Malgré ces efforts pour isoler la jeunesse, la stratégie de gestion du régime a échoué : les étudiants sont descendus massivement dans la rue, devenant l’épine dorsale des soulèvements de janvier. Après une période de coupures d’internet et de répression sanglante, les dirigeants ont tenté une forme de contrôle plus insidieuse. En rouvrant les campus et en annonçant des commémorations officielles pour ceux qu’ils qualifiaient de « victimes des émeutes », les autorités ont cherché à s’approprier le sang même qu’elles avaient versé.
La situation a atteint son paroxysme à la mi-février, lorsque le guide suprême Ali Khamenei a tenté de « s’approprier » les martyrs du mouvement par le biais d’un discours trompeur. En créant une fausse dichotomie entre « manifestants légitimes » et « agents étrangers », il cherchait à se dédouaner et à apaiser la colère populaire avant qu’elle ne dégénère en une nouvelle explosion.
Cependant, les étudiants ont réussi à renverser la situation. L’université a été transformée en une sorte de « semi-prison » sophistiquée pour prévenir toute contestation. Un système de contrôle en place. L’administration universitaire est gérée par une hiérarchie d’au moins dix organes de sécurité aux fonctions imbriquées, allant de la Sécurité universitaire (Harasat), qui agit comme une extension du ministère du Renseignement, aux différentes branches du corps paramilitaire Bassidj, directement liées aux Gardiens de la révolution. Les étudiants qui refusent de se soumettre à la volonté du dictateur vivent sous la menace constante d’expulsion et de profilage judiciaire, sous la surveillance de centaines de caméras.
Malgré ce climat d’oppression, le discours étudiant a connu une transformation profonde. Le mouvement a dépassé… Les revendications « légitimes » ou les simples appels à la réforme ne sont plus de mise. Au contraire, les slogans qui résonnent de Téhéran à Chiraz – « À bas Khamenei ! » et « C’est l’année du sang, le dictateur sera renversé ! » – visent le cœur même du système. Cette radicalisation indique que la lutte ne se résume plus à des concessions temporaires ; le renversement total du régime est désormais une réalité centrale et incontournable sur la scène politique iranienne.
Le régime a tenté de freiner cet élan en encourageant des discours « déviants » et en exploitant ses agents infiltrés dans les mouvements de protestation. Des cas avérés de pressions exercées sur les étudiants pour qu’ils adoptent des slogans pro-monarchistes, que l’appareil sécuritaire qualifie de « sûrs » ou « gérables » par rapport à des alternatives plus révolutionnaires, ont été documentés. Cette utilisation tactique de « campagnes de relations publiques » vise à brouiller les pistes du mouvement. Cependant, la population étudiante a largement rejeté ces tentatives de diversion, affirmant une « Troisième Voie » à travers des slogans et des manifestes qui dénoncent à la fois l’autocratie actuelle et un retour aux structures monarchiques passées.
En Iran, des étudiants défient le régime lors de manifestations commémorant les martyrs du soulèvement de janvier.
Tout porte à croire que ce mouvement est désormais voué à la perpétuation. Que le régime opte pour de nouvelles fermetures de campus ou des arrestations massives, ces mesures ne font qu’attiser la colère populaire. La génération actuelle de militants s’accorde sur un point : le changement ne passe ni par une intervention étrangère ni par des transitions imposées d’en haut, mais par la stratégie organisée de la résistance frontale dans les rues.
L’avertissement sinistre qui résonne désormais dans les couloirs du campus – « Malheur au jour où nous serons armés » – laisse penser que le mirage d’un milieu universitaire docile n’est plus qu’un souvenir.

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