Parallèlement, une certaine « ouverture » contrôlée a été tolérée dans des cadres étroitement surveillés – notamment lors d’un échange viral pendant une conférence de presse officielle du gouvernement – suggérant que les dirigeants dosent la colère qui peut être exprimée publiquement sans remettre en cause l’appareil d’État.
Cette stratégie à deux vitesses s’étend désormais à des concessions sociales symboliques. La décision du gouvernement d’officialiser l’accès des femmes au permis moto a été annoncée alors même que les autorités menacent d’un durcissement des mesures policières et comparent les troubles à ceux de Daech – reproduisant un schéma familier où un assouplissement limité des restrictions est associé à un cadre sécuritaire inflexible visant à dissuader toute action collective.
Une confrontation orchestrée en salle de presse
Des images largement diffusées sur les plateformes nationales montrent un journaliste affilié à l’État adresser une critique acerbe à la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, lors d’une conférence de presse officielle. Plusieurs médias ont décrit ces propos comme étant rapidement devenus viraux au sein de l’écosystème médiatique iranien.
Mais cet échange a également illustré les limites de ce que l’État est prêt à tolérer : il s’est déroulé dans un format scénarisé et destiné à l’État ; il a circulé a posteriori plutôt que par le biais d’une reddition de comptes en direct et soutenue ; et il n’a pas suscité un débat de fond, mais une réponse procédurale laconique, dans le but d’étouffer l’affaire et de passer à autre chose.
C’est précisément cette maîtrise qui est essentielle, selon les analystes : dans un climat social explosif, autoriser une vague de critiques maîtrisée peut servir de soupape de sécurité, permettant de montrer une volonté de réagir sans pour autant céder à un examen sans limites que le système perçoit comme une menace existentielle.
Les institutions de sécurité durcissent leur discours
Dans l’une des déclarations les plus directes de ces derniers temps, le commandant des forces de sécurité spéciales (SSF), Ahmadreza Radan, a déclaré que la police traiterait désormais la situation comme une simple émeute et réagirait « de manière décisive, rapide et sévère », tout en avertissant que les manifestants pacifiques risquaient de servir d’« appât » aux côtés des « émeutiers ».
Des messages parallèles émanant de responsables proches du pouvoir judiciaire ont renforcé ce même discours. Le porte-parole du pouvoir judiciaire, Ali-Asghar Jahangir, a décrit les troubles récents comme étant marqués par un comportement « débridé » et « semblable à celui de Daech », évoquant l’utilisation d’engins explosifs artisanaux ou de grenades et des attaques au couteau – un langage qui aggrave la situation et contribue à justifier des mesures exceptionnelles.
La répression est également quantifiée et localisée dans les rapports officiels. L’agence IRNA a rapporté des arrestations liées aux émeutes dans la province de Gilan, mentionnant notamment 263 détenus à Bandar-e Anzali dans le cadre d’opérations menées après les troubles – un exemple de la manière dont les médias d’État mettent en avant les actions répressives comme principal indicateur de « stabilisation ».
Alertes internes
La réaction la plus marquante est venue de la classe politique elle-même. Dans un entretien avec l’agence ILNA, l’ancien député Jalal Rashidi Kouchi a affirmé que la répression de la dissidence pacifique pouvait entraîner une escalade de la violence, résumant la situation en une phrase sans détour : « L’émeutier d’aujourd’hui est le manifestant d’hier », et si les griefs restent sans réponse, « demain, les gens peuvent devenir violents.
Rashidi Kochi a également souligné comment le réflexe du système de sécuriser l’information peut se révéler contre-productif. Il a déclaré que les tentatives de bloquer la diffusion d’images et de vidéos étaient inefficaces, arguant qu’un accès plus large – plutôt qu’une restriction généralisée – empêcherait la domination de récits unilatéraux et permettrait la circulation de versions contradictoires.
Un thème similaire apparaît dans les commentaires de Hossein Marashi, un proche du régime, qui s’est interrogé sur la façon dont les services de sécurité ont « laissé » émerger des recrutements hostiles et des flux d’armes tout en ignorant le fossé grandissant entre le peuple et l’État. Il a également cité un bilan « officiel » de 3 117 morts, affirmant que même les chiffres de l’État révèlent une blessure sociale qui se transformera en colère durable si le gouvernement ne change pas de cap.
Une stratégie parallèle de concessions mesurées
Alors que la ligne sécuritaire se durcit, le gouvernement s’est simultanément attelé à la formalisation d’une question sociale longtemps controversée. Les médias d’État ont rapporté qu’une mesure approuvée par le gouvernement charge les forces de l’ordre de délivrer des permis de conduire moto aux femmes, incluant une formation pratique et des examens sous la supervision de la police de la route. Cette décision a été officiellement communiquée par le vice-président.
Le moment choisi est révélateur sur le plan politique. Annoncer une mesure d’assouplissement populaire alors que le pays est encore sous le choc et la colère revient à gérer l’image de la situation : cela signale une « normalisation » et offre un sujet apolitique à l’attention du public, sans pour autant céder sur la responsabilité en matière de violence, les normes policières ou le droit de manifester.
En réalité, l’État tente de faire deux choses à la fois : dissuader toute mobilisation collective par un discours sécuritaire assimilant les troubles à du terrorisme, tout en assouplissant sélectivement certains contrôles dans la vie quotidienne afin de réduire les tensions et de se présenter comme une force adaptable. Mais les mises en garde les plus alarmistes émanant de sources internes – concernant la transformation des manifestations en groupes antiétatiques endurcis – soulignent le risque de cette approche : la répression peut certes donner un peu de temps, mais elle professionnalisera assurément la dissidence.
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