mardi 6 janvier 2026

Les prisonniers politiques d’Evine aux côtés du soulèvement

 Dans une déclaration puissante venue de derrière les murs des prisons, des prisonniers politiques nommément identifiés à Evine, ainsi que trois détenus condamnés à mort, affirment ouvertement leur soutien au soulèvement en Iran et appellent les étudiants à maintenir la révolte.

Alors que les protestations continuent de se propager à travers l’Iran, des voix emprisonnées ont réussi à percer le mur de la censure et de la répression. Dans une déclaration collective, des prisonniers politiques détenus à la prison d’Evine, à Téhéran, ont affirmé leur pleine solidarité avec le soulèvement populaire. Parallèlement, trois prisonniers politiques condamnés à mort à la prison de Qezel Hesar ont adressé un message direct aux étudiants mobilisés dans les universités.

Pris ensemble, ces messages constituent une intervention rare et défiant l’autorité depuis l’intérieur même de l’appareil carcéral du régime — transformant les prisons en véritables fronts actifs de la résistance.

« Votre voix nous est parvenue derrière ces murs »

S’adressant au peuple iranien, les prisonniers politiques d’Evine ouvrent leur déclaration en reconnaissant l’ampleur des manifestations nationales :

« La nouvelle de votre soulèvement et de vos cris nous est parvenue de ce côté des murs de la prison. »

La déclaration — signée par Amir-Hassan Akbari Monfared, Reza Akbari Monfared, Mojtaba Taghavi, Pejman Tubreh-Rizi, Shahin Zoghi-Tabar, Ehsan Rostami, Ramin Rostami, Afshin Rangriz Heyrati, Behzad Zargan, Reza Ashourzadeh, Nasrollah Fallahi, Bijan Kazemi et Pouria Vahidiyan — inscrit le soulèvement actuel dans une lutte vieille de plus d’un siècle pour la liberté et la justice en Iran.

Les prisonniers rappellent que depuis plus de 120 ans, les Iraniens ont, à de nombreuses reprises, frôlé l’émancipation, avant de voir leurs mouvements écrasés ou confisqués par des forces répressives — qu’il s’agisse de coups d’État soutenus par l’étranger, de la monarchie ou du pouvoir clérical. Ils citent le coup d’État de 1953 et la révolution confisquée de 1979 comme des tournants majeurs où la volonté populaire a été détournée.

Quarante-sept ans de fascisme religieux et de pillage

Les prisonniers d’Evine condamnent sans détour le système au pouvoir, qu’ils qualifient de fascisme religieux ayant gouverné l’Iran pendant 47 ans par la répression, le pillage et des politiques anti-humaines. Ils décrivent une société privée des conditions les plus élémentaires d’une vie normale : pauvreté généralisée, corruption, flambée des prix, inflation galopante, pénuries d’eau et d’électricité, chômage de masse.

Selon leur déclaration, ces crises ne relèvent pas d’une simple mauvaise gestion, mais résultent du détournement systématique des richesses nationales vers le terrorisme, les guerres par procuration, ainsi que les programmes nucléaire et balistique, qualifiés d’anti-nationaux et destructeurs pour l’avenir du pays.

Les prisonniers soulignent que la stratégie de survie du régime a toujours reposé sur deux piliers : la répression intérieure et l’exportation de la guerre et de la terreur. Mais, affirment-ils, les autorités savent elles-mêmes que leur fin approche, car la société est parvenue à un point de confrontation irréversible.

Fin de la mystification politique

La déclaration affirme également que le régime a perdu jusqu’à sa capacité à tromper. Depuis l’échec du prétendu projet réformiste en 2017 et le soulèvement national de 2022, le système n’est plus en mesure de canaliser la colère populaire à travers des illusions politiques ou des factions contrôlées.

Affirmant leur position sans ambiguïté, les prisonniers d’Evin déclarent se tenir « pleinement et jusqu’au bout » aux côtés du peuple et saluent sa détermination. La déclaration s’achève par un hommage aux victimes de la lutte pour la liberté et par un serment de résistance : « Par le sang de nos camarades, nous tiendrons jusqu’au bout. »

Les condamnés à mort : « Nous sommes avec vous, même depuis la potence »

Dans un message distinct, trois prisonniers politiques condamnés à mort à la prison de Ghezel Hessar — Mohammad Taghavi, Babak Alipour et Vahid Bani Amerian — se sont adressés directement aux étudiants des universités iraniennes.

Ils saluent les étudiants comme des chercheurs de liberté qui, à un moment décisif de l’histoire, ont « allumé le feu de la liberté ». Soulignant que les signes de l’effondrement du régime deviennent de plus en plus visibles, ils appellent les étudiants à rejoindre la population dans la rue et à contribuer à faire avancer le soulèvement.

Les prisonniers affirment que l’heure est venue d’enterrer à la fois la dictature cléricale et la dictature monarchique, et d’ouvrir la voie à la liberté et à une république démocratique. Malgré l’emprisonnement et la menace d’exécution, ils insistent sur leur présence totale dans le soulèvement :

« Bien que nous soyons enchaînés, emprisonnés et condamnés à mort, nous sommes à vos côtés — à chaque instant de votre rébellion et de votre résistance. »

Le message se conclut par un slogan devenu central dans le mouvement de protestation en Iran :

« A bas le tyran, qu’il soit chah ou mollah  »

Les prisons, prolongements du soulèvement

Ces déclarations nominatives — publiées sous la menace permanente de représailles — exposent crûment la peur d’un régime confronté à une société qui n’accepte plus ni le silence ni la soumission. Lorsque des prisonniers politiques, y compris ceux promis à l’exécution, s’alignent publiquement avec les manifestants et les étudiants, les limites de la répression apparaissent au grand jour.

Loin d’étouffer la dissidence, les prisons iraniennes sont devenues des prolongements du soulèvement lui-même, amplifiant un message que le régime cherche désespérément à faire taire : la lutte pour la liberté transcende désormais les murs, les condamnations — et même la potence.

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