samedi 14 février 2026

Éditorial : L’Iran a atteint un point de non-retour

 Ce qui se déroule en Iran n’est pas une simple vague de protestations passagères. Il s’agit d’une phase de confrontation aboutie avec l’ensemble du système du Velayat-e Faqih. Un point de non-retour a été atteint. La lutte a dépassé le stade des crises temporaires et des querelles politiques. La cible est désormais la structure elle-même.

Jusqu’à récemment, les puissances mondiales partaient du principe que le régime clérical était stable et qu’un effondrement était peu probable. Cette hypothèse est désormais remise en question. Le débat sur un effondrement est entré dans le langage politique courant. Ce changement de perspective se reflète dans des mesures telles que la décision de l’Union européenne de classer le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste après la répression brutale des manifestations. Une autre réalité s’impose : l’état du régime s’est dégradé et sa survie dépend de plus en plus du recours à la force brute.

Deux questions centrales se posent donc. Premièrement, par quel mécanisme un changement de régime peut-il être réalisé ? Deuxièmement, quelles sont les conditions préalables à une transition pacifique et démocratique du pouvoir, et une telle transition est-elle même envisageable ?

Vers une seule voie réaliste
Concernant la première question, une option a été écartée par la société elle-même. Le changement venant de l’intérieur du régime a été rejeté. Lors des manifestations de 2017, l’illusion de la réforme a été brisée par le slogan : « Réformistes, extrémistes, c’est fini ! » Une autre option a également été écartée par l’expérience. L’intervention militaire étrangère n’a pas démontré sa capacité à instaurer un changement démocratique. Les frappes aériennes peuvent endommager les infrastructures, mais un régime ne se renverse pas par des missiles, et la légitimité ne se construit pas par des bombardements.
Il ne reste qu’une seule voie pragmatique : le renversement par le peuple lui-même, uni à une résistance organisée. La difficulté n’est pas niée. Le coût n’est pas minimisé. Pourtant, sa faisabilité a été démontrée. Le soulèvement le plus récent a montré comment une protestation de masse, lorsqu’elle est coordonnée par une force organisée et déterminée, peut défier l’appareil répressif et en alourdir le coût.

Ce soulèvement est le fruit d’une colère accumulée, d’une prise de conscience politique et d’une expérience historique de 47 ans. Une conclusion s’impose : le problème n’est pas une faction, mais le système tout entier. Les causes matérielles sont visibles et persistantes : effondrement économique ; inflation qui, selon les chiffres du régime lui-même, a frôlé les 45 % ; pauvreté généralisée ; et crises chroniques de l’eau et de l’énergie. Le pouvoir en place n’a apporté aucune solution, et la situation n’a cessé de se détériorer.

Un mouvement national
L’une des caractéristiques marquantes de cette phase est la participation simultanée de différents groupes sociaux. L’extension des protestations à 400 villes – de l’aveu même des représentants du régime – a révélé une rupture qualitative dans la relation entre la société et le pouvoir. La distance s’est muée en rupture.

Le rôle le plus décisif a toutefois été celui des forces organisées, notamment la jeunesse et les Unités de résistance de l’OMPI. Des manifestations dispersées se sont ainsi cristallisées en un mouvement national. L’initiative a été reprise à l’appareil répressif dans plusieurs régions. La répression est devenue plus coûteuse. La réponse à la question du « comment » est désormais évidente : le renversement de ce régime ne peut se réaliser que lorsque le soulèvement populaire s’allie à un réseau organisé capable d’une action soutenue.
Le prix de cette force organisée a été payé dans le sang. Une lutte de plusieurs décennies a été menée. Plus de 100 000 vies ont été perdues. Trente mille prisonniers politiques ont été massacrés en 1988. De ce bilan sont nés l’ancrage social, la capacité d’organisation et la légitimité.

Prévenir le chaos et garantir la transition
La seconde question – comment prévenir le chaos et garantir une transition pacifique – trouve également sa réponse dans cette même réalité. Seul un mouvement enraciné dans la résistance populaire, disposant d’un vaste réseau sur le terrain, d’une feuille de route précise, d’une capacité d’organisation éprouvée, d’une expérience suffisante et d’une reconnaissance internationale, peut garantir une transition du pouvoir ordonnée et démocratique. En l’absence d’une telle alternative, un vide se crée ; avec elle, une transition est structurée.

Un cadre pour la phase de transition a été établi : un gouvernement provisoire est formé ; des élections libres pour une Assemblée constituante sont organisées dans un délai maximal de six mois ; la souveraineté est intégralement transférée aux représentants élus du peuple. Les principes fondamentaux sont établis comme non négociables : la séparation de la religion et de l’État ; l’égalité pleine et entière des femmes et des hommes ; la liberté des partis politiques ; l’indépendance du pouvoir judiciaire ; et l’abolition de la peine de mort.

Introduction au Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI)
Les tentatives de faire dérailler le soulèvement en promouvant les vestiges de la dictature du Shah ont été rejetées par la société. Une révolution démocratique a été entreprise, et dans cet avenir, il n’y a plus de place pour ceux qui promettent une nouvelle autocratie ou qui cherchent à préserver les institutions criminelles héritées du régime de Khamenei. Le slogan « Non au Shah, non aux mollahs » a servi de ligne directrice.
L’avenir pour lequel nous nous battons a été clairement défini : une république démocratique, laïque, pluraliste et non nucléaire, en paix avec le monde. Le camp que doit choisir la communauté internationale dans l’histoire a également été clarifié. Le coût de la répression doit être augmenté par des sanctions ciblées, notamment la suppression des revenus d’exportation de pétrole. Les agents de sécurité du régime doivent être expulsés. Le droit du peuple et de la jeunesse à se défendre contre les forces répressives doit être reconnu.

Source : CNRI

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