, les habitants de Naziabad, Khaksefid, Narmak et Tehranpars sont descendus dans la rue.

Des images et des reportages en provenance de ces quartiers montrent des foules scandant « À bas Khamenei ! » et « Mort au dictateur ! ». L’extension du mouvement à ces quartiers densément peuplés suggère que la répression menée au bazar n’a pas réussi à freiner l’élan du soulèvement, obligeant les forces de sécurité à déployer leurs ressources dans toute la métropole tentaculaire.

Marvdasht : Commissariat assiégé

L’intensité du conflit était peut-être la plus visible à Marvdasht, dans la province de Fars. Vendredi, des milliers de personnes se sont rassemblées pour les funérailles de Khodadad Shirvani, un homme de 33 ans abattu par les forces de sécurité la veille. La cérémonie funéraire a rapidement pris une tournure politique, la foule scandant : « Je tuerai celui qui a tué mon frère !»

La situation a dégénéré lorsque des manifestants ont encerclé et attaqué le commissariat n° 11. Selon des témoignages de terrain, une violente confrontation s’en est suivie, des agents du régime, postés sur les toits du commissariat et de la banque Sepah voisine, tirant à balles réelles sur les civils en contrebas.

À Kuhdasht, dans la province du Lorestan, les funérailles d’Amirhesam Khodayari-Fard ont été le théâtre d’une résistance directe contre l’ingérence de l’État. Les forces de sécurité auraient tenté de s’emparer du corps du martyr pour empêcher que l’enterrement ne se transforme en manifestation – une tactique courante du régime pour étouffer la colère populaire.

Cependant, la foule nombreuse présente à la cérémonie a résisté aux agents et a récupéré le corps pour procéder elle-même à l’inhumation. Coup dur pour la propagande du régime, le père d’Amirhesam s’est adressé publiquement à la foule, déclarant que son fils « n’avait aucun lien avec les Bassidj », réfutant ainsi le discours des médias d’État qui tentaient de faire de la victime une figure pro-régime.

Nombre croissant de victimes : Identification des martyrs

Alors que la répression s’intensifie, le coût humain du soulèvement apparaît de plus en plus clairement. Le 2 janvier après-midi, le Secrétariat du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a confirmé l’identité de huit manifestants tués par les Gardiens de la révolution et les forces de sécurité entre le 31 décembre 2025 et le 1er janvier 2026.

Parmi les victimes, tuées dans les villes de Fuladshahr, Kuhdasht, Lordegan, Azna et Marvdasht, figure un mineur. Les martyrs identifiés sont :

  • Mostafa, un garçon de 15 ans originaire d’Azna (Lorestan) ;
  • Dariush Ansari Bakhtiarvand, 37 ans, originaire de Fuladshahr (Ispahan) ;
  • Amirhossein Khodayarifard, 26 ans, originaire de Kuhdasht (Lorestan) ;
  • Sajjad Valamanesh Zilaei, 28 ans, originaire de Lordegan ;
  • Ahmad Jalil, 21 ans, originaire de Lordegan ;
  • Shayan Asadollahi, 30 ans, originaire d’Azna. Vahab Ghaedi (Mousavi), d’Azna.
  • Khodadad Shirvani, de Marvdasht.

À Fuladshahr, les funérailles de Dariush Ansari, abattu le 31 décembre, ont également dégénéré en manifestation, alimentant davantage le cycle de deuil et de résistance.

Points chauds régionaux : de Qom à Zahedan

L’ampleur géographique des troubles souligne le caractère national du mécontentement. À Qom, bastion idéologique traditionnel du clergé, les manifestants se sont rassemblés place Towhid pour la deuxième nuit consécutive. Des slogans « Mort à Khamenei » ont résonné dans la ville, représentant une contestation profonde de la légitimité religieuse du régime.

À Yasuj, dans le sud-ouest de l’Iran, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants qui organisaient des rassemblements nocturnes. Malgré l’usage de la force létale, la foule a refusé de se soumettre. Des manifestants ont tenté de se disperser en scandant : « C’est l’année du sang, Seyyed Ali [Khamenei] sera renversé ! »

À Hamedan, des témoins sur place décrivent les forces de sécurité débordées par l’ampleur de la foule et incapables de disperser les manifestants. Parallèlement, à Zahedan, dans le sud-est du pays, les habitants ont rejoint le mouvement national après la prière du vendredi, et des images confirment les slogans « À bas le dictateur ! »

Un message politique unifié

Parallèlement aux manifestations de rue, le soulèvement a formulé une revendication politique claire, rejetant à la fois la théocratie actuelle et l’ancienne monarchie. Les unités de résistance affiliées à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) ont intensifié leurs activités à Téhéran, Mashhad et Ispahan. Des pancartes et des graffitis sont apparus dans ces villes, proclamant : « À bas l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou des mollahs ! »

Ce sentiment a été repris par les prisonniers politiques. Dans un communiqué diffusé depuis la prison d’Evin, des détenus ont déclaré que le régime était sur le point de disparaître, établissant un parallèle avec la révolution de 1979. Parallèlement, des condamnés à mort de la prison de Ghezel Hesar ont adressé un message aux étudiants, affirmant : « L’heure est venue d’enterrer la dictature du cheikh et du shah. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire