Le suicide signalé de deux infirmières à Kermanshah n’est pas une tragédie isolée. Il constitue un symptôme brutal et douloureux d’une crise plus profonde et systémique, façonnée par des décennies de mauvaise gouvernance, d’exploitation et d’indifférence institutionnelle sous le régime clérical iranien.
En réaction à cet événement, l’Association des infirmières à Kermanshah a publié un communiqué décrivant les conditions écrasantes auxquelles les infirmières sont confrontées depuis des années : charges de travail incessantes, heures supplémentaires forcées et épuisantes, pénuries chroniques de personnel, salaires impayés et insécurité économique aiguë. L’association a averti que la poursuite de cette négligence aurait des « conséquences irréparables sur le bien-être individuel et social de cette profession dévouée ».
Ce qui apparaît au grand jour dans de tels moments ne représente pourtant que la surface d’une réalité bien plus sombre. Les catastrophes humaines au sein du système de santé iranien sont beaucoup plus répandues que ne l’admettent les récits officiels. Comme le reconnaissent même des sources semi-officielles, des tentatives de suicide se produisent à l’intérieur des hôpitaux iraniens, mais nombre d’entre elles n’atteignent jamais les médias. Le silence, la censure et la peur institutionnelle garantissent que la plupart de ces tragédies restent enfouies.
Un système maintenu par le sacrifice humain
Il ne fait guère de doute que, sans le tribut physique, psychologique et émotionnel immense supporté par les infirmières et le personnel médical, le système de santé public iranien se serait déjà effondré. C’est le prix non payé, arraché à des soignants épuisés, qui a permis aux hôpitaux de continuer à fonctionner.
Des années de protestations infirmières ont mis en lumière les mêmes revendications fondamentales : des charges de travail écrasantes pour une rémunération minimale, des heures supplémentaires obligatoires, l’augmentation du coût de la vie, des pressions disciplinaires et des humiliations routinières. Ces mobilisations n’ont pas été suivies de réformes, mais de promesses creuses et de tactiques dilatoires. Le résultat est un cercle vicieux où les conditions de travail se dégradent progressivement, poussant les soignants vers l’épuisement physique et mental.
Comme l’a résumé sans détour un rapport, des corps usés travaillent sous une pression extrême pour des emplois qui n’offrent ni sécurité ni dignité. La perpétuation de ce système défaillant a rendu la profession infirmière en Iran de plus en plus insoutenable.
Négligence organisée, conséquences prévisibles
La logique de gouvernance de l’État clérical — fondée sur la coercition, la corruption et l’extraction — se nourrit directement de l’épuisement émotionnel, physique et psychologique de la société iranienne. Davoud Khosravi, secrétaire général de l’Association des infirmières à Kermanshah, a évoqué une autre dimension de cette négligence organisée, notant que certaines infirmières à Chiraz ont été victimes d’accidents vasculaires cérébraux avant l’âge de la retraite, tandis qu’une autre infirmière à Khalkhal s’est récemment donné la mort.
« La pression du travail et des conditions de vie ne peut être ignorée dans l’apparition de ces tragédies », a-t-il déclaré.
Il ne s’agit pas d’échecs individuels. Ce sont des conséquences prévisibles d’un système qui traite les soignants comme des ressources jetables plutôt que comme des êtres humains.
Entre endurance et exil
Depuis près de 47 ans, des générations d’Iraniens sont confrontées à un choix sinistre : endurer une vie de pression constante, de privations et d’humiliations au sein d’un système dominé par le clergé — ou quitter le pays. Les infirmières n’y font pas exception.
Une infirmière, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a résumé un sentiment partagé par d’innombrables professionnels en Iran :
« La pression du travail et des conditions de vie est insupportable. Pour préserver ma santé mentale et physique, j’ai pris la décision définitive d’émigrer. »
Cet exode silencieux de professionnels qualifiés — médecins, infirmières, ingénieurs, universitaires — constitue l’une des conséquences à long terme les plus destructrices du régime. Il prive le pays de compétences tout en alourdissant encore la charge de ceux qui restent.
Un schéma national de destruction
De l’eau et de l’électricité à la pollution de l’air et à l’effondrement environnemental ; des étudiants et des universités aux travailleurs, retraités, médecins et infirmières — toute enquête sérieuse sur la situation de l’Iran aboutit à la même question irrésolue : que faire ?
La réponse émerge de plus en plus du pouls même de la société. À travers les professions et les classes sociales, les Iraniens parviennent à la même conclusion : aucune solution technique, aucune réforme temporaire ni aucun ajustement managérial ne peut résoudre une crise enracinée dans l’autoritarisme et l’exploitation systémique.
Comme le montrent douloureusement les décès des infirmières à Kermanshah, les politiques du régime ne se contentent pas de mal gérer les ressources — elles étouffent lentement des vies humaines. Pour de nombreux Iraniens, la seule voie restante pour sortir de ce cycle répétitif, épuisant et violent réside dans l’unité, la résistance collective et un changement politique fondamental.
La tragédie n’est pas seulement que ces vies aient été perdues. La tragédie est que le système qui les a détruites demeure au pouvoir.

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