Le 18 février 2026, l’Agence de presse iranienne du travail (ILNA), média officiel, a écrit sans détour que « tous les responsables reconnaissent la réduction des tables des travailleurs iraniens, et les déclarations des autorités ressemblent davantage à des slogans qu’à des solutions ».
Le rapport décrit des travailleurs confrontés à une inflation galopante, à la flambée des prix des médicaments et à une insécurité généralisée de l’emploi.
« Le pain est cher. Le loyer est astronomique. »
ILNA a reconnu, dans un langage inhabituellement direct :
« Le pain est cher. Le loyer est astronomique. Les coûts médicaux augmentent chaque jour. Les travailleurs peinent même à acheter deux kilogrammes de viande par mois. Beaucoup ne peuvent pas se permettre d’acheter de nouveaux vêtements pour leurs enfants. Certains sont contraints d’emprunter de l’argent pour payer les médicaments d’un simple rhume. Dans certains cas, ils vendent même leurs bons alimentaires d’un million de tomans à un prix inférieur à leur valeur. »
Ces déclarations confirment ce que des millions de familles iraniennes vivent quotidiennement : des salaires incapables de suivre l’inflation et un niveau de vie en chute libre.
La plupart des travailleurs iraniens travaillent huit heures par jour. Beaucoup cumulent des doubles journées, travaillant jusqu’à seize heures dans des conditions physiquement éprouvantes. Pourtant, même après des journées épuisantes, ils restent incertains quant au paiement du loyer ou à l’approvisionnement en produits alimentaires de base. Ce cycle écrasant a transformé la vie en un champ permanent d’anxiété.
La répression comme politique du travail
La crise économique est aggravée par une répression systématique. ILNA a reconnu que les travailleurs qui protestent s’exposent à de lourdes conséquences :
« Si les travailleurs protestent, ils font face à une intervention sécuritaire. Le licenciement est le premier outil de pression. De nombreux noms sont inscrits sur les listes noires des sous-traitants. Certains sont convoqués devant les tribunaux sous des accusations telles que “perturbation de la production” ou “trouble à l’ordre de l’usine”. La prison et des amendes attendent les protestataires. »
En d’autres termes, le militantisme syndical en Iran est criminalisé. L’absence de voies sûres et légales de protestation laisse les travailleurs vulnérables à la fois à l’exploitation économique et aux représailles politiques.
Les travailleurs dans les manifestations de janvier 2026
Lors du soulèvement de janvier 2026, un grand nombre de travailleurs ont rejoint les manifestations à travers le pays. Leur participation était principalement motivée par les difficultés économiques — ce que beaucoup ont simplement décrit comme « le chagrin du pain » — ainsi que par la revendication plus large d’une voix politique.
Cependant, aucune statistique officielle détaillée n’a été publiée concernant le nombre de travailleurs tués lors des manifestations. Ce silence a créé un climat d’ambiguïté et de peur.
À Mahshahr, Hossein Salehavi, un travailleur sans emploi de 23 ans, a perdu la vie alors qu’il cherchait du travail. À Shush, Amin Sepehri, 26 ans, employé de la société Paksho, a été tué lors des manifestations. Sa famille fait désormais face à l’incertitude concernant les indemnités et les droits à pension. À Ispahan et à Téhéran, les noms de travailleurs et de vendeurs ambulants figurent également parmi les victimes.
ILNA a en outre rapporté :
« Les travailleurs blessés ont refusé de parler. La peur de l’arrestation et du chômage plane sur les villes ouvrières. Ce lourd silence a plongé le récit des décès de travailleurs dans un brouillard d’incertitude. »
Des promesses sans responsabilité
À la suite des manifestations, le président du régime, Masoud Pezeshkian, a affirmé qu’il était à l’écoute du peuple et s’est décrit comme un « serviteur du peuple ». Pourtant, au-delà d’une seule réunion avec des représentants corporatistes, peu de choses ont changé sur le terrain.
Pendant ce temps, le Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans) — la puissante force militaire opérant sous l’autorité du Guide suprême Ali Khamenei — a mené une répression violente pour préserver l’emprise du régime sur le pouvoir. L’écart entre la rhétorique et la réalité s’est encore creusé.
Un militant ouvrier cité par ILNA a souligné que les travailleurs ne demandent rien d’extraordinaire :
« Les travailleurs veulent une vie paisible. Ils veulent une table qui ne rétrécit pas chaque jour. Ils exigent le droit de participer à la détermination de leur propre destin. Pourtant, aucune voie sûre pour protester n’a été définie. »
Une crise structurelle
La réalité est brutale. Les travailleurs iraniens vivent en dessous du seuil de pauvreté tout en supportant une part significative du fardeau productif du pays. Ils contribuent à la production nationale mais sont exclus des processus décisionnels significatifs. La répression des manifestations et l’opacité entourant les victimes ont approfondi la méfiance publique.
Quatre décennies de promesses et de slogans ont abouti à la convergence actuelle de la pauvreté, de l’insécurité et de la peur. La structure dirigeante n’a montré ni la volonté ni la capacité de mener des réformes substantielles.
Pour de nombreux travailleurs et de larges segments de la société, la conclusion devient de plus en plus claire : les racines de la crise résident dans le système lui-même. Sans changement politique fondamental, le cycle des difficultés économiques et de la répression a peu de chances de prendre fin.
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