lundi 22 novembre 2021

Des témoins en Albanie soulignent l’ampleur du massacre perpétré par l’Iran en 1988

 Les audiences du procès d’Hamid Noury, ancien responsable pénitentiaire iranien, doivent se poursuivre à Stockholm dans les prochains jours après avoir été temporairement déplacées à Durres, en Albanie. Ce changement de lieu a été demandé par les procureurs suédois afin d’entendre sept témoins oculaires qui résident actuellement dans le complexe albanais établi en 2016 par l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran. L’OMPI a été la principale voix de la démocratie en Iran, et en 1988, il a été la cible principale d’un massacre systématique de prisonniers politiques auquel Noury a participé.

Chacun des témoins à Durres, et plusieurs autres témoins à Stockholm, se sont souvenus d’interactions directes avec Noury avant, pendant et après le massacre de 1988. Hassan Ashrafian a décrit Noury comme ayant ordonné à un grand nombre de gardes de battre des prisonniers politiques supposés être affiliés à l’OMPI dans l’année précédant le massacre. Il a également noté que Noury était présent aux côtés du régisseur de la prison de Gohardacht, Mohammad Moghiseh, lorsque ce dernier s’est vanté de l’ampleur des meurtres et de la possibilité qu’ils reprennent après le massacre.

The 1988 Massacre of Political Prisoners in Iran: Eyewitness Accounts, Hassan Ashrafianhttps://youtu.be/FTt3XlwLKoM

« Nous les avons tous tués et nous tuerons le reste d’entre vous plus tard », a déclaré Moghiseh à un petit groupe de survivants à Gohardacht, selon Ashrafian. « L’époque où vous pouviez protester et organiser des grèves est révolue. Ne pensez pas que nous avons les mains liées. Nous pouvons vous exécuter comme les autres quand nous le voudrons. »

Un autre survivant, Akbar Samedi, a déclaré au tribunal de Durres qu’il avait été personnellement menacé par Noury au milieu des meurtres, puis qu’il l’avait rencontré des mois plus tard et qu’il avait entendu Noury se lamenter sur le fait que Samedi et d’autres personnes avaient « glissé entre les doigts » des autorités pénitentiaires. Ces souvenirs suggèrent que non seulement Noury a volontairement exécuté les ordres visant à faciliter les exécutions de masse, mais qu’il l’a fait avec empressement et a continué à défendre le massacre par la suite.

Alors que Noury est en détention, les principaux responsables du massacre de 1988 occupe les plus hautes fonctions au sein du régime des mollahs, l’un d’entre eux est d’ailleurs président. Ebrahim Raïssi a officiellement pris les rênes de cette fonction en août. La grande majorité des électeurs éligibles d’Iran ont refusé de participer à la parodie d’élection des mollahs, et beaucoup ont ouvertement protesté contre l’approbation de Raïssi par le Guide Suprême, Ali Khamenei.

En 2019, Khamenei a nommé Raïssi à la tête du pouvoir judiciaire, lui offrant ainsi un tremplin vers la présidence et renforçant également l’héritage du massacre de 1988, auquel Raïssi était un participant de premier plan. L’ancien membre de la commission de la mort de Téhéran a utilisé son rôle de chef du pouvoir judiciaire pour superviser les principaux aspects de la répression de la dissidence immédiatement après le soulèvement national de novembre 2019.

Cette répression a fait au moins 1 500 morts, ce qui en fait l’un des pires cas de massacre en Iran ces dernières années, même si elle est loin d’avoir l’impact du massacre de 1988. Plus de 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés et enterrés dans des fosses communes secrètes entre juillet et septembre 1988, et certains des témoins de l’affaire Noury sont allés jusqu’à dire qu’il s’agissait d’une estimation prudente, s’appuyant largement sur des témoignages concernant les prisons et les quartiers des prisons dans lesquels certains détenus ont survécu au massacre.

Même lorsqu’il y avait des survivants, ils constituaient généralement une proportion infime de la population carcérale globale. C’est ce qu’ont affirmé non seulement les survivants qui ont témoigné directement dans l’affaire Noury, mais aussi ceux qui ont pris part aux conférences et aux manifestations qui ont coïncidé avec celle-ci, et qui se sont adressés à la presse à peu près au même moment. Environ 1 000 anciens prisonniers politiques ont participé à un rassemblement au complexe de l’OMPI, Achraf 3, le week-end dernier. Douze d’entre eux ont prononcé des discours de grande envergure sur le massacre et sur les possibilités de demander des comptes aux responsables.

L’un de ces intervenants, Mohammad Raputam, a rappelé que 154 membres de l’OMPI avaient été transférés de la prison de Gohardacht à la prison d’Evine avant le massacre, et qu’il était l’un des sept survivants. Hassan Zarif, qui était également détenu à Evine pendant le massacre, a noté qu’il y avait des milliers de prisonniers politiques dans cet établissement lorsque le massacre a commencé, et qu’en l’espace de quelques semaines, ce nombre était tombé à 90.

Exhibition in Ashraf 3, Albania: Gohardasht Prison Death hall in the 1988 massacre in Iranhttps://youtu.be/dCbcWFgoTvI

Lors de son témoignage à Durres le 10 novembre, Mohammad Zand s’est souvenu avoir passé trois mois en isolement à Gohardacht, avoir émergé au lendemain du massacre, et avoir parlé à quelqu’un de la population carcérale générale qui a dit des prisonniers du quartier politique de Zand : « Pour autant que je sache, vous êtes le dernier. » Zand a clarifié pour la cour : « Il y avait 160-170 prisonniers dans ce quartier avant. »

D’autres histoires de ce genre ne manqueront pas de suivre lorsque le procès Noury se poursuivra en Suède, qu’elles proviennent de témoins résidant dans ce pays ou en mesure de s’y rendre, ou de participants à des rassemblements publics comme ceux qui ont suivi chaque séance depuis le début du procès en août. Le verdict dans l’affaire Noury n’est pas attendu avant le mois d’avril, mais étant donné la prépondérance des preuves déjà présentées et l’absence de toute défense significative, la condamnation semble presque certaine.

La condamnation de Noury devrait ouvrir la voie à une enquête internationale plus large sur le massacre de 1988, qui aboutira à la poursuite d’autres responsables, actuels ou anciens, qui ont joué un rôle bien plus important que Noury. Cela inclut Raïssi, qui a appliqué une fatwa visant à « anéantir les ennemis de l’islam », ce qui le rend coupable de génocide à l’encontre des membres de l’OMPI, qui représentent un défi pour la théocratie fondamentaliste du régime iranien.

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