vendredi 20 février 2026

Silence médiatique face aux slogans d’inspiration fasciste à Munich : une mise en cause de la responsabilité journalistique

 Il avait été officiellement annoncé à Munich, en 2026 :

 Les symboles, drapeaux et slogans séparatistes n’ont pas leur place dans ce rassemblement. Veuillez participer avec le drapeau national tricolore au lion et au soleil ainsi qu’avec des symboles patriotiques. »

Compte tenu des affrontements précédents, au cours desquels des femmes iraniennes portant le drapeau « Femme, Vie, Liberté » avaient été la cible de violences verbales misogynes, il était clair que tout autre drapeau serait considéré comme « séparatiste ». En réponse à une question concernant l’autorisation du drapeau israélien, les organisateurs ont déclaré que celui-ci était admis sans restriction.

L’une des rares intervenantes non iraniennes sur scène était Alessia Ambrosi, députée du parti d’extrême droite au pouvoir en Italie.

Sur cette même scène, où Reza Pahlavi a également pris la parole, un slogan rappelant le slogan nazi « Ein Volk, ein Reich, ein Führer » (« Un peuple, un empire, un guide ») a été scandé à plusieurs reprises sous de larges applaudissements — à Munich, en 2026.

Le fait que nombre de participants ne disposent peut-être pas d’une connaissance historique suffisante ne décharge pas les journalistes de ARD de leur responsabilité. On est en droit d’attendre d’eux qu’ils soient conscients de l’histoire allemande et de la charge idéologique que portent de tels slogans.

Ma question est la suivante : pourquoi certains journalistes ont-ils publié plusieurs vidéos promotionnelles de cette journée sans mentionner les slogans d’inspiration nazie ni les tendances fascistes qui dominaient l’ensemble de la manifestation ? Un autre slogan entendu lors du rassemblement était : « Nous sommes aryens, nous n’adorons pas les Arabes. » N’existe-t-il vraiment aucune conscience de l’histoire allemande, de l’idéologie aryenne et de ses conséquences ?

Il ne s’agit plus seulement de ce qui se passe en Iran. Il en va désormais de notre propre sécurité en Allemagne, de l’intégrité physique de nos familles et de la sécurité des personnes ayant des convictions libérales ou de gauche. Dans ce climat, nous ne nous sentons pas en sécurité.

En tant qu’avocate irano-allemande engagée dans la lutte contre le racisme, la question de la cohérence politique et éthique se pose également : on ne peut pas être antiraciste et antifasciste uniquement lorsque ces idéologies émanent d’un courant particulier, tout en fermant les yeux lorsqu’elles apparaissent ailleurs.

Enfin, je me sens également responsable vis-à-vis de mes clients — des personnes inquiètes et déconcertées de constater qu’en Allemagne, des opposants politiques peuvent être publiquement menacés de mort sans qu’il n’y ait de conséquences pénales ni de véritable écho médiatique. Cette situation relève d’une forme de « gaslighting médiatique » : les citoyens se demandent pourquoi, dans un pays doté d’une Constitution démocratique, ce qu’ils voient ne se reflète pas dans la couverture médiatique.

La comparaison avec la couverture des manifestations de soutien à la Palestine révèle également un déséquilibre frappant, difficile à nier. Selon les propres données de ARD, un pourcentage significatif de la population a peu ou pas confiance dans la couverture médiatique concernant Gaza. Après les dernières semaines, ma confiance dans les médias — en particulier les médias publics — s’est encore davantage érodée.

En tant qu’avocate irano-allemande ayant grandi et développé ma conscience politique en Allemagne, je considère qu’il est de mon devoir, au regard notamment de l’histoire allemande, de ne pas rester silencieuse.

J’espère que, en tant que directeur de ARD, vous ressentirez une responsabilité similaire et que des conséquences sérieuses ainsi que des changements fondamentaux interviendront.

Rana Issazadeh

Avocate au barreau

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