lundi 9 février 2026

Noms de 156 autres martyrs du soulèvement national, dont 14 femmes et 22 enfants et adolescents

 Alors que l’Iran est confronté à une agitation intérieure croissante et à un isolement international grandissant, le guide suprême du régime, Ali Khamenei, a supervisé une répression de plus en plus intense qui s’étend désormais au-delà des manifestants de rue pour toucher les propres rangs politiques du régime. Un schéma se dégage des reportages liés à l’État et des arrestations confirmées, suggérant une direction agissant sous l’effet d’une peur et d’un désespoir profonds.

Crise de légitimité
Les avertissements de commentateurs proches du pouvoir indiquent que les prochaines élections municipales risquent d’enregistrer une participation historiquement faible. Le commentateur politique Mohammad Mohajeri a déclaré que les estimations laissent présager une participation « même inférieure à 10 % », arguant que les conseils ne seraient « représentatifs que d’un faible pourcentage » – voire « deux ou trois pour cent » – de la société.

Les médias d’État ont également fait état d’une inquiétude croissante, avertissant à plusieurs reprises que les troubles sont « un feu sous la cendre » et qu’il est impossible de les ignorer, tout en soulignant que les griefs non résolus peuvent ressurgir sous forme de crises sociales, économiques, voire sécuritaires.

Alerte des élites : Le soulèvement perçu comme un renversement, non comme une réforme

Un ancien ambassadeur iranien, s’exprimant sur la chaîne de télévision d’État « Khabar », a décrit les récentes manifestations comme une révolte visant à « renverser le système ». Cette formulation souligne l’analyse interne du régime : il ne s’agit plus d’un simple grief économique ou d’une « dissidence réformiste » gérable, mais d’une contestation directe du pouvoir du Guide suprême.

Parallèlement, des informations faisant état de graves tensions internes au Parlement dressent le portrait d’une assemblée dirigeante marquée par des luttes intestines, des manœuvres de coercition et un discrédit public. Un député, cité dans un reportage, s’est plaint : « Pourquoi racontons-nous ces mensonges au peuple ? » Tout en invoquant l’appel de Khamenei à « l’unité » et en mettant en garde contre ceux « qui veulent la désintégration du pays ».

La répression se tourne vers l’intérieur

L’indicateur le plus clair de l’insécurité est peut-être l’intensification de la répression contre des personnalités longtemps considérées comme faisant partie de l’écosystème politique du régime. Les médias d’État ont rapporté une « nouvelle vague » d’arrestations visant des militants dits réformistes, dont Azar Mansouri, Ebrahim Asgharzadeh et Mohsen Aminzadeh. L’agence de presse Fars, affiliée aux Gardiens de la révolution, a confirmé ces détentions, précisant qu’elles avaient été effectuées par les « forces de sécurité et les instances judiciaires ». D’autres articles citant Fars ont décrit une « opération conjointe » des services de renseignement des Gardiens de la révolution et du ministère du Renseignement.

L’agence Fars a également justifié publiquement les arrestations par de vastes accusations politico-sécuritaires, évoquant des actes tels que « atteinte à la cohésion nationale », « coordination avec la propagande ennemie » et création de « mécanismes de renversement clandestins » – un langage qui révèle une profonde crainte d’une rupture politique organisée au sein même du régime.

En ciblant les conformistes et les membres influents du régime, Khamenei manifeste une tolérance de plus en plus faible, même envers la dissidence contrôlée. La répression n’est plus sélective ; il s’agit d’une consolidation défensive.

Le ton des médias témoigne d’une peur institutionnelle

Une compilation de la couverture médiatique du régime révèle des références répétées à l’instabilité, aux divisions internes et aux troubles sociaux. L’accent mis sur les avertissements, la qualification de « sédition » et le discours alarmiste sur l’exacerbation des tensions témoignent d’un pouvoir en place qui se prépare à une escalade.

Lorsque les médias d’État mettent en garde à plusieurs reprises contre le risque de nouvelles crises coûteuses liées aux manifestations et aux griefs, cela suggère une reconnaissance officielle de la vulnérabilité du régime et la crainte que la prochaine flambée de violence soit plus difficile à contenir.

Le régime est confronté simultanément à de graves difficultés économiques et à des pressions extérieures. À la télévision d’État, Hossein Samsami, député en exercice, a déclaré que les engagements de paiement en devises étrangères (hors pétrole) s’élevaient à « environ 85 milliards de dollars », ajoutant que le taux de change était passé de « 70 » à « 130-140 » (tomans, comme indiqué), tandis que les prix de nombreux biens avaient bondi de « 30 à 50 % ». Sur le plan international, de hauts responsables ont durci le ton face à la crise nucléaire, et des déclarations rapportées lors des débats parlementaires ont affirmé que le « zéro enrichissement » ne serait pas accepté – une position qui contribue à maintenir l’isolement de l’Iran et son exposition aux sanctions.

L’escalade de la répression témoigne non pas de force, mais de peur – plus précisément de la peur d’une population qui, au-delà des protestations ponctuelles, rejette ouvertement le système en place.

En 1981, suite à la répression sanglante d’une manifestation pacifique le 20 juillet, le Guide suprême de l’époque, Rouhollah Khomeiny, lança une campagne de terreur à l’échelle nationale, s’attaquant à tous les groupes et à tous les individus qui s’opposaient à son pouvoir. Il utilisa le prétexte d’une guerre contre l’Irak et d’un ennemi étranger pour justifier des crimes inimaginables. Il semble que Khamenei, confronté à ce que même des voix proches du régime qualifient de menace de « renversement », applique la même stratégie. Mais cette fois-ci, le régime est plus fracturé, la dissidence est plus organisée et plus répandue, et la société iranienne est plus indignée que jamais dans son histoire contemporaine.

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