Alors que l'industrie pétrolière iranienne est aux prises avec des sanctions, une pénurie de devises et un sous-investissement chronique, de nouvelles allégations ont émergé, soulignant une fois de plus le fossé grandissant entre les travailleurs pétroliers ordinaires et ceux liés aux centres du pouvoir. La controverse, qui a brièvement circulé sur une chaîne Telegram proche de l'État, a remis au goût du jour l'expression « bons gènes pétroliers », couramment utilisée en Iran pour désigner l'accès privilégié accordé grâce aux liens familiaux avec l'élite dirigeante.
Au cœur du dernier rapport se trouve un haut responsable de la Naftiran Intertrade Company (NICO), la branche commerciale extérieure du secteur pétrolier iranien. Selon ce rapport, la fille de ce responsable travaille au service maritime d'un négociant pétrolier renommé basé à Business Bay, à Dubaï, l'un des principaux centres commerciaux et énergétiques de l'émirat. Son salaire mensuel déclaré – environ 20 000 dollars – contraste fortement avec les conditions de travail de nombreux employés du secteur pétrolier en Iran, où les retards de paiement et la réduction des avantages sociaux sont devenus monnaie courante.
Les conséquences de tels emplois dépassent le simple cadre du revenu personnel. Business Bay est devenu un carrefour majeur du commerce régional du pétrole, notamment pour les transactions liées au pétrole brut iranien sous sanctions. La présence de proches parents de hauts dirigeants pétroliers au sein de cet écosystème soulève inévitablement des inquiétudes quant aux conflits d'intérêts, à l'accès privilégié à des informations commerciales sensibles et aux flux de devises étrangères, à un moment où Téhéran invoque une grave pénurie de dollars.
La polémique s'envenime avec l'acquisition, par une même personne, d'un appartement de luxe dans le centre de Dubaï – l'un des quartiers les plus chers de la ville – grâce, semble-t-il, à des fonds familiaux. Dans ce secteur, l'immobilier exige généralement des capitaux importants, ce qui alimente les interrogations sur la provenance des fonds utilisés pour cette acquisition. Dans un pays où les autorités insistent régulièrement sur les difficultés économiques et les faibles réserves de change, de telles transactions renforcent le sentiment d'inégalité et de favoritisme systémique.
La NICO a longtemps joué un rôle central dans le commerce pétrolier iranien sous le régime des sanctions. En tant que branche commerciale extérieure de la Compagnie nationale iranienne du pétrole, elle a facilité les ventes de pétrole brut et les transferts financiers dans un contexte international restrictif. Pourtant, la transparence de ses opérations financières demeure limitée. Les informations financières détaillées et accessibles au public sont rares, et des controverses passées ont régulièrement mis en lumière l'opacité de ses activités à l'étranger.
Le contexte politique plus large ne peut être ignoré. L'autorité suprême sur les secteurs stratégiques iraniens, notamment l'énergie, repose sur une structure de pouvoir supervisée par Ali Khamenei . Depuis des années, les critiques affirment que la corruption systémique est ancrée dans cette architecture de gouvernance, où privilèges économiques et loyauté politique sont étroitement liés. La résurgence du discours sur les « bons gènes pétroliers » renforce cette perception, suggérant que la proximité familiale avec le pouvoir peut se traduire par un accès à des opportunités en dollars inaccessibles aux citoyens ordinaires.
Le contexte actuel est particulièrement délicat. L'infrastructure pétrolière iranienne est confrontée à une baisse des investissements, au vieillissement des équipements et à des défis techniques croissants. Les travailleurs contractuels protestent régulièrement contre la dégradation de leurs conditions de vie et la stagnation de leurs salaires. Parallèlement, le discours officiel du régime justifie les mesures d'austérité par les contraintes budgétaires et la pénurie de devises étrangères. Dans ce contexte, les informations faisant état de salaires élevés et d'acquisitions immobilières de luxe à l'étranger créent un contraste saisissant et politiquement explosif.
À ce jour, ni NICO ni les personnes mentionnées n'ont publié de réponse officielle. Les organismes de contrôle sont également restés silencieux quant au cadre juridique régissant l'emploi de proches parents de dirigeants pétroliers dans des sociétés de négoce étrangères. Ce manque de transparence a alimenté le débat sur les conflits d'intérêts et le risque d'abus d'informations privilégiées.
Le débat public se concentre de plus en plus sur des questions restées sans réponse : dans quelle mesure ces postes donnent-ils accès à des données confidentielles du marché pétrolier ? Ces modalités d’emploi sont-elles compatibles avec les normes réglementaires nationales ? Comment les revenus déclarés correspondent-ils aux rôles professionnels affirmés ?
Le dernier épisode apparaît moins comme un cas isolé que comme le reflet d'un schéma structurel qui s'est développé au fil des décennies, un schéma où s'entrecroisent réseaux de clientélisme, recherche de rente et accès aux ressources publiques. Pour de nombreux observateurs, la controverse des « bons gènes pétroliers » est emblématique d'un système plus vaste où les privilèges économiques demeurent à l'abri des difficultés rencontrées par le reste de la population.

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