vendredi 20 février 2026

Cérémonies commémoratives pour les manifestants tués : une vague de contestation déferle sur l’Iran

 Un cycle de deuil traditionnel, censé être un moment de recueillement, s’est transformé en un cauchemar récurrent pour les forces de sécurité iraniennes. Le 20 février 2026, quarantième jour après la mort de ces courageux manifestants tombés lors du soulèvement de janvier, des milliers de citoyens se sont rassemblés dans les villes du pays, faisant des rites funéraires une démonstration de force. Ces rassemblements témoignent d’un cycle persistant de mobilisation que l’État peine à contenir malgré la montée des menaces de recours à la force et le renforcement des forces de sécurité sur les places publiques.

À Qir, ville du sud située dans la province de Fars, une foule immense s’est rassemblée sur la tombe d’Aboufazl Haidari Mosallou. Des témoins ont décrit une scène où des milliers de personnes en deuil ont délaissé les lamentations traditionnelles au profit de slogans politiques contestant ouvertement la légitimité du pouvoir clérical. Une scène similaire s’est déroulée à Nourabad Mamasani lors de la commémoration de Mehdi Ahmadi, où l’atmosphère était décrite comme empreinte d’une vive confrontation. Les participants réclamaient la fin du régime politique actuel et visaient plus particulièrement les plus hauts dirigeants du pays.

Le mouvement de contestation ne s’est pas limité aux zones rurales, mais s’est propagé aux principales agglomérations urbaines, notamment Mashhad, Ispahan et Shiraz. À Mashhad, au mémorial d’Hamid Mahdavi, les manifestants ont rejeté catégoriquement tout appel au compromis politique, présentant la lutte comme un choix binaire entre le statu quo et une refonte systémique totale. Cette dispersion géographique souligne la difficulté pour l’État de contrôler un mouvement décentralisé et profondément ancré dans la tradition commémorative du « Chehelom », transformant de fait chaque commémoration de quarante jours en un nouveau foyer de tensions.

Sécurité et jeunesse

L’intensité de ces dernières manifestations a suscité des aveux rares et francs de la part des plus hauts responsables du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Majid Khademi, chef du renseignement du CGRI, a comparé la situation actuelle à celle de 1981, année tumultueuse où l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a lancé une lutte armée qui a porté un coup dur à l’ensemble du pouvoir en place. Khademi a révélé que le Guide suprême Ali Khamenei l’avait personnellement mis en garde contre la nécessité de renforcer la vigilance des services de renseignement, déclarant que « cette période est comparable à l’époque et à l’année [1981] » et soulignant la menace d’« infiltration ».

Les autorités s’efforcent également de prendre en compte la réalité démographique de la contestation, reconnaissant que la jeunesse iranienne est à l’avant-garde du mouvement. Un porte-parole de la commission parlementaire de l’éducation a révélé que les étudiants représentent en moyenne 17 % des participants aux manifestations à l’échelle nationale, ce chiffre atteignant 45 % dans certaines provinces. Dans certains cas, des classes entières auraient rejoint les manifestations, une statistique qui souligne la profonde désillusion d’une génération post-révolutionnaire que les autorités affirment être fortement influencée par le numérique.

Renforçant le sentiment de tension qui règne dans le pays, un avion militaire s’est écrasé jeudi soir près de la base aérienne de Nojeh, à Hamedan. Le chasseur F-4, qui effectuait apparemment une mission d’entraînement nocturne, s’est abîmé en mer dans des circonstances que les autorités n’ont pas encore élucidées, entraînant la mort du pilote. Alors que le gouvernement qualifie l’événement d’accident de routine, cet incident renforce la perception, au sein de l’opinion publique, d’une infrastructure militaire affaiblie par des années d’isolement et une mauvaise gestion systémique. Il coïncide avec des avertissements selon lesquels les stocks nationaux de médicaments ont chuté à un niveau critique, suffisant pour deux mois.

Coûts économiques et humains

La situation des droits humains continue de susciter l’attention internationale, comme l’a souligné Mai Sato, rapporteuse spéciale des Nations Unies pour l’Iran. Dans de récentes déclarations, Mme Sato a décrit un tableau sombre de détentions arbitraires, de surveillance et de cas de violences physiques au sein du système pénitentiaire. Les témoignages les plus glaçants concernent les « rançons contre les corps », où l’État exigerait des milliers de dollars des familles.

Avant de restituer les dépouilles de leurs proches, une pratique qui a exacerbé le ressentiment de la population et alimenté les manifestations que l’État cherche précisément à réprimer.

Les facteurs socio-économiques attisent encore davantage les tensions, alors que l’économie nationale est au bord de l’hyperinflation. Les économistes du pays mettent en garde contre un possible passage à une inflation à trois chiffres si les politiques budgétaires et les dépenses publiques actuelles restent inchangées. Des reportages poignants diffusés par les agences de presse locales ont montré des familles contraintes de vendre aux enchères les jouets de leurs enfants et leurs effets personnels pour se procurer le strict nécessaire, illustrant une lutte désespérée pour la survie alors que la valeur de la monnaie nationale continue de chuter de façon vertigineuse.

Malgré les pressions internes et externes, le pouvoir judiciaire reste inflexible. À Qom, le juge en chef Kazem Mousavi a réaffirmé une politique de « tolérance zéro » envers les personnes arrêtées, promettant des peines sévères et des exécutions sans aucune possibilité de clémence. Cette position intransigeante suscite toutefois des critiques internes, y compris de la part de certains extrémistes, qui avertissent que le recours à la force par le régime et la diffusion de fausses informations ont gravement érodé la confiance du public, creusant un fossé grandissant entre l’État et ses citoyens.

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