mercredi 18 février 2026

Le spectacle de Munich : Les puissances étrangères ne forgeront pas la démocratie iranienne

 Le 14 février 2026, tandis que les responsables politiques se réunissaient à Munich pour la Conférence sur la sécurité, un autre rassemblement avait lieu sur la place Theresienwiese. Reza Pahlavi, fils de l’ancien shah d’Iran, y a pris la parole. Des slogans comme « Pahlavi pour l’Iran », « Javid shah » (« Vive le shah ») ou encore « Reza II » ont retenti dans la foule. Le discours dominant ne portait ni sur le sort des prisonniers ni sur la mémoire des victimes des répressions récentes : il mettait plutôt en avant l’idée de faire émerger un dirigeant présenté comme incontestable, avec, en parallèle, un appel à une intervention militaire étrangère — surtout américaine — afin de renverser rapidement le régime en place à Téhéran.

"Der Schah-Sohn ist kein Hoffnungsträger

https://taz.de/Iranische-Opposition/!6155059/ "

Certains médias occidentaux ont relayé des chiffres de participation exagérés, en contradiction flagrante avec les précédents de rassemblements similaires et avec des comparaisons visuelles avec des événements d’envergure comme les affluences dans les stades de football ou les manifestations de 2025. Pourtant, le principal risque ne réside pas dans la taille contestée de la foule elle-même. Il réside dans la logique politique que ce spectacle normalise : l’idée que la visibilité de masse équivaut à la légitimité, et que cette légitimité peut ensuite être convertie en mandat démocratique par une intervention ou une pression extérieure.

La manifestation de Munich s’est appuyée sur des ingrédients familiers : des symboles pré-révolutionnaires, des slogans convenus et une amplification numérique qui transforme un rassemblement en « tendance » mondiale. Mais la viralité n’est pas synonyme de consentement. Une légitimité durable est institutionnelle, non performative ; elle se construit par des règles inclusives qui encadrent le pouvoir exécutif, protègent les minorités et résistent à la succession. Un mouvement qui réduit l’avenir de l’Iran à un simple nom de famille invite les Iraniens à troquer une forme de pouvoir irresponsable contre une autre.

L’erreur d’inviter une intervention étrangère

Au cœur de l’appel de Munich se trouvait une demande explicite : une intervention extérieure pour hâter la chute du régime. Pahlavi a averti que tout retard supplémentaire coûterait des vies, exhortant à une action décisive – militaire si nécessaire – pour neutraliser la répression et permettre une transition rapide. Cette solution, bien que présentée comme une nécessité humanitaire, ignore les dures leçons de l’histoire récente.

Au cours des deux dernières décennies, les interventions étrangères dans la région – souvent présentées comme des promesses de démocratisation rapide et de « protection des civils » – ont systématiquement produit l’effet inverse : effondrement des États, effusions de sang sectaires, montée en puissance de groupes extrémistes et conflits civils prolongés. Ces campagnes ont englouti des ressources considérables et coûté d’innombrables vies, pour finalement aboutir à la fragmentation, à l’instauration d’un régime de milices et au retour, voire au renforcement, des forces mêmes qu’elles prétendaient vaincre.

Chaque cas révèle la même logique fatale : l’imposition étrangère sème rarement les graines d’une gouvernance stable et autonome ; elle engendre le ressentiment, des vides de pouvoir et des cycles de violence. Chacune de ces interventions a produit des millions de personnes déplacées et de réfugiés, bouleversant durablement l’ordre socio-économique mondial.

Pluralisme : seul fondement d’une liberté durable

L’Iran n’est pas un bloc monolithique attendant un sauveur. Ses quelque 90 millions d’habitants comprennent des Persans, des Azéris, des Kurdes, des Baloutches, des Arabes, des Turkmènes et d’autres encore – des communautés aux langues, histoires et griefs distincts. Tout ordre post-théocratique qui relègue cette diversité au second plan conduira à la fragmentation ou à une nouvelle tyrannie. Une liberté durable exige le pluralisme : des protections applicables aux minorités, une gouvernance laïque qui dissocie la foi du pouvoir coercitif et des mécanismes crédibles de partage du pouvoir afin qu’aucun groupe ne devienne un vainqueur permanent et qu’aucune minorité ne soit une otage permanente.

C’est précisément là que le courant monarchiste – bruyant, bien financé et bénéficiant d’une influence disproportionnée à l’étranger – échoue souvent au test démocratique. Au lieu d’élargir le cercle de l’opposition, il le restreint : il discrédite les républicains, les démocrates laïques, les minorités ethniques non persanes et les militants de base en les qualifiant d’illégitimes ou de « séparatistes », comme si la libération de l’Iran se résumait à un simple nom de famille. Cette attitude ne prépare pas une transition démocratique ; elle perpétue le monopole même dont les Iraniens cherchent à se libérer.

Les rumeurs et les informations faisant état d’intimidations contre les critiques au sein de la diaspora ne font qu’exacerber la méfiance et fragiliser la solidarité au moment même où elle est le plus nécessaire. La démocratie ne se résume pas à l’éviction des religieux ; elle consiste à construire des règles et des institutions qui permettent aux adversaires de s’exprimer, de s’organiser et de rivaliser.

Sans crainte, afin que le prochain décret iranien soit soumis à la responsabilité de la nation tout entière et non manipulé par une faction étrangère financée par l’étranger.

Ce dont l’Iran a besoin

La lutte de l’Iran ne commence pas en exil et n’a pas besoin d’être inventée pour l’Occident. Un réseau de combattants aguerris existe déjà à l’intérieur du pays, comme en témoignent les manifestations de janvier 2026. À cette occasion, des quartiers insurgés et une résistance locale organisée ont brièvement pris le contrôle de villes et de districts, incendié les symboles de la répression et paralysé une partie de l’appareil répressif de l’État. Cette réalité est importante car elle déconstruit deux fictions commodes qui continuent d’influencer les commentaires étrangers : l’idée que le régime serait « l’Iran officiel » et que les Iraniens devraient choisir entre un pouvoir clérical et des substituts complaisants, conçus pour la télévision.

La clarté morale minimale requise n’est pas de « gérer » l’avenir de l’Iran, mais de cesser de blanchir la dictature en la présentant comme le représentant légitime de la nation, de cesser de relayer de fausses alternatives et de reconnaître le droit d’un peuple à résister à la répression – et à renverser ses oppresseurs – selon ses propres conditions.

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