mercredi 31 décembre 2025

Quatrième jour du soulèvement en Iran : Des manifestants prennent d’assaut le gouvernorat de Fasa tandis que des grèves nationales paralysent l’économie du régime

 Le 31 décembre 2025, quatrième jour consécutif de troubles à travers l’Iran, la confrontation entre la population et le régime clérical s’est fortement intensifiée. Ce qui avait commencé en début de semaine par une série de grèves de commerçants protestant contre l’effondrement de la monnaie et la mauvaise gestion économique s’est transformé en un soulèvement politique explosif. Alors que les principaux centres commerciaux de Téhéran, Ispahan et Kermanshah restaient fermés, en signe de défiance sans précédent, la ville de Fasa, dans le sud du pays, est devenue le théâtre de violents affrontements. Des manifestants ont pris d’assaut des bâtiments gouvernementaux malgré les tirs à balles réelles des forces de sécurité.

Escalade et résistance à Fasa

Les affrontements les plus violents de la journée ont eu lieu à Fasa, dans la province de Fars. Malgré un important dispositif de sécurité, une foule nombreuse s’est rassemblée devant le bâtiment du gouvernorat. Des images prises sur place montrent que la situation a rapidement dégénéré lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants non armés. Malgré la répression et le déploiement d’hélicoptères militaires survolant la ville pour semer la terreur, les manifestants ont refusé de se disperser.

Dans une grave atteinte à l’autorité du régime, les manifestants sont parvenus à enfoncer les portes du gouvernorat de Fasa et à pénétrer dans l’enceinte. Selon les informations recueillies, les forces de sécurité, bien qu’lourdement armées, ont été contraintes de battre en retraite à plusieurs endroits face à la colère intense de la population. Alors que l’agence de presse officielle Mehr a rapidement démenti les faits concernant les victimes, affirmant que la situation était « maîtrisée » et que les informations faisant état de décès étaient « sans fondement », des sources sur place ont fait état de blessés par balles. Ce démenti du régime s’inscrit dans une stratégie de dissimulation classique employée lors des soulèvements de 2019 et 2022 pour masquer le recours à la force meurtrière.

Les bazars : un référendum économique

Pendant que Fasa brûlait, le cœur économique du pays restait paralysé. À Téhéran, le Grand Bazar, pilier historique de la vie politique iranienne, s’est transformé en zone militarisée. Les forces de sécurité ont investi les quartiers de Hammam-Chal et de Cheragh Bargh, empêchant les piétons de se rassembler. Malgré les menaces d’arrestation et le bouclage des passages, les commerçants ont maintenu leurs boutiques fermées.

Ces grèves ne constituent pas une simple interruption de l’activité commerciale, mais un sacrifice délibéré. Un commerçant du marché persan de Téhéran a indiqué que les boutiquiers, confrontés à des loyers de 150 à 250 millions de tomans, acceptent des pertes quotidiennes de 10 à 15 millions de tomans pour maintenir la grève. « C’est une véritable protestation », précisait le rapport. « Il ne s’agit pas d’une ou deux boutiques isolées ; tout le marché est mobilisé. »

La grève a été totale dans plusieurs grandes villes. À Kermanshah, les forces de sécurité ont déployé un cordon de sécurité sur les huit kilomètres séparant la place Ferdowsi du garage, mais le marché de l’or et les principales galeries marchandes sont restés fermés. À Ispahan, le marché de la téléphonie mobile et les commerces autour de Meydan-e Imam ont rejoint le mouvement. Des fermetures similaires ont été signalées à Tabriz, Shiraz, Genaveh et Hamadan. Au marché Dargahan de Qeshm, les commerçants ont résumé le sentiment général : « Ce n’est pas une vie. Nous avons travaillé pendant des années, mais aujourd’hui, nous ne pouvons plus continuer. Il n’y a plus d’avenir pour la jeunesse. »

Slogans politiques et unité nationale

L’évolution des slogans indique que les griefs économiques ont servi de catalyseur à une colère politique latente. À Kermanshah, des manifestants scandaient : « Ni Gaza, ni Liban, ma vie pour l’Iran ! », contestant ouvertement les coûteuses interventions étrangères du régime. Un autre slogan, « Mort à l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou du Guide suprême [Khamenei] », soulignait le rejet par la population de toute forme de dictature.

Le soulèvement a également favorisé une solidarité intersectorielle. À Shirvan, des enseignants et des retraités se sont rassemblés devant le ministère de l’Éducation, rejoignant le « soulèvement national ». À Izeh, la mère du prisonnier politique exécuté Mojahed Kourkour a participé aux manifestations, devenant un symbole fort reliant les troubles actuels aux répressions sanglantes des années précédentes. Même à Ispahan, une femme a été filmée criant « Mort au tyran ! » en plein centre-ville, incitant d’autres personnes à se rassembler.

Panique au régime : des exercices militaires aux nominations de la dernière chance

La réponse du régime a été un mélange de force brute et de manœuvres administratives désespérées. Signe évident de son appréhension quant à l’implication des étudiants, les principales universités de Téhéran, dont Beheshti et Allameh Tabataba’i, ont annoncé brusquement le passage à l’enseignement à distance jusqu’à la fin du semestre. Si les autorités ont invoqué le « froid » et les « pénuries d’énergie », les organisations étudiantes y voient un prétexte pour vider les campus et empêcher les rassemblements étudiants.

Parallèlement, Ali Khamenei a nommé le général de brigade Ahmad Vahidi commandant adjoint du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Vahidi, ancien commandant de la Force Qods et recherché par Interpol pour son rôle dans l’attentat contre l’AMIA en Argentine, est connu pour sa répression brutale de la dissidence. Cette nomination témoigne de la volonté du régime de s’appuyer sur ses éléments les plus radicaux pour écraser le soulèvement.

Par ailleurs, le pouvoir judiciaire et les Bassidj ont proféré des menaces. Le procureur général a mis en garde contre des « mesures décisives » à l’encontre de ceux qui « perturbent la sécurité », tandis que les Bassidj ont annoncé des « exercices de quartier » prévus du 3 janvier à avril, une tentative manifeste de maintenir une présence paramilitaire dans les rues.

Au coucher du soleil du quatrième jour du soulèvement, la détermination primait sur la peur dans les rues iraniennes. Des portes défoncées du gouvernorat de Fasa aux étals silencieux et fermés du bazar de Téhéran, le message était unanime. Les affirmations du porte-parole du gouvernement concernant le « dialogue » se heurtent à des tirs de gaz lacrymogène au bazar et de balles à Fasa. Comme le rapporte un témoignage en provenance d’Hamadan : « Les poubelles ont été déplacées pour éviter qu’elles ne soient incendiées, mais si la police fait preuve de brutalité, nous leur infligerons un châtiment terrible.» Le mur de la peur semble s’effondrer et la population signale que l’ère du silence est révolue.

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