jeudi 19 février 2026

Des rassemblements massifs à travers l’Iran à l’occasion du 40e jour de commémoration, mettent à l’épreuve l’emprise défaillante du régime sur le pouvoir

 À Najafabad, dans la province d’Ispahan, des habitants marchent vers un cimetière pour commémorer le 40e jour du soulèvement de janvier – 17 février 2026

Le paysage iranien s’est transformé en un théâtre de résistance alors que la nation commémore le 40e jour du soulèvement de janvier. Des rassemblements fervents à l’Université de Téhéran et à l’Université Ferdowsi de Mashhad aux veillées nocturnes intenses à Najafabad, l’atmosphère est empreinte d’un deuil inflexible mué en mobilisation. À Najafabad, malgré une présence sécuritaire étouffante, les cérémonies commémoratives en l’honneur de plusieurs martyrs du soulèvement ont donné lieu à un rassemblement massif qui s’est prolongé tard dans la nuit. Scandant que « les chars et les mitrailleuses sont désormais impuissants », la foule a manifesté une rupture psychologique profonde avec la machine de terreur du régime, prouvant que le souvenir des martyrs alimente une révolution irréversible.

Cette vague de deuil est alimentée par une prise de conscience nouvelle et terrifiante des méthodes de répression de l’État. Des informations émanant des services médico-légaux et funéraires du régime ont confirmé le recours systématique à l’exécution extrajudiciaire contre les manifestants blessés. Javad Tajik, directeur du cimetière Behesht-e Zahra de Téhéran, a récemment admis qu’au moins 70 % des corps qui y ont été amenés avaient été tués par balles. Alors qu’il tentait de rejeter la faute sur des « terroristes », les témoignages des familles et du personnel médical révèlent une horreur bien plus organisée. Des manifestants comme Sam Afshari et Abolfazl Vahidi, âgé de 13 ans, auraient été enlevés dans des hôpitaux par les forces de sécurité, pour être retrouvés quelques jours plus tard dans des morgues, victimes de blessures par balle mortelles à la tête.

Le personnel médical est une cible privilégiée de cette campagne visant à dissimuler la vérité. Les forces de sécurité auraient mené des raids dans des établissements comme l’hôpital Sina à Téhéran et des cliniques à Ilam pour s’emparer des blessés, allant jusqu’à utiliser des gaz lacrymogènes dans les couloirs des hôpitaux. Les survivants des premiers affrontements ont souvent été victimes de violences mortelles au sein même des structures censées assurer leur rétablissement. Malgré les démentis officiels concernant l’extorsion de fonds pour la restitution des corps, des centaines de familles ont témoigné. Cette stratégie brutale n’a fait que galvaniser la population, transformant les cérémonies du 40e jour en un référendum national sur la légitimité du régime clérical.

Une génération perdue sur les barricades

La panique qui s’empare de l’élite dirigeante ne se limite plus aux réunions privées ; elle déborde désormais sur les discours publics et dans les médias d’État. Le porte-parole de la Commission de l’éducation et de la recherche du Majlis a récemment fait un aveu stupéfiant, révélant que le soulèvement de janvier était fondamentalement l’œuvre des jeunes. Les statistiques nationales montrent qu’en moyenne, 17 % des participants étaient des adolescents, mais dans plusieurs provinces, ce chiffre a atteint le chiffre impressionnant de 45 % de la population de moins de 20 ans. Le responsable s’est dit profondément préoccupé par les raisons qui ont poussé des classes entières d’élèves à s’engager dans « l’arène dangereuse » de la protestation, admettant de fait que le régime a perdu son emprise idéologique sur la jeune génération.

Cette perte de contrôle se reflète chez les plus hauts responsables du régime, qui s’expriment désormais avec le désespoir de ceux qui président à une crise sans précédent. Lors d’une cérémonie importante à Mashhad, le religieux Naser Rafiee a exprimé un cauchemar qui hante l’appareil sécuritaire : la crainte de voir les arsenaux militaires pris par la population. Il s’est ouvertement demandé ce qui se passerait si la population prenait d’assaut un centre militaire et s’emparait d’un millier de fusils, un scénario qui laisse penser que l’État ne se sent plus en sécurité. Le président Pezeshkian a lui aussi adopté ce discours alarmiste, qualifiant la nation de « profondément blessée » et avouant que le « cœur du système » est au bord du gouffre, au point que la moindre pression supplémentaire pourrait provoquer une rupture totale.

La réalité économique à laquelle est confronté le peuple iranien ajoute une dimension explosive à cette frustration.

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