En Iran, l’inflation ne se résume plus à un simple indicateur économique figurant dans les rapports officiels. Elle est devenue une réalité quotidienne pour des millions de travailleurs, de retraités et de ménages à faibles revenus. La hausse des prix des denrées alimentaires, des loyers, des médicaments et des services a progressivement érodé le pouvoir d’achat des salariés. Chômage, guerre et statistiques trompeuses de Téhéran
Quand la nourriture disparaît de la table familiale
Le signe le plus manifeste de la crise s’observe sur le marché alimentaire. Lorsque la viande, le poulet, les produits laitiers et les fruits disparaissent des paniers d’achat des ménages, le problème ne se limite plus à la cherté des prix ; il s’agit d’une dégradation de la qualité de vie et d’une menace pour la sécurité alimentaire.
Les témoignages de femmes vendeuses de rue et de travailleuses du secteur informel offrent une vision plus claire de cette situation. Certaines familles n’ont pas consommé de viande depuis des mois. Pour d’autres, l’achat d’une petite quantité de viande n’est possible qu’à l’aide de bons alimentaires ou après la perception d’un revenu.
Dans un témoignage recueilli sur le terrain, une femme d’une trentaine d’années explique ne pouvoir consacrer que 2 à 5 millions de rials (environ 0,8 à 2,1 dollars) par mois à l’achat de viande. Parallèlement, elle doit assumer les frais médicaux de son mari malade, les dépenses liées à son enfant ainsi que le loyer.
Cette situation illustre comment l’inflation, d’abord question monétaire, se transforme en crise sociale.
Des salaires qui ne suivent pas le coût de la vie
L’inflation devient plus dangereuse lorsque les salaires ne suivent pas la hausse des prix. Dans de telles conditions, une augmentation nominale des salaires ne se traduit pas nécessairement par une amélioration du niveau de vie. Si les prix des biens augmentent plus rapidement, même des salaires plus élevés offrent un pouvoir d’achat moindre.
Alors qu’un taux d’inflation de 48,5 % était signalé, le salaire minimum des travailleurs et des retraités a été fixé à 166 millions de rials. Durant la même période, le Comité des salaires a estimé le coût du panier de consommation de base à environ 425 millions de rials. Actuellement, le dollar américain s’échange à environ 2,35 millions de rials sur le marché iranien.
Les militants syndicaux qualifient cette situation de « répression salariale ». De telles conditions affaiblissent le pouvoir de négociation des travailleurs et pèsent sur la part des salaires dans le revenu réel de l’économie.
Logement : un toit pour dormir, non pour vivre
La crise inflationniste en Iran est également étroitement liée au marché du logement. Les travailleurs du secteur informel ne bénéficient plus de sécurité en matière de logement, même dans les quartiers défavorisés.
Le témoignage d’Elaheh, une vendeuse de rue qui travaille jusqu’à 23 heures, illustre cette pression. Avec son mari, elle versait une caution de 4 milliards de rials (environ 1 700 dollars) et payait un loyer de 150 millions de rials (environ 64 dollars) pour un petit appartement. Le loyer a ensuite été porté à 250 millions de rials.
Pour un ménage dont les revenus proviennent d’un travail journalier instable, une telle augmentation peut totalement compromettre l’équilibre financier de la famille. Travailler davantage ne résout pas nécessairement le problème, car les revenus des travailleurs informels manquent de stabilité.
Dans un autre cas, le loyer est passé de 100 à 200 millions de rials. Le propriétaire a également enjoint au locataire de partir s’il n’avait pas les moyens de payer. Ici, même un quartier pauvre ne constitue plus un refuge pour les plus démunis.
Inflation : un impôt caché pour les plus démunis
L’inflation ne se contente pas de faire grimper les prix. Elle réduit la valeur des revenus de ceux qui n’ont aucun moyen de protéger leurs actifs contre la dépréciation de la monnaie.
Les salariés, les retraités et les travailleurs journaliers consacrent généralement une grande partie de leurs revenus aux besoins essentiels. Ils disposent donc de peu de possibilités d’épargne ou d’investissement. Chaque nouvelle vague de hausse des prix affecte directement leur consommation quotidienne.
Dans ces conditions, l’inflation modifie également la répartition des revenus. Les personnes à revenu fixe sont les principales victimes de la baisse du pouvoir d’achat. À l’inverse, les détenteurs d’actifs peuvent compenser une partie des pertes liées à la dépréciation monétaire grâce à la valorisation de leurs biens.
Une aide qui s’amenuise avec la hausse des prix
Les bons alimentaires et les subventions sont censés alléger le coût de la vie. Toutefois, lorsque les prix augmentent rapidement, la valeur réelle de ces aides diminue également.
Un ménage capable d’acheter une certaine quantité de biens aujourd’hui grâce à son aide financière pourrait ne pouvoir en acheter qu’une bien moindre quantité quelques mois plus tard. Par conséquent, une aide nominale, en l’absence de stabilité économique, ne permet pas de rétablir le pouvoir d’achat perdu.
Dans la rue : quand les statistiques deviennent réalité
Si les statistiques sur l’inflation offrent une image abstraite de la crise, la rue en donne la traduction humaine. Une femme travaillant comme vendeuse de rue jusqu’à minuit, un enfant qui aide sa mère sur le trottoir et une famille n’ayant pas mangé de viande depuis six mois révèlent la véritable signification de l’effondrement du pouvoir d’achat.
Dans ces conditions, la pauvreté ne constitue plus une situation passagère. Elle peut se transmettre des parents aux enfants et restreindre l’accès à l’éducation, aux soins de santé et à l’ascension sociale.

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