Il y a dix-neuf ans, Amnesty International décrivait l’Iran comme le « dernier bourreau d’enfants », en raison de son bilan : aucun autre État n’avait exécuté autant de personnes âgées de moins de 18 ans à l’époque. Cette désignation reflétait une réalité sombre : l’institutionnalisation de la peine capitale à l’encontre des mineurs.
Aujourd’hui, la question refait surface sous une forme différente, mais tout aussi inquiétante.
Le 25 février, le quotidien étatique Etemad a publié un article intitulé « Bureaux vides ». Le rapport reconnaissait que la mort d’élèves lors des troubles du soulèvement populaire de janvier 2026, ainsi que la détention d’autres, était devenue « l’une des questions importantes dans le domaine de l’éducation ».
Le journal évoquait la mort de « 220 enfants » au cours des événements de janvier, précisant que la plus forte concentration de victimes avait été enregistrée dans les provinces de Téhéran, d’Ispahan et du Khorassan-e Razavi. Il ajoutait que la plupart des victimes étaient des adolescents âgés de 16 à 18 ans, bien que des enfants plus jeunes figurent également parmi les morts.
L’expression « bureaux vides » dépasse la simple métaphore. Elle saisit à la fois la tragédie immédiate de janvier et un schéma historique plus profond — celui dans lequel des mineurs ont, à plusieurs reprises, été pris dans les rouages de la violence d’État.
Un schéma documenté
L’an dernier, à l’issue de son mandat de six ans, Javaid Rehman, Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains en Iran, a présenté un rapport exhaustif détaillant des violations systématiques et graves à travers le pays. Dans son évaluation finale, il a qualifié l’ampleur et la brutalité des abus parmi les plus graves de l’histoire contemporaine de l’Iran. Il a conclu que de hauts responsables étatiques avaient été directement impliqués dans la planification et la mise en œuvre d’actes susceptibles de constituer des crimes contre l’humanité et, dans certains cas, des actes compatibles avec la définition du génocide au regard du droit international.
Le rapport documentait également que, au cours des décennies passées, des centaines de personnes exécutées étaient des enfants. Parmi les cas mis en avant figurait celui d’une jeune fille de 13 ans arrêtée lors d’une manifestation à Téhéran en septembre 1981 et exécutée quelques jours plus tard. Son cas était cité comme emblématique d’un schéma plus large dans lequel des mineurs ont été soumis aux formes de châtiment les plus sévères.
La continuité de la violence
Quarante-quatre ans après que des générations d’élèves ont disparu des salles de classe — certains exécutés, d’autres emprisonnés — l’image des « bureaux vides » réapparaît. Ce qui était autrefois associé aux exécutions massives des années 1980 est désormais lié à la mort d’élèves lors de protestations contemporaines.
L’enjeu ne réside pas seulement dans le nombre de victimes, mais dans la continuité du schéma. Les écoles et les universités ont longtemps constitué des épicentres de dissidence en Iran. Chaque vague de contestation a été réprimée par la force, et chaque cycle a laissé derrière lui une nouvelle série d’absences — des noms rayés des listes de présence, des chaises demeurées inoccupées.
Le fait qu’un journal officiel reconnaisse désormais des centaines de morts parmi les enfants témoigne de la profondeur de la crise. Mais une reconnaissance sans reddition de comptes risque de devenir une nouvelle entrée dans un long registre d’abus non résolus.
Les « bureaux vides » ne sont pas seulement les symboles d’un mois de troubles. Ils constituent la preuve d’un système dans lequel enfants et adolescents ont, à maintes reprises, payé le prix le plus élevé. Tant que les enquêtes resteront opaques et que la justice sera différée, ces bureaux continueront de représenter non seulement une perte — mais aussi une exigence persistante de responsabilité.

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