vendredi 30 janvier 2026

Guérir comme un crime : comment le régime criminalise la médecine pour faire taire la vérité

 L’arrestation de médecins et l’enlèvement de manifestants blessés révèlent une stratégie visant à effacer les preuves, et non à faire respecter la loi.

Quand sauver des vies devient un délit punissable

Une nouvelle vague d'arrestations visant des médecins et du personnel médical à travers l'Iran a une fois de plus révélé la véritable fonction de l'appareil sécuritaire du régime : non pas le maintien de l'ordre, mais la suppression de la vérité. Face à l'escalade des manifestations à l'échelle nationale, le régime a transformé les hôpitaux et les cliniques en instruments de sa machine répressive, criminalisant les soins prodigués aux civils blessés.

Il ne s'agit pas d'une série d'incidents isolés ni d'actes isolés. C'est une politique délibérée visant à éliminer les témoins des violences d'État – une stratégie conçue pour que les massacres perpétrés par le régime ne laissent aucune trace, aucun témoignage et aucun survivant disposé à parler.

Des descentes chez les médecins, la peur règne dans les hôpitaux

Les forces de sécurité ont perquisitionné les domiciles et les lieux de travail de médecins ayant prodigué des soins aux manifestants blessés. Nombre de ces arrestations ont été menées avec une extrême violence, adressant un message clair à la communauté médicale : soigner les victimes des manifestations est un acte de défiance.

Des militants des droits humains en Iran ont alerté à plusieurs reprises sur le fait que des médecins et des personnels soignants sont spécifiquement pris pour cible pour avoir porté secours aux manifestants blessés. Ces arrestations, survenues simultanément dans plusieurs villes, révèlent une répression coordonnée et planifiée de manière centralisée.

Dans un cas particulièrement glaçant, des agents du régime auraient enlevé une jeune femme blessée directement depuis son lit d'hôpital, quelques heures seulement après son opération. Elle a été emmenée dans un état critique. De tels incidents ont transformé les centres médicaux en lieux de terreur plutôt qu'en lieux de soins.

Armer le sang, affamer les civils

Parallèlement aux arrestations, des informations font état d'obstructions délibérées à l'approvisionnement en sang. Les institutions contrôlées par le régime auraient restreint l'accès aux banques de sang, réservant les stocks aux centres affiliés aux forces armées et les refusant aux hôpitaux civils.

Cette politique a directement mis en danger la vie des manifestants blessés. Elle s'inscrit parfaitement dans le cadre plus large de la répression : refuser les soins, intimider les médecins et laisser la peur achever le travail commencé par les balles.

Ardabil, Qazvin, Mashhad : un modèle national

Après que les forces de sécurité ont découvert que certains médecins soignaient gratuitement des manifestants blessés, une nouvelle répression a eu lieu.

  • À Ardabil, le Dr Ameneh Soleimani, médecin et directeur de clinique, a été arrêté pour avoir admis et soigné des victimes des manifestations. Selon des sources de défense des droits humains, au moins quatre autres médecins ont également été arrêtés dans la ville.
  • Khosrow Minaei, un médecin bénévole qui soignait des manifestants blessés à son domicile, a été arrêté le 14 janvier 2026. Des témoins ont rapporté de graves passages à tabac et la destruction complète de sa maison lors du raid.
  • À Qazvin, le Dr Alireza Golchini a été arrêté et accusé d ’« inimitié envers Dieu » (moharebeh) — une accusation qui comporte le risque d’exécution et démontre la volonté du régime d’appliquer des infractions passibles de la peine de mort aux professionnels de la santé.
  • Le docteur Farhad Nadali, membre du corps professoral de l'Université des sciences médicales de Golestan, a été arrêté après avoir protesté contre les tirs sur les manifestants. On ignore où il se trouve actuellement.
  • À Mashhad, Babak Pouramin, spécialiste en médecine d'urgence, a été arrêté et transféré à la prison de Vakilabad.

Ce n'est pas de la sécurité, c'est une punition collective contre la conscience.

Une invitation cynique à l'abattoir

Comble de l'absurdité, un vice-ministre de la Santé du régime a publiquement exhorté les manifestants blessés à se faire soigner. Le 29 janvier 2026, la chaîne Telegram Chand Saniyeh, affiliée à l'État , a cité ce responsable :

« Les blessés ne doivent pas avoir peur et doivent se rendre dans les centres médicaux. »

Il a ajouté que les inspections n'auraient pas lieu si un nom différent était fourni, et que la vérification d'identité ne serait requise que pour les besoins de l'assurance, prévenant que les retards de traitement pourraient entraîner des infections.

Présentées comme des conseils médicaux, ces remarques se heurtent de plein fouet à la dure réalité. Des années d'arrestations, d'interrogatoires et de disparitions documentés après des visites à l'hôpital ont appris une leçon brutale aux Iraniens : entrer dans un hôpital peut être un chemin direct vers la prison, la torture ou l'exécution.

Hôpitaux sous surveillance, médecins menacés

Tout au long des manifestations en Iran, les forces de sécurité ont été déployées dans les hôpitaux. Le personnel médical subit une pression constante de la part des services de renseignement. Des familles rapportent que des visites à l'hôpital ont donné lieu à des interrogatoires ; certaines personnes blessées ont disparu après avoir été soignées.

Dans ce contexte, appeler les manifestants blessés à « se faire soigner librement » n’est pas seulement malhonnête, c’est un piège.

L'effondrement de l'éthique médicale sous la théocratie

La déclaration du vice-ministre témoigne une fois de plus de la dégradation morale de la médecine sous le joug du cléricalisme. Lorsque les soins ne sont prodigués que dans le secret et la tromperie, la criminalité structurelle devient indéniable.

Dans le système du régime, les blessés ne sont pas des patients, mais des suspects. Les médecins ne sont pas des soignants, mais des cibles. Et les hôpitaux ne sont plus des sanctuaires, mais des terrains de chasse.

Cette réalité fait tomber les derniers prétextes de gouvernance et expose le régime pour ce qu'il est : un système qui craint tellement la vérité qu'il se doit d'arrêter ceux qui tentent de sauver des vies.

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